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2015, une année de transformation du travail

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Analyse 2015 aura vu la multiplication des débats autour de l'organisation à l'ère numérique avec une entreprise symbole malgré elle : Uber.  Pas besoin d'être voyant ou astrologue pour prévoir que les débats commencés vont se poursuivre.  Le modèle de ce que certains auteurs ont appelé capitalisme de plateforme va-t-il devenir la norme ? Ou bien le bon vieux salariat inventé durant les 30 Glorieuses avec les protections qu'il contient finira-t-il par triompher ? Un débat aussi passionnant (ou presque) que le septième épisode de la Guerre des Etoiles. 

2015, une année de transformation du travail
De quoi Uber est-il le nom ? D'une mutation irrésistible ? © Flickr - Mark Warner https://www.flickr.com/photos/senatormarkwarner/

Peut-être qu’un jour les historiens soucieux de caractériser notre période décideront de les renommer les années Uber, comme il y eut dans les années 70 les années IBM, ou plus proche de nous les années Microsoft ou encore un peu plus près de nous les années Apple.

 

L’entreprise capte comme nulle autre l’esprit de l’époque et notre rapport ambigu aux évolutions technologiques.

 

Bravo crie le consommateur qui se réjouit de ses applis qui offrent un meilleur service à prix réduit. Haro crie le salarié qui voit apparaître de nouveaux concurrents qui menacent le statut du salarié, pour ne pas dire son statut.

 

Le numérique sonne-t-il le glas de la classe moyenne ? 

Uber qui se serait peut-être bien passé de ce succès en devenant quasiment un nom commun grâce au publicitaire Maurice Lévy de Publicis qui évoqua l’uberisation de l’économie. Gros succès et début d’un débat qui a duré toute l’année. Pas besoin d’être voyant pour pronostiquer qu’il se poursuivra en 2016 avec autant de passion.

 

Une des nouveautés de 2015 est la prise de conscience que les évolutions technologiques en cours ne menaçaient plus seulement les emplois peu ou pas qualifiés, comme cela a toujours été le cas. Après tout, depuis Schumpeter, tout le monde le sait : le progrès technique détruit des emplois, mais en crée de nouveaux plus qualifiés. Telle était la croyance commune, la vertu positive de la croissance économique et de son allié le progrès technologique. De plus en plus de voix s’élèvent pour prévenir : la révolution industrielle en cours ne se contentera pas des postes subalternes. C’est toute une partie des emplois moyens voire supérieurs qui vont être détruits à terme.

 

Aux Etats-Unis le juge tranche

C’est le statut du prestataire utilisateur des applis qui est au cœur des débats. Est-il ou non un salarié ? Et si oui quels droits faut-il lui accorder ? La mobilisation des taxis parisiens aura fait parler d’elle, allant jusqu’à un tweet de la chanteuse Courtney Love qui interpellait en des termes peu amènes François Hollande, tandis que la France se divisait entre partisans d’Uber et défenseurs des taxis. Fin décembre, les taxis continuaient encore et toujours à réclamer l’alignement des droits et des devoirs .


Outre Atlantique, le débat empruntait d’autres lieux et d’autres formes. Au pays qui a fait du procès un genre cinématographique à part entière, c’est devant les tribunaux que la question est posée et reposée. Les juges californiens ont dû dire si oui ou non un chauffeur de VTC est ou non un salarié. A Denver, c’est la question d’une éventuelle organisation en syndicats qui a mobilisé les chauffeurs.

 

En france tout commence avec des rapports

Retour en France où le droit aussi s’est intéressé au numérique. Mais dans un pays où le droit s’écrit dans la Loi plutôt que par jurisprudence, les rapports aux ministres se sont multipliés, à la mesure des problèmes rencontrés par un législateur débordé par la vague numérique.  

 

Ainsi, en a-t-il été du rapport Mettling, du nom du directeur général chargé des ressources humaines d’Orange, Bruno Mettling qui a piloté une mission sur la question et a remis ses conclusions à Myriam El Khomri. Un travail qui avait été commandé par son prédécesseur François Rebsamen. Les ministres passent, les problèmes restent.

 

Dans ce document très équilibré, c’est un véritable toilettage du droit et des pratiques RH qui est proposé. Par exemple, il est proposé de résoudre enfin les conditions d’utilisation du forfait-jours qui fait les délices de la chambre sociale de la Cour de cassation, qui invalide les accords les uns après les autres. Le rapport Mettling invite aussi les entreprises à réguler les usages, à créer une sorte de devoir de déconnexion, l’homme de l’art étant constant dans son approche, en voulant éviter une loi qui figerait les pratiques.

 

Du côté des syndicats, les positions sont bien évidemment différentes. Ainsi le syndicat des cadres et des techniciens de la CGT a fait de la régulation des usages du numérique un sujet central de ses revendications.

 

 

Des frontières de plus en plus floues

Moins médiatisé, le travail de Denis Ménascé pour l’institut de l’entreprise n’en mérite pas moins d’être rappelé à l’heure des bilans de l’année. Dans un document fort pertinemment appelé La France du bon coin, il montre comment l’entrepreneuriat est à la croisée de la nécessité économique et du besoin d’autonomie. De plus en plus de salariés en CDI sont des chaufffeurs occasionnels de véhicules ou louent leur appartement pour faire un peu de cash.

 

A l’autre extrémité, des Français deviennent auto-entrepreneurs en recourant ou non aux plateformes Internet parce qu’ils sont durablement exclus du marché du travail. Plus qu’une segmentation du marché du travail, il montre que les frontières sont de plus en plus floues entre les différentes formes de travail à l’heure du numérique.  Pas de quoi rassurer les esprits partisans et les adeptes des solutions univoques. 

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