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42 USA, le bébé de Xavier Niel, reste un Ovni dans la Silicon Valley

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Reportage L'Usine Digitale a visité le campus de 42 USA à Fremont dans la Silicon Valley. Un an après son inauguration, l'école financée par Xavier Niel forme un peu plus de 500 étudiants. Un démarrage plus ardu qu'imaginé. Les équipes doivent s'adapter aux codes de la culture américaine pour atteindre leur objectif : former 10 000 codeurs en l'espace de cinq ans. 

42 USA, le bébé de Xavier Niel, reste un Ovni dans la Silicon Valley
42 USA, le bébé de Xavier Niel, reste un Ovni dans la Silicon Valley © Juliette Raynal - L'Usine Digitale

Il faut bien compter 45 minutes de route depuis San Francisco pour arriver à 42 USA, l'école de programmeurs que Xavier Niel a ouverte en juillet 2016 à Fremont, dans la Silicon Valley. Depuis l'autoroute 84, qui traverse la baie d'est en ouest, on aperçoit au loin un panneau qui indique la présence du campus, planté dans un décor quasi désertique.

L'école a investi les anciens locaux d'une université américaine (DeVry University). Et pour le moment, d'extérieur, les bâtiments n'ont encore rien à voir avec les rendus du cabinet d'architecte diffusés lors de l'annonce de la déclinaison américaine de l'école de codeurs. Face à nous, un simple immeuble au milieu d'immenses parking.

 

Pas de cours, pas de profs, pas de notes

L'enthousiasme de Gaëtan Juvin, le directeur pédagogique de la structure, balaye rapidement la découverte quelque peu déroutante des lieux. Passé par Epitech, l'école informatique où est née la pédagogie par projet (reprise par l'Ecole de Xavier Niel en version gratuite), il rappelle les fondamentaux du concept 42. "L'Ecole 42 est née d'un besoin du marché. Le monde digital a besoin de développeurs que le système éducatif n'est pas capable d'approvisionner". Pour résumer, 42 USA, comme l'Ecole 42 située boulevard Bessières à Paris, fonctionne sans cours, sans prof et sans note.

 

La nouvelle école prône donc un apprentissage par l'expérience et se distingue aussi par son processus de recrutement. "On essaye d'avoir le plus de diversité possible. On ne regarde pas les diplômes. On ne demande pas d'où viennent les gens. Les candidats s'inscrivent en ligne où ils effectuent un test de mémoire et de logique. S'ils réussissent, ils viennent passer un bootcamp très intense de quatre semaines", expose Gaëtan Juvin. Pendant cette épreuve, baptisée la piscine, 30 à 40% des participants décrochent. La même hémorragie est observée au cours de la première année. Le secret pour réussir 42 ? Développer trois qualités : la concentration, la mémoire et la résilience. "A partir du moment où un élève a ces compétences, il peut tout apprendre", assure le directeur pédagogique.

 

"Où est le piège ?"

Lors de notre visite, une "piscine" est justement en cours. Nous sommes priés de ne pas déranger les candidats venus tenter leur chance et isolés pour l'occasion au fond d'un immense plateau où plusieurs centaines d'iMac sont regroupés par îlots. "Il y a en tout 1024 postes de travail", précise Gaëtan Juvin devant notre étonnement. Une bonne partie d'entre eux restent toutefois innocupés. En juillet dernier (lors de notre visite), 42 USA accompagnait environ 500 étudiants, soit 5% des 10 000 étudiants que souhaite former l'école en l'espace de 5 ans. Un objectif ambitieux au regard de sa première année... jonchée d'obstacles.

 

"L'accueil américain a été bon, mais difficile", reconnaît Gaëtan Juvin. Les équipes se sont retrouvées confrontées aux spécificités de la culture américaine. "Aux Etats-Unis quand un enfant naît, ses parents ouvrent un compte pour économiser pour la fac", rappelle en ne plaisantant qu'à moitié le directeur pédagogique. Alors quand les équipes de 42 USA présentent le concept de l'école et sa gratuité aux Californiens, la première réaction est inévitablement la même : "Où est le piège ?" "Quelle est l'arnaque ?". "Il y a cette première barrière, puis le fait que nous ne sommes pas connus", admet Gaëtan Juvin. Si l'ouverture de l'Ecole 42 en France a bénéficié d'une énorme couverture médiatique grâce à la notoriété de Xavier Niel, le trublion des télécoms reste une personnalité beaucoup moins connue outre-Atlantique.

 

Les galères administratives

Même son de cloche auprès de Kwame Yamgnane, l'un des cofondateurs de l'Ecole 42 que nous croisons sur le plateau. Du haut de son mètre 90 (au moins), il lance : "C'est moins difficile de travailler en Chine que dans la Silicon Valley". A ces premiers obstacles d'ordre culturel, s'ajoutent les galères administratives. "La notion de libre entreprise aux Etats-Unis est une fausse idée et cela a été une grosse surprise. Nous avons eu pas mal de difficultés. Par exemple, il nous a fallu deux mois pour ouvrir un simple compte en banque", raconte le cofondateur, avant de reprendre une conversation avec une étudiante qui lui a lancé un défi informatique.

 

Quid de la concurrence des universités aux alentours ? "Pour nous, Stanford n'est pas un vrai concurrent. Un étudiant qui souhaite aller là-bas y va pour la marque, pour l'étiquette", explique Gaëtan Juvin. Quant à l'école d'informatique Holberton School, ouverte à San Francisco par deux anciens d'Epitech en 2014, là encore 42 USA refuse la comparaison. "Leur modèle est différent. L'école n'est pas tout à fait gratuite car les élèves doivent payer a posteriori, en versant un pourcentage de leur salaire. 42 USA est un modèle totalement philanthropique de la part de Xavier Niel (le fondateur d'Iliad a investi 100 millions de dollars sur dix ans, ndlr)", tient à préciser le directeur pédagogique.

 

1000 étudiants au bouche-à-oreille

42 USA mise donc sur son approche atypique et sur la qualité de son enseignement pour se distinguer. Quant à l'acquisition de nouveaux élèves, c'est la voie du bouche-à-oreille qui est privilégiée. "Nos étudiants sont nos meilleurs ambassadeurs", assure Gaëtan Juvin. Sasha Fedorova fait partie de ces étudiants conquis."Je viens d'Ukraine et j'ai entendu parler de 42 USA lorsque j'ai déménagé aux Etats-Unis. Ce qui m'a attiré c'est le fait qu'elle soit gratuite, qu'on apprenne par soi-même et qu'on soit plongé dans un environnement totalement différent", explique-t-elle. Comme les autres étudiants, le rythme soutenu de l'école (ouverte 24h/24 et 7j/7) ne l'effraie pas. "Pendant la piscine, c'est 10 à 12 heures de travail par jour, même le week-end". En juillet 2017, Sasha Fedorova avait atteint le niveau 10 sur les 21 que compte le programme, conçu en s'inspirant des codes du gaming.

 

Lorsque les étudiants atteignent le niveau 7, l'école les pousse à faire des stages. "A ce moment-là, on a beaucoup de pertes car les étudiants sont contents en entreprise", indique Gaëtan Juvin… et vice-versa.  Aussi bien en France qu'en Californie, les entreprises vantent tout autant l'expertise des étudiants que leurs "soft skills". "Ce qui compte chez nous, c'est la motivation, le travail en groupe et la curiosité et pas tant la programmation. Le code est presque un prétexte", conclut Gaëtan Juvin, en jettant un oeil à son smartphone. Des dizaines de notifications s'accumulent sur son écran ; des étudiants qui le sollicitent pour différents conseils. "Je suis sûr qu'entre temps, ils ont trouvé leur réponse !".  

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