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5 raisons d'aller voir le film "Relève" même si vous vous endormez devant un ballet

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"Relève, histoire d'une création" est un documentaire qui raconte la création d'un ballet. Au-delà du passionnant travail artistique, c'est aussi une leçon de management, de ce que "bien-être au travail" veut dire vraiment, et peut-être même une réflexion sur les blocages de la société française. Le tout avec de l'humour, la participation du chorégraphe qui a fait le mariage le plus glamour (Nathalie Portman) et les danseurs de l'Opéra de Paris. Et c'est en ce moment au cinéma.

5 raisons d'aller voir le film Relève même si vous vous endormez devant un ballet
Un ballet : des individualités et un collectif.

A l’origine c’était un documentaire pour Canal plus, diffusé l’hiver dernier. On y suivait la création d’un ballet par Benjamin Millepied, charismatique chorégraphe qui avait été nommé directeur de la danse de l’Opéra de Paris. La suite de l’histoire est connue : peu de temps après la diffusion, le "disruptant" directeur et la rigide institution divorçaient. Officiellement, c’est Millepied qui démissionna, voulant retrouver sa liberté. Une chose est sûre, il était libre Benjamin, parlant cash de l’Opéra, de ses méthodes, de ses danseurs dans le documentaire initial.

 

Les producteurs et les réalisateurs ont remonté leur travail et adjoint de nouvelles scènes qui enrichissent le film. Il intéressera les amateurs de danse mais aussi tous ceux qui se demandent ce qui ne tourne pas rond dans la République de France.

 

1/ Parce que ce n’est pas tous les jours qu’on voit des gens travailler

Le travail a beau occuper une part non négligeable de nos vies, il est finalement très peu représenté dans les créations qu’elles soient artistiques ou même journalistiques. Combien de fois dans une année voit-on des gens travailler dans un journal télévisé, ailleurs que dans les images servant de prétexte pour illustrer les chiffres du chômage ?

 

Certes, le travail de danseur est particulier mais voir des jeunes passionnés ne comptant pas leurs heures travailler durement pour obtenir un résultat parfait, est comme une bouffée d’air frais dans un pays où on finirait par croire, à force d’écouter certains discours caricaturaux, que les RTT sont le seul intérêt des salariés.

 

2/ Parce que ça parle de souffrance au travail.

Etre danseur n’est pas un métier de tout repos. Ce n’est pas une raison pour en rajouter dans la souffrance. C’est une vraie métaphore du travail et de la question du bien-être, qui n’est pas toujours bien comprise. Qu’il faille fournir un effort important pour arriver à une forme de perfection du geste, ok dirait le résident californien Millepied. Mais de là à ne rien faire pour soulager la souffrance, il n’en est pas question. Au fil du documentaire, on voit l’exigeant Millepied refuser qu’on se fasse plus mal que nécessaire, convoquant les médecins spécialistes de la danse, obligeant une danseuse à se reposer (ce n’est pas la culture maison) ou s’agacer des parquets de la scène de l’Opéra qui, selon lui, sont mauvais pour le danseur. Travailler dur oui. Y laisser sa santé non.  

 

3/ Parce que ça vaut bien des livres de management

A l’heure où l’engagement des salariés est l’obsession de bien des DRH, les danseurs et le chorégraphe donnent une leçon de management. A quoi bon le rang de sortie à un concours si l’envie n’est pas là. Plus encore : quoi de plus important pour être bon que d’avoir envie. Faisant fi (pour cette création) des classifications de l’Opéra (à côté le fonctionnement de l’armée semblerait presque cool) Millepied a constitué sa troupe en mobilisant plutôt l’énergie de ceux qui en veulent qu’en se fiant aux rangs obtenus lors des terribles épreuves.

 

Résultat : une troupe hyper motivée et soudée, prête à en découdre car elle a des choses à prouver dans un environnement finalement extrêmement infantilisant à base d’hyper compétition et de rebuffades, qui finit par tuer toutes les initiatives.

 

 

4/ Parce que cette micro société fait un peu penser à la France

Partir d’un exemple aussi particulier pour tirer des conclusions générales serait évidemment abusif. Mais il n’empêche que cette histoire d’Opéra de Paris évoque irrésistiblement des questions plus générales auxquelles la société française est confrontée. Qu’en est-il de la place des minorités visibles ? On découvre, ébahi, qu’à l’Opéra on ne met pas de danseur noir sur scène au nom d’une raison ubuesque : étant le seul sur scène tout le monde ne regarderait plus que lui (ou elle) si c’est une femme.

 

De même, l’élitisme à la française est-il vraiment pertinent à l’ère numérique ? Ou n’est-il pas responsable d’un formidable gâchis ? C’est la question qui agite régulièrement le système éducatif ou même le système de formation supérieure, comme quand Bruno Le Maire propose de supprimer l’ENA. Pour parler comme un économiste (que les amateurs de danse nous pardonnent), l’hyper sélection au terme d’un concours ultra difficile réalisé très tôt dans la carrière garantit-il d’obtenir un optimum dans l’utilisation des ressources ? Ne réussit-il pas surtout à créer des "élites" éloignées et une masse de personnes frustrées de n’avoir pas pû faire valoir leur qualité, et ce d’autant qu’elles savent qu’elles n’auront jamais une seconde chance ? (Remplacer école de danse de l’Opéra de Paris par HEC, Centrale ou Normale Sup ça marche très bien).

 

5/ Parce que c’est drôle aussi

Pendant tout le film, il y a un running gag, dont l’assistante de Benjamin Millepied est l’héroïne involontaire et dont on ne dira rien pour ne pas gâcher le plaisir du futur spectateur. Et un danseur qui définit sa passion en disant "au fond c’est comme moine mais en plus fun". La créatrice de costume qui voudrait que le "noir soit moins noir" et qui quand on lui demande si le blanc d’un autre costume lui va répond qu’elle préfèrerait du gris clair, évoque le Coluche qui raillait la publicité pour une célèbre lessive qui lave "plus blanc que blanc".  

 

A cela s’ajoute le style éminemment décontracté de Benjamin Millepied, créateur génial qui aime accompagner les danseurs de sa troupe pour trouver le geste parfait, mais avec une simplicité désarmante, éloigné de toutes formes de poses. Le regard du directeur de la danse devant la taille de ses parapheurs et les dialogues surréalistes avec le responsable des décors pour construire un pauvre banc devraient faire sourire les plus réservés.

 

Relève, Histoire d'une création par Thierry Demazière et Alban Teurlai au cinéma depuis le 7 septembre.

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1 commentaire

Pascal Vinchon

13/09/2016 09h47 - Pascal Vinchon

remarquable article qui m'incite à inviter Christophe Bys à se rendre dans nos armées. Je crois qu'il changerait son jugement sur leur mode de fonctionnement.

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