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Avec Wayra, Luca et Aura, Telefonica veut se réinventer au-delà des télécoms

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Reportage L'opérateur téléphonique espagnol Telefonica est en pleine transformation digitale. Avec deux priorités : tirer parti des données liées à l'utilisation de son réseau (mais dans le respect de la vie privée) et se connecter à l'écosystème d'innovation partout dans le monde. Reportage au siège de la société à Madrid.

Avec Wayra, Luca et Aura, Telefonica veut se réinventer au-delà des télécoms
Avec Wayra, Luca et Aura, Telefonica veut se réinventer au-delà des télécoms © Telefonica

"Elige todo" ("choisis tout", en français). Le slogan du géant espagnol Telefonica résume son ambition illimitée. Pas question de se limiter au seul secteur des télécommunications. A l'ère de la transformation numérique, l'ancien opérateur historique a choisi de ne pas choisir. Innovation interne et externe, IA, big data, IoT,  : l'Espagnol se déploie à tous les niveaux.


Le siège social de l'entreprise, le "Distrito Telefonica" construit au nord de Madrid, reflète cette ambition. Un immense campus de 140.000 mètres carrés inauguré en 2008. Un quartier général vert avec jardins, lac artificiel, panneaux solaires où 11 000 salariés ont pour mission d'inventer le futur de l'entreprise. Avec un mantra, répété sur les parois en verre des bâtiments : "Eligimos crecer, eligimos acelerar, eligimos transformarnos" ("Nous choisissons de croître, d'accélérer, de nous transformer").

 


 

 

 

Wayra, une vague d'innovation

Pour y parvenir, l'entreprise, très présente en Europe et en Amérique latine, veut s'inscrire dans un écosystème ouvert. C'est la raison d'être du programme "Open Future", lancé en 2014, qui "connecte le groupe aux entrepreneurs", résume sa responsable Ana Segurado Escudero. Il fait converger plusieurs initiatives qui, pour certaines, existaient avant sa création. La plus spectaculaire, c'est l'accélérateur maison du groupe, Wayra ("vague", en langue Quechua), créé en 2011, qui dispose de bureaux dans 10 pays. Cette structure vise à repérer et accompagner des start-up disposant de produits et services innovants, pas forcément en lien avec le cœur de métier de Telefonica. Wayra a investi dans plus de 600 jeunes pousses depuis sa création, chaque bureau régional mettant des "billes" dans dix projets chaque année. "Ce sont de jeunes start-up qui disposent déjà d'un produit", précise Ana Segurado Escudero. "Nous prenons 7 à 10% de leur capital en échange". Plus de 150 millions d'euros ont ainsi été "distribués" de cette façon, "permettant de créer 10 000 emplois", se félicite la directrice d'Open Future.

 

 

Ana Segurado Escudero, directrice d'Open Future

 

"changer la culture de l'entreprise"

L'entreprise a beau se soucier de son impact social et économique dans les pays où elle est présente, elle espère tout de même un retour sur investissement, mais sur le long terme. "La profitabilité n'est pas l'objectif principal", précise Ane Segurado Escudero. "Nous voulons compléter nos innovations internes, garder notre avance technologique et changer la culture de Telefonica". Les start-up accélérées sont mises en contact avec des responsables des différents services de Telefonica lors de hackathons, demo days et workshops. Utile quand on sait que Telefonica, créé en 1924, est originellement un opérateur historique en situation de monopole sur son marché de naissance. Ce n'est qu'en 1997 que le secteur a été ouvert à la concurrence.

Telefonica en chiffres
• 6e opérateur mondial avec 350 millions d'abonnements (dont un tiers en Europe)
• 3 marques principales : O2, Movistar, Vivo
• 125 000 salariés dans le monde
• 46 milliards de dollars de capitalisation boursière
• 52 milliards d'euros de revenus en 2016 (dont trois quarts hors d'Espagne)
• 18 pays dans lequel il a déployé son propre réseau (bureaux commerciaux dans 21 autres pays)


Telefonica dispose d'autres véhicules d'investissement, notamment son propre fonds Telefonica Ventures. Il dispose également des parts dans des fonds externes comme Amerigo en Amérique du sud.

 

Devenir data-driven

On pourrait penser que cette frénésie d'investissements détourne Telefonica de son objectif initial : se transformer lui-même. Ce n'est qu'en partie vrai. Si deux investissements seulement se sont pour l'instant soldés par des entrées en bourse (Box et Quantenna), Telefonica a aussi racheté des start-up pour nourrir son innovation interne. Son Chief data officer Chema Alonso n'est autre que le fondateur de la start-up espagnole Eleven path, spécialiste de la cybersécurité, acquise en 2013. Ce hacker, très proche du président du groupe, pilote avec finesse le basculement du groupe vers une culture "data-driven".

 

 

 

Chema Alonso, CDO de Telefonica

 

Telefonica s'est en effet rendu compte qu'avec son réseau et ses abonnés, elle disposait d'une précieuse masse de data jusqu'ici mal exploitée. Tout l'enjeu est d'en tirer de l'intelligence tout en  assurant le respect absolu des données personnelles. "L'idée n'est pas d'exploiter les données elles-mêmes – notre priorité est de prendre soin de la data générée par leurs clients - mais de créer des insights issus de ces données anonymisées et agrégées. Ceux-ci peuvent être des éléments liés à la localisation par exemple", précise Chema Alonso. Une filiale, Luca, a ainsi été créée pour créer des business autour de ces données. Des "insights" liées aux data vendues à des acteurs des transports, de l'urbanisme, de la publicité, pour des prises de décisions dopées au "crowd analytics". Telefonica ne communique pas encore sur les performances de cette nouvelle branche, mais elle pèse déjà "plusieurs millions d'euros". "L'objectif est de doubler le chiffre d'affaires d'année en année", affirme Elena Gil, patronne de Luca.

 

transparence sur l'utilisation des données

Le groupe espère tirer profit du big data sans ternir son image de protecteur des données. C'est pour cette raison que parallèlement à Luca, l'entreprise a développé un système de management et de visualisation des données personnelles pour ses clients. "Nous voulons que chaque abonné comprenne la data qu'il génère, soit capable de la télécharger et de l'exporter simplement", explique Chema Alonso. Une "timeline", dévoilée d'ici la fin de l'année, pourra permettre d'explorer ses traces numériques de façon simple.

 

Telefonica travaille aussi à un assistant personnel (nom de code Aura) enrichi à l'intelligence artificielle pour permettre à chaque client de parler à Telefonica  et de gérer de sa vie numérique. "Cette IA doit permettre à chaque abonné d'avoir accès à ses données, et de les partager avec des tiers, s'il le souhaite, pour enrichir sa vie numérique", résume Chema Alonso. Telefonica veut construire un écosystème de services additionnels grâce à des API. Mais tout sera basé sur un consentement explicite des utilisateurs, promet-il. Une autre façon de se placer au cœur d'un écosystème qu'il veut contribuer à créer, et de générer des revenus additionnels. Pour l'instant, les activités digitales plus "traditionnelles" du groupe (cloud, sécurité, IoT) représentaient 4,7 milliards de dollars de revenus en 2016.

 

Une coentreprise avec Bouygues Télécom en France
Depuis juin 2015, Telefonica dispose d'une co-entreprise avec Bouygues Télécom, Telefonica Global Solutions France, avec une quarantaine de salariés. Elle s'adresse aux multinationales installées en France qui disposent d'activités sur les territoires où Telefonica est présent (ou des clients de Telefonica présents en France). Les clients de Bouygues Télécom ont donc accès au portefeuille de services et d'offres de Telefonica dans les 45 pays où il opère : connectivité, IoT, cloud, big data, sécurité… Le Français et l'Espagnol avaient entamé leur collaboration en 2011.

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