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Berlin 2.0, une bande dessinée tout en nuances sur la vie dans la capitale allemande

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Dans Berlin 2.0, Margot, jeune étudiante française en philosophie, part à Berlin avec des clichés plein ses bagages. Si la réalité viendra percuter ses rêves, notamment par la découverte de la difficulté à trouver un travail outre-Rhin, elle n'en continuera pas moins à aimer la capitale allemande au charme signulier.  Ancré dans le quotidien, avec un sens du détail pertinent, cette bande dessinée restitue aussi grâce au très beau travail d'Alberto Madrigal les rêves de la jeunesse et montre sa difficile insertion dans le monde du travail. 

Berlin 2.0, une bande dessinée tout en nuances sur la vie dans la capitale allemande
Berlin 2.0, une bande dessinée tout en nuances sur la vie dans la capitale allemande

Sacré pari (réussi, disons-le d’emblée) que de réaliser une bande dessinée sur le marché du travail à Berlin. Car c’est aussi de cela qu’il s’agit dans Berlin 2.0 d’Alberto Madrigal au dessin et Mathilde Ramadier au récit. Quand Margot, diplômée en philosophie, arrive dans la capitale allemande, elle débarque, comme tout voyageur, avec un sacré supplément de bagage : la somme de ses préjugés. Comme l’écrit fort pertinemment dans la préface le romancier Clément Bénech, "Qu’est ce que le réel, sinon ce qui vient gâcher la fête". Une version plus poétique de la formule du psychanalyste Jacques Lacan qui estimait que "le réel c’est quand on se cogne".

 

Principe de réalité 

Très vite Margot va être confrontée à ce truc qui cogne et qui gâche la fête, quand on a moins de 30 ans et besoin d’argent : le travail. La jeune femme déchantera assez vite du miracle allemand. Ainsi croît-elle et croit-on avec elle qu’elle a beaucoup de chance quand, à peine arrivée, une fille lui proposera lors d’une soirée un plan dans une start-up. Très vite, les contacts et les rendez-vous s’enchaînent, jusqu’au moment critique où il faut parler d’argent. Le miracle allemand, la puissance économique s’accommode d’un traitement assez peu inclusif pour les jeunes allemands et tous ceux qui viennent à Berlin, et notamment la classe créative dont Margot est une sorte d’emblème (la vie pour un jeune ingénieur à Munich est sûrement plus simple).

 

A côté, un stage conventionné à la française a des allures de quasi CDI ! Berlin 2.0 est un témoignage précieux de la façon dont le marché du travail accueille la jeunesse outre-Rhin souvent cité en exemple, alors même qu’ici le débat sur la Loi El Khomri fait rage. Que les start-up se consolent, les galeries d’art n’ont rien leur envier !

 

Fort heureusement, ce n’est pas le seul intérêt de cette lecture. On y retrouve notamment grâce au dessin d’Alberto Madrigal tout ce qui fait le charme de Berlin, de Tempelhof à Prenzlauer Berg en passant par Mitte. Sa palette de couleurs tout en nuances, à base de marron (le bleu est quasiment absent de la BD) réussit à rendre la douceur du mode de vie à la berlinoise.

 

Berlin, "terre de contrastes" 

Au-delà du témoignage vivant sur la situation du travail pour celles et ceux qu’on a appelé les intellos précaires, Berlin 2.0 revient aussi sur quelques questions essentielles sans avoir l’air d’y toucher. Où en est la construction européenne à l’heure d’Erasmus et des Easyjet-setteurs (ces jeunes Européens qui viennent faire la fête le temps d’un week end grâce aux billets d’avion low cost) ? Pourquoi s’arrête-t-elle à la protection sociale, transformant la vie sur place en galère administrative ? C’est aussi une observation très fine des différences culturelles entre la France et l’Allemagne, des petits détails finalement plus ou moins signifiants si, à Berlin on fait la fête en chaussette, les femmes peuvent se promener en mini jupe sans craindre le harcèlement ou se rendre à un festival de films porno mais elles peineront à obtenir une pilule du lendemain. C’est ce talent d’observation très précis qui fait aussi le charme de ce roman graphique.

 

Enfin, l’héroïne, Margot part aussi à Berlin pour préparer un dossier pour faire un doctorat de philosophie sur le thème de la liberté à l’épreuve du temps. C’est un clin d’œil là encore discret, car rien ne résume mieux le projet de cette bande dessinée, qui est aussi un message d’amour à Berlin, si loin et si proche. Qu’un cinéaste aussi talentueux qu’Eric Rochant dans "Un monde sans pitié" ou Pierre Salvadori dans "Les Apprentis" s’emparent de ce récit et parions que Berlin 2.0 pourrait à l’instar des deux titres précédents devenir le film emblématique d’une génération. En attendant, il est une BD à mettre entre toutes les mains.

 

Berlin 2.0 d’Alberto Madrigal et Mathilde Ramadier Editions Futuropolis 18 euros.

 

Retrouvez le travail d'Alberto Madrigal sur son site Internet

 

 

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