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Blockchain : transformer ses promesses en réalité

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Tribune Non seulement la blockchain semble avoir le pouvoir de modifier radicalement des modèles économiques historiques et établis depuis des décennies, voire des siècles, comme par exemple les échanges interbancaires et les actes notariés, mais elle s’apprête aussi à bousculer des modèles économiques très récents et eux-mêmes déjà en rupture : on attribue ainsi à la blockchain le pouvoir potentiel d’ubériser  Uber. Reste à voir comment prendre avec succès le virage de cette révolution en cours…

Blockchain : transformer ses promesses en réalité
François Stephan, DGA de l’IRT SystemX (Institut de Recherche Technologique), en charge du développement et de l’international © Gil Lefauconnier/IRT SystemX

Pourquoi la blockchain défraie la chronique ? Parce qu’elle annonce une mutation profonde des tiers de confiance par l’adoption de la technologie numérique et l’application de la loi du plus grand nombre - ce que certains appellent le pouvoir de la multitude. "La blockchain sera aux transactions ce qu’Internet a été à la circulation de l’information", a récemment dit Sandrine Duchêne, Secrétaire Générale d’AXA France.

Des usages qui dépassent largement les transactions financières
En permettant l’automatisation distribuée des transactions, la blockchain change la façon de "faire des affaires", les relations fournisseurs – clients- sous-traitants, en les centrant sur la confiance, avec notamment les Smart Contracts . De ce fait, les enjeux juridiques sont consubstantiels aux enjeux technologiques et scientifiques de la blockchain.

Les applications envisagées pour la blockchain sont pour le moment principalement les transactions financières, les paiements transfrontaliers, les transferts d’argent (avec une expérimentation déjà en place par la Barclays), les compensations centralisées, la preuve de l’authenticité, la preuve de la découverte ou de l’invention, la gestion des données, la conformité, les échanges de gré-à-gré, les hypothèques, les prêts, le financement, le crowdfunding, etc.

Beaucoup plus prometteuse sera la rencontre de l’IoT avec la blockchain. "When IoT meets blockchain". C’est l’ère du BoT : Blockchain of Things, avec les objets qui vont communiquer entre eux de façon autonome et en confiance, et effectuer entre eux des transactions, en tant qu’acteurs économiques autonomes. Une vraie révolution.

Sur le même schéma, seront transformés les échanges et transactions en lien avec la communication machine-to-machine, la gestion des droits numériques et de l’identité personnelle, la sauvegarde, les documents publics, le vote, la santé, l’immobilier, les jeux, la logistique, la mobilité, l’énergie, etc.

On verra aussi la blockchain être porteuse de solutions pour opérer les activités économiques qui ont besoin de coopération, de collaboration et de certification. On pense bien évidemment à l’économie collaborative. Ce n’est pas une surprise de constater que l’une des start-up en vue sur la blockchain propose du covoiturage sans plate-forme centralisée : LaZooz.


Comment y aller ? En osant se lancer
Pour voir se concrétiser les promesses de la blockchain - car on se situe bien aujourd’hui au niveau de la promesse – il faut "se lancer", avec à la fois une dimension forte de R&D et une bonne dose d’expérimentations, en étant prêt à apprendre au fur et à mesure des expérimentations dans les conditions réelles. Il n’y aura très probablement pas de nouvelle "killer application" pour la blockchain, si toutefois celle du Bitcoin en est une. Ce seront plutôt une multitude d’applications et d’usages innovants, augmentés en confiance par les technologies de la blockchain, qui conduiront à leur diffusion et leur montée en maturité.

Aux Etats-Unis, la blockchain avance très vite grâce aux milliards de dollars investis. C’est aussi ce que recommande un rapport du Gouvernement Britannique (Government Office for Science) publié début 2016  : il encourage des expérimentions et des investissements en R&D tout en allant sur le terrain ; un travail sur le cadre de régulation en se projetant dans l’avenir ; et la définition de standards et normes d’interopérabilité afin de casser les silos. En France, il est temps de passer aux actes.


Pas une seule, des technologies
Ce que les acteurs doivent comprendre, c’est que l’innovation de la blockchain provient de l’agencement très habile de technologies existantes (dont celle du chiffrement). Plutôt que de la blockchain, mieux vaudrait d’ailleurs parler des technologies de blockchain. Elles sont agencées pour bâtir une architecture distribuée à même de répondre aux vulnérabilités (sécurité, sûreté, disponibilité, etc.) et aux contraintes (coûts) des tiers de confiance inhérents aux architectures centralisées, tout en favorisant une utilisation éthique des données au service de nouveaux usages (ledger, en anglais) et les mécanismes de l’algorithme de consensus par une référence directe à la théorie des jeux. Les compétences en mathématiques sont précieuses, comme celles de l’ingénierie logicielle.

En conséquence, les usages qui pourront s’appuyer sur des architectures de type « blockchain », comme par exemple les nouveaux services de la voiture connectée, porteront des enjeux de nature « système », pour lesquels sont nécessaires des compétences en ingénierie des systèmes complexes, en manipulation des données, ou encore en réseaux et infrastructures informatiques.

C’est pour expérimenter ces approches "systèmes" que l’IRT SystemX a lancé un premier projet de R&D intégrative et partenariale.

  • Sont réunis plusieurs entreprises porteuses de cas d’usage et de compétences, désireuses de mutualiser leurs efforts et de partager leurs avancées sur cette innovation de rupture ; des chercheurs académiques de l’Université Paris-Saclay et les ingénieurs de recherche de l’IRT qui apportent leurs travaux scientifiques et technologiques sur les disciplines sollicitées.
  • L’objectif est le partage de bonnes pratiques et l’enrichissement croisé des avancées technologiques entre les différentes applications de la blockchain comme la mobilité, la logistique, l’énergie, les télécommunications, la sécurité, etc.
  • Le développement d’une plate-forme expérimentale par l’IRT SystemX pour évaluer le couplage des technologies de la blockchain à travers des cas d’usage innovants est aussi de nature à accélérer l’innovation dans le domaine.
  • Enfin, des actions de R&D bien ciblées permettront de mener des études sur un temps court opérationnel, venant nourrir la réflexion stratégique et fournir des outils d’aide à la décision aux acteurs politiques, économiques et régaliens.


Des pistes d’actions pour « y aller » rapidement et efficacement
Sur la base des travaux lancés au sein de l’IRT, 6 bonnes pratiques apparaissent déterminantes :

  • Partir des cas d’usage, les caractériser avec les métiers et travailler sur les verrous technologiques et scientifiques associés.
  • Avoir une approche itérative et rapide faite de preuves de concept en laboratoire et d’expérimentations et de pilotes sur le terrain.
  • Conjuguer les approches techniques avec les sciences sociales : juridiques, modèles économiques, etc.
  • Disposer de la capacité à tester et évaluer, pour ses propres cas d’usage, et de manière impartiale, différentes solutions du marché.
  • Accueillir les start-up pertinentes dans ces approches.
  • S’appuyer sur des partenariats publics-privés pour travailler de concert sur les usages et les régulations.


La blockchain n’est pas un sujet numérique de plus. La blockchain, ou plutôt les technologies de la blockchain, ont le potentiel de transformer radicalement nos sociétés et nos économies, à l’image de TCP/IP à partir du début des années 1990. Au bout de 25 ans, on mesure ce potentiel. Rendez-vous en 2040 dans un monde où la blockchain sera partout, ou bien plus tôt ?

 


Par François Stephan, DGA de l’IRT SystemX (Institut de Recherche Technologique),  en charge du développement et de l’international
 

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