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Bombardier investit dans la réalité virtuelle pour réduire ses coûts

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Cas d'école Le constructeur ferroviaire a intégré la réalité virtuelle au développement de ses produits. Une démarche de longue haleine menée sur le terrain.

Bombardier investit dans la réalité virtuelle pour réduire ses coûts
Bombardier investit dans la réalité virtuelle pour réduire ses coûts © Manuel Moragues

La réalité virtuelle n’est pas réservée aux constructeurs aéronautiques et automobiles. D’autres industries peuvent tirer profit de cet outil, tel le ferroviaire. La réalité virtuelle consiste à simuler un produit à partir d’une maquette numérique – le modèle issu de la conception assistée par ordinateur (CAO) – pour le présenter aux personnes travaillant à son développement. Elle permet de les "immerger" dans le produit, dans une salle dédiée équipée de grands écrans, d’une vision 3D et de caméras. Mais aussi de passer en revue les étapes de la conception collaborative, de vérifier les séquences d’assemblage et de désassemblage des pièces, de présenter le projet au client… À la clé, une économie de temps et d’argent sur le développement. Un gain d’autant plus important dans le ferroviaire où le client se mêle de la conception des trains tout au long du développement et où les prototypes physiques sont longs et coûteux à fabriquer. Toutefois, la réalité virtuelle suppose un investissement non négligeable et implique une nouvelle façon de travailler. Un long chemin qu’a parcouru Bombardier. Le constructeur a su tirer profit des initiatives mises en place par ses sites pour intégrer la réalité virtuelle à la conception de tous ses trains.

 

1. Partir d’un pilote

"Nous disposons aujourd’hui de cinq sites équipés de salles de réalité virtuelle", se félicite Helmut Dietz, le chef de la production digitale de Bombardier Transport. Le constructeur a démarré modestement. La première initiative a été lancée par une petite division, les locomotives, et menée par le site allemand de Kassel fin 2010. Il a d’abord fallu choisir le logiciel. Repérages sur les salons professionnels, étude comparative chez les concurrents et autres industriels ont amené Kassel à opter pour "l’application la plus utilisée dans l’auto et l’aéro", selon Helmut Dietz. Pas de prise de risque pour ce coup d’essai. Le choix s’est porté sur la solution IC.IDO, du français ESI Group, dans sa version de base. Sa première application a concerné la conception d’une locomotive pour Deutsche Bahn, qui voulait en modifier le design en profondeur. "Kassel a invité Deutsche Bahn à travailler sur la dernière version de la locomotive en réalité virtuelle. Ce qui a permis de le convaincre de renoncer à ses modifications. Un énorme gain de temps et d’argent et un essai concluant", raconte Helmut Dietz.

 

2. communiquer en interne

Les équipes de Kassel étaient tellement satisfaites de leur réalité virtuelle qu’elles en ont assuré la promotion au sein du groupe. Probablement la meilleure façon de susciter l’envie ! Petit à petit, la réalité virtuelle s’est diffusée de site en site et de produit en produit : à Kingston (Canada) et ses métros fin 2011, à Görlitz (Saxe) et ses trains à deux niveaux fin 2012, à Siegen (Rhénanie du Nord) et ses bogies à l’été 2014... jusqu’à Hennigsdorf, près de Berlin, le plus grand site de Bombardier, où sont construits les trains à grande vitesse ICx. La salle de réalité virtuelle y est logiquement la plus grande et la mieux équipée. Devant l’écran de 5 mètres de largeur sur 2,50 mètres de hauteur, lunettes 3D hérissées de petites boules sur le nez et manette de même acabit dans les mains, Thomas Siegemund, le directeur technique pour les métros, balade ses invités dans les rames du métro de Stockholm ou zoome sur l’une des 440 000 pièces qui le constituent. Un an auparavant, raconte-t-il, ses équipes testaient un système mobile de réalité virtuelle pour le développement du métro de Hambourg. "Plus d’une centaine d’erreurs d’ingénierie ont pu être évités. Sans la réalité virtuelle, on ne les aurait détectées qu’en production", explique Helmut Dietz. La direction du site a immédiatement validé l’installation de la salle, qui a coûté 1 million d’euros.

Convaincre les ingénieurs

"Les ingénieurs sont toujours réticents à essayer de nouvelles choses. Et je le dis d’autant plus facilement que je suis moi-même ingénieur", s’amuse Helmut Dietz, le chef de la production digitale de Bombardier Transport. Cela peut paraître surprenant quand il s’agit d’un « jouet » aussi séduisant que la réalité virtuelle. Pourtant, "il suffit de quelques minutes pour que les ingénieurs constatent son intérêt." Bombardier a fait beaucoup de communication interne et a investi dans un système mobile de réalité virtuelle pour les convaincre, site par site.

 

 

3. Harmoniser les pratiques

Après les ingénieurs, il faut aussi convaincre le top management. "Il est essentiel d’avoir leur soutien pour développer cet outil", insiste Helmut Dietz. Pour l’obtenir, business case et calcul du temps de retour sur investissement sont indispensables, mais pas forcément évidents. "Réduction du nombre de changements d’ingénierie, réduction des prototypes physiques… Il y a beaucoup de bénéfices qui peuvent être difficiles à évaluer. L’expérience acquise à travers les premières initiatives nous a aidés." Le grand patron est convaincu et décide, début 2015, de reprendre les choses en main. Il met ainsi fin aux initiatives menées en ordre dispersé. La réalité virtuelle est désormais pilotée par la direction des opérations. La priorité est d’harmoniser l’utilisation de cet outil. "Chacun avait développé ses propres méthodes ! Nous avons créé un groupe d’utilisateurs, que j’anime, pour partager les nôtres et les harmoniser", précise Helmut Dietz. La centralisation permet aussi de parler d’une seule voix au fournisseur du système, ESI Group. Les nouveaux systèmes seront commandés à partir du siège, à Berlin. La réalité virtuelle entre dans le réel chez Bombardier.

 

4. Poursuivre le déploiement par étapes

La direction veut en faire un outil standard du développement de produits. L’heure est au déploiement de salles d’immersion sur les sites du groupe. Bombardier y consacrera 6 à 7 millions d’euros au cours des prochaines années. Le site français de Crespin (Nord) devrait être équipé fin 2016. Mais il n’est pas question d’aller trop vite. "Nous voulions tout déployer en même temps, mais nous sommes revenus en arrière. On a besoin de procéder région par région, projet pilote par projet pilote pour convaincre les ingénieurs", reconnaît Helmut Dietz. En attendant, Bombardier peaufine ses systèmes. Les différentes salles de réalité virtuelle peuvent désormais être synchronisées : Kassel peut voir ce qui est montré à Kingston. Surtout, Helmut Dietz a un gros chantier en cours. Il doit connecter la réalité virtuelle à son PLM (product lifecycle management). Pour l’instant, les données extraites de la CAO (Catia V5) passent par le PLM avant d’être transférées, manuellement, dans le logiciel de réalité virtuelle IC.IDO. Helmut Dietz veut automatiser ce transfert. L’occasion de mettre enfin le département informatique dans la boucle. Un point clé pour inscrire durablement la réalité virtuelle dans l’entreprise.

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