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Ce que les constructeurs automobiles ont à gagner avec Android Auto… et à perdre

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Google a officiellement lancé, mercredi 25 juin, lors de sa conférence pour développeurs I/O, son fameux système pour véhicules connectés, Android Auto. Quel intérêt pour les constructeurs automobiles? Faut-il choisir de s'en remettre aux géants du web pour développer une voiture connectée ? L'Usine Digitale pèse le pour et le contre.

Ce que les constructeurs automobiles ont à gagner avec Android Auto… et à perdre
Ce que les constructeurs automobiles ont à gagner avec Android Auto… et à perdre © Google

Les géants du numérique ont bien compris l'intérêt financier et stratégique des véhicules connectés, et rivalisent d'offres : Apple avec CarPlay, "Windows in the car", Google Auto...Car bientôt, les voitures connectées se compteront par millions. Les constructeurs automobiles ne sont pas en reste, Ford ou General Motors ayant développé des systèmes embarqués comme OneStar de GM.

Ford a même tenté de se positionner en leader en proposant une première forme de standardisation du secteur, qui en manque cruellement. Pourtant, un service comme Google Auto, qui par le contrôle de la voix permet d'utiliser sa voiture comme un objet connecté, est très alléchant. Google a d'ailleurs affirmé lors de sa conférence que plus de 40 partenaires automobiles étaient déjà prêts à collaborer.

La culture des données et des ecosystèmes bien huilés

Les constructeurs automobiles n'ont pas tous les capacités, contrairement à l'américain Ford, de s'appuyer sur l'analyse des big data en interne afin de personnaliser leurs véhicules. Comme le data scientist en chef de Ford l'expliquait à L'Usine Digitale, "Ford est un animal unique (...) il faut avoir la culture d'entreprise adéquate dès le départ pour que les données soient respectées [au sein de l'entreprise]".

Confier à Apple ou Google la connectivité de la voiture permet avant tout aux constructeurs de ne pas avoir à supporter le coût du développement en interne. Les data scientists, qui coûtent si cher aux entreprises et qui se font rares, la culture des données : autant de pièces du puzzle que peu de constructeurs maîtrisent. En revanche, Google est passé maître dans cet art de la data. On peut imaginer par exemple qu'un véhicule équipé de capteurs, dont les données seront finement analysées, puisse faire de la maintenance prédictive et anticiper des révisions techniques. En analysant le comportement du conducteur, un partenaire comme Google pourrait permettre aux constructeurs de proposer des voitures personnalisées selon chaque client. Les constructeurs pourraient devenir prestataires de services en collaboration avec Google. Par exemple un véhicule relié à un smartphone et à un forfait téléphonique, "tout en un", pourrait faire partie d'une solution complète, adaptée aux besoins de chaque client. Le développement de services liés aux véhicules sera au coeur de la voiture connectée, et semble de plus en plus nécessaire avec la croissance du co-voiturage et de l'économie du partage.

Les constructeurs peuvent aussi bénéficier de la force de frappe d’un système d'exploitation comme Android ou iOS, qui s'appuient déjà sur des millions d'appareils, d'applications et de consommateurs. Grâce à ces écosystèmes bien huilés, toutes les applications sont déjà compatibles entre elles et sur divers appareils. Avec Android dans la maison, sur soi, et en voiture, on peut imaginer une montre intelligente tournant sous Android qui contrôlerait directement la voiture. Par ailleurs, une voiture connectée opérée par iOS ou Android assure une familiarité certaine pour le client, qui a l'habitude de ces environnements. C'est aussi un potentiel d'adoption plus rapide, et les constructeurs n'auront pas besoin de faire un travail d'évangélisation sur leurs propres systèmes (autant de coûts marketing ainsi évités...).

Un risque de perte de contrôle

Malgré toutes ces innovations potentielles, le risque est gros pour les constructeurs de perdre la main sur les précieuses données des clients. Un géant comme Ford l'a bien compris et préfère développer ses propres compétences en interne pour garder le contrôle sur les données et le contact direct avec l'utilisateur. L'entreprise s'appuie sur son département big data pour analyser les réseaux sociaux et personnaliser ses véhicules selon les requêtes des consommateurs.

En effet, les constructeurs se sont déjà pour certains attelés au développement de nouveaux services. PSA avec Orange Business Service a mis au point la Connect fleet management, afin de faire de la maintenance préventive. Cette solution déclinée en trois packs permet aussi d'analyser les conducteurs, de donner des conseils et d'utiliser la géolocalisation pour visualiser la flotte en temps réel. Cette optimisation de la flotte offre de vraies opportunités business aux constructeurs. En effet, qui dit système embarqué et connectivité dit applications monétisables. Or avec Google Auto, la firme de Mountain View fait aussi entrer dans la voiture son magasin d'applications Google Play et toutes sortes de services dont elle retirerait les bénéfices. Il n'est pas certain que les constructeurs aient intérêt à laisser filer ces opportunités.

Enfin, un risque majeur réside aussi dans la perte de contrôle de l'expérience de marque. Un véhicule dont l'expérience repose entièrement sur un système Google ou Apple laisserait peu de place au constructeur pour exister, lui qui a pourtant un besoin vital de différenciation pour survivre. Les véhicules ne risquent-il pas tous de devenir des "Google cars ou "Apple cars"?

Si Google et Apple se targuent d'avoir séduit de nombreux partenaires, l'envers du décor s'annonce moins évident. Comme l'explique Guillaume Crunelle, associé responsable du secteur automobile chez Deloitte : "Dans la réalité, les jeux de pouvoir sont plus complexes. Il s’agit de faire travailler ensemble des industries qui ne se connaissent pas, qui ont des fonctionnements différents et des rythmes de développement asynchrones". Ces industries ont aussi toutes envie de se tailler une belle part du gâteau.

Nora Poggi

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