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Cloud, HPC, intelligence artificielle... Lenovo fait une démonstration de force dans les serveurs

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Lenovo compte bien faire fructifier son rachat des serveurs x86 d'IBM. Deux ans après cette acquisition, le constructeur chinois dévoile un plan ambitieux d'hégémonie sur les data centers, de séduction des grands acteurs du cloud, et de conquête des marché du calcul haute performance et de l'intelligence artificielle.

Cloud, HPC, intelligence artificielle... Lenovo fait une démonstration de force dans les serveurs
Cloud, HPC, intelligence artificielle... Lenovo fait une démonstration de force dans les serveurs © Julien Bergounhoux

Lenovo organisait les 20 et 21 juin une conférence intitulée Lenovo Transform. Outre des annonces de nouveaux produits pour les marchés des data centers et du PC d’entreprise, elle a été pour son président et CEO, Yuanqing Yang, l’occasion de communiquer sa vision du futur de l’informatique. Sans surprise, elle est celle d’une quatrième révolution industrielle, celle de la transformation numérique, et va redéfinir l’IT ("information technology") traditionnelle en "intelligent technology" grâce au big data, au cloud et surtout à l’intelligence artificielle.

 

L’ambition du géant chinois dans ce monde qui change est de devenir l’acteur numéro un du monde des data centers, marché dans lequel il s’est lancé il y a 2 ans en rachetant l’activité x86 d'IBM. Il a pour cela annoncé 14 nouveaux serveurs, 7 nouveaux systèmes de stockage et 5 switchs réseaux. Lenovo a par ailleurs déclaré que ses ventes de serveurs dépasseront les 20 millions d'unités en juillet. Sa stratégie est simple : combiner son héritage d'excellence venu d'IBM avec son héritage chinois qui lui permet de mieux réduire les coûts.

 

Avoir ses propres usines, un atout clé

Un héritage qui a du poids. Même si Lenovo n’est entré que récemment sur le marché, l’activité serveurs x86 d’IBM a été créée il y a 25 ans et Lenovo est donc déjà très bien implanté. Les serveurs représentent une bonne part des 43 milliards de dollars de chiffre d’affaires global du groupe, et Lenovo dispose de techniciens de support dans plus de 160 pays. L'entreprise possède aussi 7 centres de recherche sur les data centers, et 5 usines de fabrication à travers le monde. "Nous fabriquons plus de 100 serveurs par heure à Shenzhen", a déclaré Kirk Skaugen, président du Data Center Group chez Lenovo.

 

 

Le cloud, fausse menace et vraie opportunité

Quid de l’essor du cloud et de la menace qu’il représente pour ce business ? Peter Hortensius, CTO du Data Center Group, se gausse. "Nous travaillons avec six des sept plus grands acteurs du data center, qui sont en fait des acteurs du cloud. Chacun d’entre eux achète plus de serveurs que n’importe quelle grande entreprise dans le monde." Ils en achètent des quantités tellement importantes que l’un d’entre eux a représenté 10% du marché à lui tout, seul lors du dernier trimestre, d’après le CTO.

 

Questionné par L’Usine Digitale sur la part que représentent les produits Lenovo chez ces fournisseurs de cloud (car une simple présence ne veut pas dire grand chose), Peter Hortensius révèle qu’ils fournissent 30 à 40% des machines de Baidu et Tencent. Il reconnaît que le pourcentage n’est pas si élevé pour Azure, le cloud de Microsoft, mais sans apporter plus de précisions. Par ailleurs, 50% de tous les déploiements de SAP HANA se font sur du matériel Lenovo, y compris en interne chez SAP. "IBM n’a pas touché au marché du cloud car il est trop compétitif, mais nous pouvons le faire car nous avons nos propres usines." Lenovo pense pouvoir dégager des profits sur ce marché en collaborant très étroitement avec ses clients sur la partie ingénierie.

 

Vers des serveurs personnalisés pour les clients exigeants

Pour répondre aux exigences de ces clients très particuliers, Lenovo lance deux nouvelles marques : ThinkAgile et ThinkSystem. ThinkSystem est une architecture matérielle personnalisée. "Les serveurs ont l’air d’être standards vus de l’extérieur, mais ils sont complètement customisés suivant les besoins de nos clients. Et nous pouvons nous charger de l’installation sur site, soit directement soit via nos partenaires," explique Peter Hortensius. Une solution aux besoins de plus en plus spécifiques des Google et autres Facebook, qui conçoivent leur matériel eux-mêmes.

 

 

ThinkAgile de son côté regroupe à la fois des services avancés, comme l'installation et la configuration des équipements sur site par les équipes de Lenovo, et des innovations dans le domaine de l'infrastructure définie par logiciel (software-defined infrastructure). L’objectif pour Lenovo est de simplifier l'installation, la maintenance et l'évolution des data centers, tout en répondant plus vite aux besoins des clients. L'entreprise met en avant le fait que son arrivée récente sur le marché (et donc son absence d'installations historiques à maintenir) lui permet d’innover plus radicalement que la concurrence. Lenovo investit donc lourdement dans ce domaine, à la fois dans ses propres solutions et au travers de joint-ventures et d'acquisitions qui "seront annoncées dans les mois qui viennent."

 

Reste cependant des zones d'ombre derrière ce beau discours. James Loeffler, directeur technique chez Citi (entreprise qui possède son propre cloud et qui conçoit ses propres systèmes), faisant remarquer sur le salon que "les data centers existants sont remplis de matériel avec lequel il faudra conserver une compatibilité. Ces annonces sont intrigantes mais je suis curieux de savoir si elles seront suffisamment flexibles pour que les services informatiques ne s'y opposent pas",s'interroge-t-il.

 

Un objectif de conquête du marché du HPC...

Au-delà des data centers et des fournisseurs de cloud, Lenovo a décidé de s'imposer sur le marché du HPC. "Nous sommes l’entreprise dont la croissance est la plus rapide sur le marché des superordinateurs, et nous voulons devenir numéro un, a annoncé Kirk Skaugen lors de l'évènement. Nous investissons beaucoup dans ce domaine. Nous avons 17% de croissance d’après IDC. Et nous sommes passés de 0 superordinateurs dans le classement Top500 en 2014 à 92 en 2017."

 

 

Cela fait du Chinois le numéro deux du marché, et il compte devenir numéro un d’ici 2020. Par ailleurs, l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique (EMEA) est le plus grand marché de Lenovo pour ce secteur à l’heure actuelle, devant la Chine. Il vient notamment de réaliser le nouveau superordinateur du Barcelona Supercomputing Center (BSC), le MareNostrum 4. Cette ambition se reflète dans ses annonces. Les nouveaux serveurs ont notamment été conçus pour pouvoir facilement être adaptés à un système de refroidissement liquide, une solution très prisée dans le milieu du calcul haute performance (HPC). Lenovo se targue de plus de 25 brevets déposés dans ce domaine.

 

...et de celui de l'intelligence artificielle

Lenovo voit l’intelligence artificielle comme un problème requérant les mêmes moyens techniques que le HPC, et se voit donc parfaitement préparé pour se saisir aussi de ce marché en plein essor. "Pour l’intelligence artificielle comme pour le HPC traditionnel, notre rôle est d’aider nos clients à faire tourner leurs algorithmes le plus vite possible." Yuanqing Yang a indiqué vouloir investir 1,2 milliard de dollars dans le secteur de l’intelligence artificielle au cours des prochaines années, et collabore étroitement avec Intel sur la question.

 

 

Interrogé sur l’efficience de l’architecture x86 face aux GPUs (processeurs graphiques) ou aux ASICs (puces conçues pour des tâches très spécifiques) comme celles qu’utilise Google, Peter Hortensius répond que l’architecture est nettement plus simple à appréhender pour les développeurs et surtout qu’elle coûte beaucoup moins cher. "Je pense que l’entraînement des algorithmes aura lieu sur des machines très coûteuses utilisant beaucoup de GPUs, tandis que l’inférence se fera sur des architectures classiques."

 

Pour aider ses clients dotés de grandes quantités de données à les exploiter grâce à l'IA, Lenovo va ouvrir des centres d'innovation pour l'IA à Morrisville (Etats-Unis), Stuttgart (Allemagne) et Beijing (Chine). Ils regrouperont des organismes de recherche et des partenaires technologiques pour permettrent aux entreprises de se lancer dans des applications liées à l’intelligence artificielle, que ce soit sur le plan hardware ou software (les frameworks TensorFlow, Caffe2, Torch, Theano et Mxnet sont gérés). Ces centres ouvriront en octobre 2017.

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