Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Comment l'intelligence artificielle va bouleverser l'EdTech

Twitter Facebook Linkedin Google + Email
×

Tribune En 2017, les amphithéâtres des universités font toujours salle comble et le marché de la formation en présentiel est encore la référence en entreprise. Alors, où est la révolution du "Digital Learning" ? Elle viendra de la rencontre entre l’intelligence artificielle, l’apprentissage en ligne et la réalité virtuelle. Mais cela ne se fera pas sans difficultés.

Comment l'intelligence artificielle va bouleverser l'EdTech
Comment l'intelligence artificielle va bouleverser l'EdTech © Pixabay

Le point de départ : apprendre de la data

Les réseaux sociaux professionnels deviennent de plus en plus omniprésents dans nos vies et dans nos métiers, et il devient indispensable de mettre à jour ses compétences en ligne pour conserver son employabilité. Il est possible alors d’imaginer que, grâce aux différentes informations récoltées via ces réseaux (LinkedIn, Monster, Viadeo, Facebook…), un logiciel intelligent serait en mesure de définir et de suivre un profil. Un conseiller virtuel pourrait accélérer une carrière et booster les compétences en fonction de ce profil, de son niveau, de son expérience, de ses envies… Il pourrait alors suggérer des cours qui seront utiles au salarié pour rester compétitif, booster son employabilité ou prendre de l’avance sur son plan de carrière. Aussi, les entreprises pourront se servir de ces données et de ces algorithmes afin de proposer des cours en adéquation avec les attentes de leurs employés.

 

L’intelligence artificielle pour adapter son apprentissage quotidien

L’IA pourra aussi détecter les émotions et ainsi anticiper le déroulement d’une séance de formation. Le salarié est distrait aujourd’hui ? Une session plus courte sera proposée. Le salarié est très efficace mais dispose de peu de temps ? La session sera plus dense. L’analyse de l’environnement, mais aussi des émotions de l’utilisateur, impacte en effet directement sa façon d'interagir avec le cours. De plus, cette machine sera capable d’étudier la sensibilité face aux différents formats et interactivités proposés en analysant la courbe de sourire, de concentration… et connaîtra ainsi l’apprenant par cœur ! Des outils tels que la webcam, le microphone ou le système d’eye-tracking sont indispensables pour ce "formateur" d’un nouveau genre.

 

Aller plus loin dans l’immersion avec le contenu

Le contenu pédagogique intelligent ne sera pas la seule évolution de l'EdTech. La réalité virtuelle (RV) apparaît comme un nouveau moyen d’apprentissage. En mélangeant les dimensions visuelles, auditives et spatiales, la RV facilite la mémorisation tout en rendant l’expérience fun et intuitive. En effet, chaque personne possède une sensibilité différente par rapport aux moyens d’apprendre.

 

Si les contraintes techniques ont été un frein majeur au développement de la réalité virtuelle pendant des décennies, aujourd’hui la volonté des leaders (Facebook, Google...) mais aussi de nombreuses startups (Alchemy VR, Discovery VR...), est de promouvoir cette technologie. L’activité de la personne apprenante, son feed-back, sa motivation, la connaissance de ses objectifs, la maîtrise des pre?requis, constituent des facteurs considérables et non déterminables en un seul cours ! La lecture, le jeu de rôle, l’expérimentation, l’entraînement, sont autant de méthodes d’apprentissage auxquelles viendra s’ajouter la RV.

 

Le "Social Learning", la clef d’une révolution efficace

2016 marque l’ouverture des ChatBot ou robots conversationnels sur nos réseaux sociaux (Facebook, Slack). À l’aide du deep learning, ils comprennent des phrases variées et sont un moyen rapide d’accéder à la connaissance. Leur force réside dans le fait qu’ils exécutent de mieux en mieux les requêtes courantes, laissant plus de temps aux interlocuteurs pour des sujets complexes. Sur les forums, ils fournissent des réponses aux questions similaires posées ultérieurement.

 

Les formations professionnelles doivent porter un intérêt majeur au "community management" avec une intelligence artificielle dédiée à l’animation de la communauté apprenante sur le parcours. Il s’agirait alors d’avoir une IA capable de connaître des millions d’apprenants sur le bout des doigts en quelques secondes, de les connecter entre eux pendant le cours pour s’entraider, de les faire interagir à travers des animations ou encore de répondre à leur besoins à n’importe quelle heure. C’est la clé pour renforcer l’engagement au sein des parcours digitaux et retrouver l’acte social dans la formation.

 

Les résistances à cette innovation

Ces nouvelles innovations portées par l’intelligence artificielle pourraient marquer le point d’entrée de la révolution du "100% digital". Mais quel serait alors le rôle des acteurs de l’apprentissage en dehors de la diffusion de connaissance ? Leur lien avec l’apprenant n’est pas seulement pédagogique mais permet aussi de créer un contexte et une structure de formation. Le formateur est indispensable pour créer la base du contenu pédagogique. Il joue également un rôle important dans le développement de l’esprit critique de l’élève, ce qu’une machine délivrant le cours ne pourrait pas aisément transmettre. La diffusion de ces contenus pose les questions d’éthique et de contrôle de l’information afin de laisser la possibilité à l’élève de se forger sa propre opinion et de s’approprier la connaissance.

 

L’apprentissage n’est pas seulement une question de contenu et de connaissances, il y a aussi la conception des interactions : coopération, désir, confiance, etc. Ce qui est intéressant dans la relation entre apprenant et enseignant, c’est que l'apprenant apprend et enseigne, comme l’enseignant qui enseigne et continue d’apprendre. Pour faire vivre cette relation, il est nécessaire d’avoir un référent pour piloter la machine. Il est inévitable qu’un esprit humain aidé d’un ordinateur sera plus puissant que sans. Il n’y a donc pas de substitution de cerveau à la machine, mais l’IA permet de performer l’humain. Avoir un professeur face à soi, c’est pouvoir lui poser des questions et interagir sans intermédiaire. L’apprentissage ne peut se résumer à dispenser des connaissances, elle comporte une tâche indispensable dans la socialisation d’autant plus importante que l’élève est jeune.

 

Ces questions fondamentales sont encore de grandes étapes que le "Digital Learning" et l’intelligence artificielle ne peuvent résoudre. Mais il ne s’agit pas là d’en faire un simple sujet de science-fiction mais bel et bien une modalité possible pour l’apprentissage, chargée d’accompagner au mieux chaque entreprise et chaque individu dans le développement de ses compétences.

 

Raphaël Droissart, Chief Technology Officer chez Learning Tribes.

 

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

1 commentaire

Pierre-Jean

12/06/2017 14h38 - Pierre-Jean

Superbe article!

Répondre au commentaire | Signaler un abus

media

Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l'utilisation des cookies.OK

En savoir plus
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale