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Comment Thierry Breton a métamorphosé Atos, le nouvel entrant au CAC 40

mis à jour le 20 mars 2017 à 09H00
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Entretien Sous la direction de Thierry Breton, Atos s'est transformée. A coup d'acquisitions, ce qui n'était qu'une société française de services au numérique est devenue une entreprise globale jouant dans la cour des leaders mondiaux IBM, HPE ou Accenture. En 7 ans, elle a plus que doublé de taille et mulpliplié par 8 sa capitalisation boursière. Le tout sans endettement, ni dilution des actionnaires. Ce lundi 20 mars 2017, le fleuron français des nouvelles technologies fait son entrée au CAC 40, en remplaçant Klepierre. En novembre 2016, L'Usine Digitale rencontrait l'artisan de cette réussite : Thierry Breton, PDG du groupe depuis novembre 2008

Comment Thierry Breton a métamorphosé Atos, le nouvel entrant au CAC 40
Thierry Breton, PDG d'ATOS © Guittet Pascal

L’Usine Digitale : Atos affiche une belle santé. Quelle est votre recette ?

Thierry Breton : Il n’y a aucune recette mais plutôt une constante : j’aime travailler sans dette. Pour moi, c’est un gage de pérennité. Aujourd’hui, alors que les taux d’intérêt sont très bas voire négatifs, certains estiment que « l’argent n’est pas cher », mais cela reste de la dette. La première chose que j’ai faite à mon arrivée en 2008 a été de désendetter Atos. Nous sommes sans doute le seul groupe de notre secteur à avoir plus que doublé de taille en 7 ans, le tout sans nous endetter. Notre chiffre d’affaires et le nombre de nos employés ont été multipliés par deux et notre capitalisation boursière par huit. Mais nous avons fait cela à notre rythme, avec nos moyens, et surtout sans diluer les actionnaires. C’est une bonne philosophie.

 

Selon PAC, vous êtes devenus la 8ème entreprise de services au numérique dans le monde en 2015. Où voulez-vous allez?

Ce genre de classements n’a jamais été une fin en soi, même si nous allons vraisemblablement gagner encore une, voire deux places en 2016 et que PAC vient de nous classer première entreprise européenne de services numériques en Europe. La technologie est devenue un facteur vital de compétitivité et notre véritable objectif est d’accompagner nos clients dans leur digitalisation, la transformation de leurs « business models » et la protection de leurs données, devenues trésor de guerre. Nous sommes idéalement positionnés pour cela puisque nous affichons une croissance à deux chiffres dans le Big Data et la cybersécurité, où nous sommes leader européen.  Nous comptons plus de 5000 brevets et figurons parmi les trois premiers groupes mondiaux pour les supercalculateurs avec les technologies héritées de Bull.  Nous sommes dans des métiers où la taille est importante car Atos accompagne ses clients partout dans le monde et pour lesquels la gestion de la donnée devient essentielle.  Nous nous devons de leur proposer des solutions et infrastructures ad hoc. Jusqu’ici, notre croissance organique était de 1,5 à 2% par an. Dans le prochain plan stratégique à 3 ans, nous irons au-delà et poursuivrons également la croissance non organique du groupe.

 

Le groupe Atos s’est construit par fusions-acquisitions, avec l’agglomération de près de 20 sociétés. Quel est votre mode d’intégration ?

Champion européen des services au numérique en Europe
  • Création en 1997 par fusion de Sligos, Axime et GSI
  • Principales acquisitions : Origin, Siemens SIS, Xerox ITO et Bull
  • Chiffre d’affaires prévisionnel 2016 : 12 milliards d’euros (+13%)
  • Répartition : infogérance (57%), conseil et intégration (28%), Big Data et cybersécurité (5%) et paiements électroniques (10%)
  • Flux de trésorerie disponible attendu en 2016 : 550 millions d’euros
  • Effectif : 99 500 personnes dans le monde, dont 16 500 en France et 15 000 en Inde, Afrique et Moyen-Orient

 

Ces dernières années, nous avons dépensé environ 3 milliards d’euros en acquisitions, un chiffre très inférieur à celui de nos concurrents directs qui dépassent les 5 milliards d’euros voire plus. Mais il est vrai que cette croissance par acquisitions est une donnée de notre industrie et que nous avons sur ce plan des équipes et des processus très performants. Tous les ans, des milliers de nouveaux collaborateurs nous rejoignent. Nos processus font qu’ils se sentent à l’aise et, in fine, que les acquisitions génèrent plus de valeur, plus de croissance et plus de technologie au service de nos clients. Cela fait partie intégrante de notre savoir-faire. J’ai dirigé un certain nombre de sociétés et je peux dire que c’est rare et nécessaire. Deuxième spécificité : nous sommes une entreprise scientifique et technologique qui rassemble des sociétés toutes fondées par des ingénieurs. A mon arrivée, j’ai créé la communauté scientifique d’Atos qui réunit, au sein de l’entreprise, nos meilleurs experts dans le monde. Je consacre beaucoup de temps à ma fonction de président de notre communauté scientifique, car, étant scientifique moi-même, je suis passionné, comme les collaborateurs d’Atos, par la technologie. Atos investit plus de 300 millions d’euros par an en recherche & développement. Il est important que tous nos ingénieurs le sachent car c'est là aussi un facteur d’appropriation très puissant.

 

Que vous a apporté le rachat de Siemens SIS en 2011?

Cette intégration a été, je crois, particulièrement réussie pour notre industrie, au point de devenir un cas d'espèce aujourd’hui étudié dans les business schools. Cela  traduit en outre un succès de la coopération franco-allemande puisque, en nombre d’ingénieurs, nous pesons l’équivalent d’Airbus. Cela donne une idée de ce que représente Atos dans l’écosystème franco-allemand. Atos est un partenaire clé du programme allemand de l' « Industrie 4.0 ». Nous sommes le seul groupe à cumuler un siège à Paris et un autre à Munich, grâce au statut d’entreprise européenne que nous avons choisi. Les 30 000 ingénieurs de Siemens SIS se sentent aujourd’hui 100% Atos. La chancelière Angela Merkel cite à juste titre cet exemple comme modèle de coopération franco-allemande. Enfin, le Président de Siemens, qui n’y était pas tenu, a récemment indiqué que son groupe resterait, pour cinq ans minimum encore, le principal actionnaire d’Atos (14% NDR). C'est la plus belle marque de confiance.

 

Dans vos métiers, comment se situe la France par rapport au reste de l’Europe et du monde ?

Extrêmement bien. La France dispose d’ingénieurs de qualité et d’excellentes filières scientifiques et techniques. Ces ingénieurs sont ceux, je le rappelle, qui ont créé les sociétés à l’origine d’Atos.  Pour l’avenir, les initiatives prises à Saclay et le rapprochement des grandes écoles adressent un message important. Soyez sûrs que ce n’est pas pour rien que Cisco investit en France ! Il nous faut bâtir des Stanford ou Caltech à la française. Et il faut que les jeunes comprennent que les sciences, les mathématiques et la physique offrent des débouchés et des parcours professionnels exceptionnels. Dans les trois ans à venir, Atos va embaucher plus de 60 000 personnes à travers le monde, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Espagne, et beaucoup en France aussi !

 

Et aussi dans des pays low-cost comme l’Inde?

Oui, mais ce n’est pas comme cela que nous raisonnons. Le temps n'est plus où les entreprises de services numériques apportaient de la compétitivité à leurs clients principalement par la variable de la baisse des salaires et des coûts. Aujourd’hui, cela passe aussi par la proximité avec les métiers, l’apport des technologies nouvelles et l’automatisation, y compris dans les datacenters. Cela passe également par la capacité à traiter les données des clients et à leur offrir de nouveaux horizons pour les aider à accroître leur chiffre d’affaires. Au fond, nos clients nous disent deux choses : nous voulons que vous soyez plus présents localement ; et nous souhaitons que vous apportiez de l’intelligence et du savoir-faire dans nos métiers et les données que nous générons.

 

Enfin, dans la perspective de la future campagne présidentielle, vous avez affiché votre soutien à  Alain Juppé. Qu’attendez-vous du prochain Président ?

Quand j’étais Ministre de l’économie et des finances, j’ai mené une politique rigoureuse de désendettement, de retour à l’équilibre des finances publiques et d’excédent budgétaire primaire. J’estimais important, pour la France, de tenir son rang au sein des institutions communautaires. On l’oublie peut-être aujourd’hui mais, à la fin du second mandat de Jacques Chirac en 2007, la France était en meilleure situation que l’Allemagne, avec un excédent budgétaire primaire, un endettement public de 62% du PIB et un taux chômage de 7%, contre respectivement 67% et 9,2% outre-Rhin. Ensuite, hélas, les vannes ont été ouvertes, faisant passer la dette en huit ans de 1200Mds€ à 2100Mds€. Bien sûr, il y a eu la crise, mais elle a été moins bien gérée quand on regarde désormais notre différentiel avec l’Allemagne. Notre endettement public atteint 96% et bientôt 100% du PIB. L’Allemagne en est à 70% et sera à 60% en 2019. Cette différence est mortifère pour la France. Elle met l’Europe en risque. Dès que les taux remonteront, la France sera dans une situation intenable. C’est une question majeure pour le prochain Président de la République.

 

Propos recueillis par Ridha Loukil et Pierre-Olivier Rouaud

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3 commentaires

MICHEL NIZON (@MichelNizon)

20/03/2017 14h15 - MICHEL NIZON (@MichelNizon)

Si la dette a baissé de manière relative, elle a bien augmenté en valeur absolue : 31/12/2012 : 5 068,00 M d'euros 31/12/2015 : 6 583,70 M d'eruos Cela fait quand même une augmentation de 1,5 milliards d'euros d'endettement sur 3 ans !

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Chaton38

02/03/2017 11h08 - Chaton38

Embaucher 60.000 ? cad qu'il y'aura le licenciement de 180.000

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verdarie

12/11/2016 19h16 - verdarie

Thierry Breton voilà bien un industriel qui serait intéressant en tant que ministre de l'industrie !

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