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Connaissez-vous TechShop, le fab lab qui fait du business ?

mis à jour le 09 octobre 2014 à 15H36
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Guidée par Mark Hatch, le directeur général et cofondateur du Techshop de San Francisco, L’Usine Digitale a visité l’un de ses huit sites américains. Depuis 2006, cette référence du fab lab privé se déploie à travers le monde.

Connaissez-vous TechShop, le fab lab qui fait du business ?
Connaissez-vous TechShop, le fab lab qui fait du business ?

Munich et à Dublin dès l’an prochain. Sans doute bientôt en France… Après les États-Unis, Mark Hatch, le directeur général et cofondateur de TechShop, compte bien déployer son concept de fab lab privé à travers le monde. Avec un objectif simple : n’importe quelle personne avec une idée d’objet ou d’invention doit pouvoir en réaliser un prototype. Mark Hatch nous a guidé au cœur de l’un de ces ateliers-usines d’un nouveau genre, le TechShop de San Francisco. Le fab lab est installé au 926 Howard Street, au cœur de la ville, dans les 1 600 m2 de l’ancien entrepôt des archives du "San Francisco Chronicle", le quotidien de la ville.

Le bureau d’accueil trône au milieu d’un petit magasin aux allures de quincaillerie. Les 400 membres qui s’acquittent de leur cotisation mensuelle de 125 dollars (99 euros) y achètent au détail des outils et des matériaux habituellement distribués en gros (tiges métalliques, rouleaux de plastique…). Une fois chaussées les lunettes de protection, on découvre un imposant atelier et ses machines pour l’usinage, la peinture, le sablage, le formage, le décapage, la découpe à jet d’eau… "Ces machines pouvaient coûter jusqu’à 100 000 dollars il y a quelques années et il fallait six mois pour apprendre à s’en servir, explique Mark Hatch. Depuis cinq ans environ, il suffit de 4000 ou 5000 dollars pour en acheter une et avec les commandes numériques, de quelques heures d’apprentissage. Il n’y a plus qu’à appuyer sur le gros bouton rouge !"

"Une nouvelle révolution industrielle commence", d'après Mark Hatch, directeur général et cofondateur de TechShop

L'Usine Nouvelle - Qui sont les membres de TechShop ?

Mark Hatch - Il y a les entrepreneurs, sans doute 40 % de nos membres. Nous avons aussi des artistes, des bricoleurs et des gens qui veulent apprendre. Une étude récente révèle que 56 % des Américains veulent faire quelque chose par eux-mêmes. C’est un potentiel énorme ! Et à TechShop, nous ciblons cette classe créative. À eux seuls, les projets sortis de notre premier TechShop, à Menlo Park en Californie, ont généré un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars annuel. Et 60 millions de dollars d’impôts pour le gouvernement américain !

Le fab lab est-il un signe du retour de l’industrie ?

Non ! La plupart de ce qui sort de TechShop en série est fabriqué en Chine. Nous sommes au début d’une nouvelle révolution industrielle. Les emplois dans les usines vont continuer de disparaître. Regardez Tesla. Ils ont quelques milliers de personnes et les robots font le reste. Aujourd’hui, les nouveaux emplois dans la conception, le design, et surtout le design personnalisé, créent la valeur. Mais on assiste à une révolution locale, durable, qui va éliminer les emplois industriels pénibles et mal payés. Une bonne chose au final !

 

Et c’est toute l’idée : mettre à disposition les moyens de conception jusque-là réservés aux industriels. La formation n’est pas qu’une option. Pas d’utilisation d’un équipement sans avoir suivi le cours associé, pour 50 à 100 dollars. "Pour accéder à un poste de soudure, même le meilleur des soudeurs au monde doit avoir suivi notre formation", insiste Mark Hatch. Quand un membre valide un cours, c’est enregistré dans la puce RFID du badge grâce auquel il accède à la machine qu’il veut utiliser. Pour accompagner et former les membres, le TechShop emploie une vingtaine de personnes à temps plein et une trentaine d’instructeurs à temps partiel. Les formations assurent 30% de ses revenus, les abonnements 50%, les conférences et les locations 20%.

Une ambiance studieuse

Dans l’atelier de menuiserie, Mark Hatch se saisit d’un bouton rouge pour montrer combien il est simple, une fois son modèle CAO chargé, de déclencher l’équipement qui découpera dans une planche de bois les pièces de l’objet final. "Toutes les cloisons de ces ateliers sont transparentes, insiste-t-il. Nous sommes fiers de montrer nos ateliers et les machines. Tout le monde, membres et visiteurs, peut les voir." Comme ces groupes scolaires qui viennent parfois s’adonner à la fabrication, dans des salles de réunion à l’étage qui donnent directement sur les ateliers.

En haut de l’escalier, l’ambiance est studieuse. Un gigantesque open space abrite un espace de co-working, une cuisine, des postes de CAO, des machines à coudre, des machines de découpe de tissus, des bancs de tests électroniques, une salle de classe ouverte… Les six bancs de tests numériques, qui remplaceront bientôt les équipements analogiques, ont été fournis gracieusement par National Instruments. Échange de bons procédés, en réalité. National Instruments table sur la promotion qu’en fait le fab lab lors de ses cours et événements, mais aussi sur les utilisateurs d’aujourd’hui qui continueront, sans doute, à s’en servir hors de TechShop.

Dans l’open space, deux hommes s’activent autour d’une pièce de cuir tandis qu’une jeune femme travaille sur un poste de CAO Autodesk. Certains se forment, d’autres s’entraident, d’autres encore finalisent leur produit. Le mélange des activités et des membres est au cœur du concept. TechShop héberge deux start-up à cet étage. Et comme rien n’est laissé au hasard, des téléphones installés à côté d’un écran sur un petit bureau permettent de joindre directement le bureau des brevets américain.

"Dans le processus d’innovation, le premier obstacle c’est souvent le premier prototype", souligne le fondateur de TechShop, qui ne manque pas d’exemples. Comme ce jour où il est resté dubitatif face à un jeune homme de 26 ans venu le voir avec un projet de livre-luminaire, qu’il comptait vendre 200 dollars. Max Gunawan a suivi le cours en ligne sur Arduino et réalisé un prototype. Il l’a montré sur la plate-forme en ligne Kickstarter et a levé près de 580 000 dollars. Il en espérait 60 000 ! Ses lampes design sont vendues à 190 dollars…

Une autre des histoires favorites de Mark Hatch est celle de Square, le lecteur de carte bancaire pour mobile imaginé en 2008 par Jack Dorsey. Bien que cofondateur de Twitter, ce dernier ne trouvait pas le moindre dollar pour financer son projet. Un passage au TechShop et un prototype plus tard, il levait les fonds nécessaires… De l’idée à la réalisation d’un prototype, pour Jack Dorsey ou pour Max Gunawan, il n’y avait qu’un pas. Celui pour franchir le seuil d’un TechShop.

Emmanuelle Delsol, à San Francisco

 

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