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Connecter les citoyens à la ville

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Pour rendre une ville smart, les industriels ont tout intérêt à associer les habitants, qui produiront à leur tour de l’intelligence.

Connecter les citoyens à la ville
Nice fut, en 2010, l’une des premières villes européennes à expérimenter la technologie de communication sans contact et à impliquer ses habitants.

"Une technologie très innovante devient vite obsolète si elle ne vit pas", estime Fabrice Carbonel, chargé de mission auprès du président de Bosch France. Pour éviter de déployer, dans les villes, des technologies numériques que n’utiliseront pas les habitants, les industriels doivent impliquer ces derniers en amont de la réflexion. Mais beaucoup d’entreprises préfèrent encore déléguer à leurs clients, les collectivités locales, cette gestion des relations avec les habitants. À Nice, élus et industriels travaillent ensemble sur de nombreuses expérimentations. Quatre leçons à en tirer.

1) Penser usage avant technologie

En 2010, Nice est l’une des premières villes européennes à expérimenter, avec les opérateurs mobiles, le NFC, la technologie de communication sans contact permettant d’utiliser son téléphone mobile comme une carte de transport ou un mode de paiement. Une expérimentation qui participa sûrement, l’année suivante, au choix d’IBM de retenir la métropole comme l’une de ses 24 "smarter cities" dans le monde. Pendant trois semaines, des ingénieurs du groupe informatique travaillent avec les services de la métropole "pour identifier les problèmes susceptibles d’être résolus par le numérique", explique l’adjoint au maire chargé de l’économie, Christian Tordo. Une approche nouvelle qui débouche sur des préconisations en matière de mobilité. Nice expérimente alors dans son centre-ville un "boulevard connecté", bouquet de services mis à la disposition des citadins.

Parallèlement, des réunions de quartier organisées par les élus permettent d’identifier les attentes des habitants vis-à-vis des services publics. Aux critiques sur l’accueil en mairie, Nice répond par l’expérimentation de Spot mairie. Dans cette cabine de type Photomaton, conçue par Cisco et installée dans un centre commercial, des formalités administratives peuvent être faites à distance, grâce à une liaison vidéo avec un agent. "Ça intéresse beaucoup les utilisateurs qui ne sont pas à l’aise seuls sur internet et qui préfèrent un contact", explique Jean-François Balcon, chef de marché smart cities chez Cisco France. Après les remarques d’usagers précédents, la cabine a été dotée d’une porte pour préserver la confidentialité, mais vitrée, pour se sentir en sécurité. Cisco a dû revoir encore son modèle suite aux remarques des associations de handicapés sur cette cabine non adaptée aux personnes à mobilité réduite. Les citoyens savent s’inviter dans le débat.

2) Privilégier les approches transversales

"Face à la complexité des villes, aucune entreprise ne peut répondre seule à un besoin des habitants", estime Philippe Sajhau, le vice-président smarter cities d’IBM France. Nice l’a bien compris. À Caros, dans la métropole niçoise, ERDF, EDF, Alstom et Saft se sont associés pour tester le démonstrateur Nice grid. Pour la première fois, un réseau électrique mêle une forte proportion de photovoltaïque, produit par des équipements résidentiels, et l’électricité du réseau national. Entreprises et particuliers, informés des pics de consommation et de l’ensoleillement prévus, sont appelés à réduire leur consommation. La complexité technique doit s’effacer pour l’utilisateur, "qui a besoin d’une interface connue et simple", selon Laurent Schmitt, le vice-président de la stratégie et de l’innovation d’Alstom Grid. Il reconnaît : "Nous n’étions pas habitués à parler de flexibilité énergétique à un client B to C." Pour mieux servir les administrés, les services de la ville doivent aussi croiser des informations, créer des corrélations, comme sur le boulevard connecté, où l’intensité de la lumière varie en fonction du trafic. La ville suit le taux de remplissage de ses conteneurs à déchets et envoie un camion de ramassage quand une fête est prévue dans le quartier. Dans les transports, l’approche multimodale rend le plus service au citadin, en lui signalant la station de vélos la plus proche de son parking. Reste à fixer des limites au mélange des genres : une ville peut-elle laisser ses commerces envoyer des messages du type "réduction de 10 % dans la demi-heure qui vient", à l’habitant qui passe devant leur boutique ? La plupart du temps, ce sera au citoyen-consommateur d’en décider.

3) Faire collaborer les citoyens

Une smart city a tout intérêt à ne pas se priver de l’intelligence collective de ses citoyens. Les habitants collaborent en générant des données automatiquement. Grâce à la géolocalisation, Orange peut facilement savoir combien de ses clients évoluent dans une zone à risque un jour de tremblement de terre. Ou en se garant sur une place équipée d’un capteur, un automobiliste signale qu’elle est prise. Bosch réfléchit, lui, à la façon dont les citoyens pourraient signaler un feu de forêt. "Nous savons créer des règles qui permettent, par le croisement d’informations détenues par la ville, les opérateurs, les usagers, d’enrichir les informations disponibles", explique Fabrice Carbonel. Le projet Nice grid va plus loin : il cherche à provoquer un changement de comportement des habitants. EDF a d’abord dû trouver des volontaires. Une communauté d’utilisateurs est née, encouragée par les industriels, qui ont créé un label et tourné un petit film. "Pour que les 'earlier adopters' évangélisent les autres", indique Laurent Schmitt (Alstom). Les industriels ont d’autant plus besoin des citoyens qu’ils doivent anticiper leur comportement : quelle proportion va suivre les consignes ? Ils peuvent aussi tirer des enseignements de la façon dont les usagers s’approprient les équipements : les agents de la ville impliqués dans Spot mairie ont parfois assuré des formalités incombant au conseil général, pour rendre service à une personne âgée. Nice songe alors à partager ses futures cabines avec d’autres administrations.

4) Partager ses données

La ville intelligente peut partager certains de ses équipements. À Nice, le réseau Wi-Fi nécessaire au boulevard connecté a été ouvert aux habitants. Surtout, la collectivité peut rendre publique la multitude de données générées par ses capteurs, ses caméras et ses réseaux. Nice réfléchit à l’ouverture de ses données, pour les rendre "appropriables" par les start-up, les associations et les clubs sportifs. De quoi déboucher sur des applications laissées, cette fois, à l’initiative de la population. La métropole prépare d’ailleurs avec IBM un entrepôt de données. "La ville intelligente et durable est au milieu du gué, estime l’adjoint au maire de Nice chargé de l’économie, Christian Tordo. Jusqu’ici, les expérimentations étaient initiées par des innovations technologiques. Il faut maintenant inverser le paradigme, que le citoyen tire la ville intelligente par ses approches." Nice réfléchit à une journée annuelle de l’innovation numérique, pour faire connaître ce qu’elle fait et recueillir les attentes des citoyens. "Beaucoup d’entre elles ont certainement une réponse numérique, qu’ils peuvent nous aider à trouver", conclut l’élu.

Cécile Maillard

“Tell my city” a tout compris


Pour améliorer son application Tell my city, qui permet de signaler à sa mairie un problème de voirie, d’éclairage ou de déchets, la start-up Spallian a épluché les remarques des habitants lors de ses expérimentations. « Beaucoup félicitaient leur maire ou lui suggéraient des améliorations, on a donc ajouté ces deux rubriques, raconte le PDG, Renaud Prouveur. Les citoyens sont ravis de “noter” leur édile, ils ont besoin de participer. » Expérimenté à Saint-Quentin (Aisne), Tell my city devrait prochainement débarquer à Nice et à Limoges.

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