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Dix questions pour tout comprendre au séisme qui secoue le bitcoin

mis à jour le 02 août 2017 à 09H10
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La saturation du réseau bitcoin a poussé la communauté de la monnaie virtuelle vers une scission. Cette division se matérialise par l'adoption de la mise à jour SegWit2X d'un côté et à la création d'une nouvelle crypto-monnaie, baptisée bitcoin cash, de l'autre. En toile de fond de ce premier "hard fork", un débat philosophique sur la propulsion, ou non, du bitcoin comme système de paiement grand public. Décryptage en dix questions. 

Dix questions pour tout comprendre au séisme qui secoue le bitcoin
Dix questions pour tout comprendre au séisme qui secoue le bitcoin © BTC Keychain

Qu'est ce qui a poussé la communauté à proposer la mise à jour SegWit2X ?

Pour comprendre l'enjeu de cette mise à jour, il faut revenir au fonctionnement de la blockchain du bitcoin, le protocole qui soutient cette monnaie virtuelle. Il s'agit d'un registre public décentralisé où des membres volontaires du réseau, appelés les mineurs, mettent à disposition de la puissance de calcul pour calculer des opérations cryptographiques qui permettent de valider des blocs de transactions et de sécuriser le réseau. Une compétition s'établit entre eux car le premier mineur qui trouve une solution au problème est récompensé. Cette récompense comprend des frais de transactions, à la charge du payeur, et le droit d'émettre un bloc de transactions où les transactions sont enregistrées. "Dans ce bloc, le mineur va pouvoir inclure une transaction pour lui-même d'un montant de 12,5 bitcoins et cette somme est divisée par deux tous les quatre ans environ", explique Alexandre Stachtchenko, cofondateur de la start-up Blockchain Partner et président de La Chaintech, association des acteurs francophones de la blockchain.

 

Or les blocs de transaction ont une taille limitée de 1 mégaoctet. Si on cumule cette taille au rythme d'émission des blocs (un toutes les dix minutes), en théorie la blockchain du bitcoin peut valider sept transactions par seconde. "Il y a trois ou quatre ans, ça n'était pas très embêtant car le réseau n'était pas aussi populaire. Mais aujourd'hui le réseau est complètement saturé et il n'arrive pas à traiter toutes les transactions dans des délais convenables", commente Alexandre Stachtchenko.

 

Comment les utilisateurs réagissent à cette saturation ?

"Soit l'utilisateur patiente et la validation de sa transaction peut prendre plusieurs heures, soit il veut que sa transaction soit validée dans les 10 minutes et à ce moment-là, il fait une surenchère sur les frais de transaction pour que sa transaction soit choisie par le mineur", détaille le spécialiste. "Il y a trois ou quatre ans, les frais de transaction restaient très faibles, ils s'élevaient à l'équivalent de quelques centimes d'euros. Aujourd'hui, les frais de transaction peuvent grimper jusqu'à 2 ou 3 euros, ce qui peut poser problème pour des transactions récurrentes", poursuit Alexandre Stachtchenko. Le réseau est donc confronté, depuis plusieurs mois, à une problématique de "scalabilité", c'est à dire de croissance à grande échelle. Résultat, de nombreux utilisateurs ont abandonné le bitcoin pour d'autres crypto-monnaies et la part de marché du bitcoin s'est largement diluée au profit de concurrents comme Ethereum.

 

Que propose la mise à jour SegWit2X ?

La mise à jour du protocole bitcoin, baptisée SegWit2X (pour "Segregated Witness 2X"), s'articule autour de deux propositions. D'une part, elle propose d'optimiser les blocs en séparant certaines structures de données d'autres pour compresser les transactions afin de multiplier leur nombre dans un même espace. Ensuite, dans un deuxième temps, elle propose d'augmenter la taille des blocs à 2 mégaoctets.

 

Quels sont les avantages de cette proposition ?

Elle a réussi (au départ) à mettre tout le monde d'accord, en optimisant la gestion des données dans les blocs tout en augmentant leur taille pour permettre de gérer plus de volume. Par ailleurs, elle serait relativement indolore pour les mineurs puisqu'elle ne nécessiterait pas qu'ils réinvestissent dans du nouveau matériel. Le fait que les barrières à l'entrée pour les mineurs soient faibles écarte un risque de centralisation.

 

Cette proposition a-t-elle obtenu un consensus ?

Oui et non. La proposition a d'abord obtenu un consensus auprès des différentes parties prenantes lors d'une conférence qui s'est tenue au mois de juillet dernier à New York. Tout se passait bien jusqu'à il y a quelques jours où certains membres de la communauté bitcoin ont émis un doute. Ils soupçonnent les initiateurs de SegWit2X de ne pas tenir la feuille de route proposée et craignent que la taille des blocs ne soit finalement jamais augmentée. Les détracteurs de SegWit2X ont donc proposé de développer leur propre version de la blockchain Bitcoin, baptisée Bitcoin cash, ainsi qu'une nouvelle monnaie virtuelle éponyme. On parle alors d'un "fork".

 

Qu'est-ce qu'un "fork" ?

"A partir d'une vérité sur laquelle tout le monde s'accorde, deux concurrents vont se lancer", explique Alexandre Stachtchenko. A partir d'un seul et unique historique, deux blockchains se créent. D'où le terme "fork", qui signifie "fourche" en français. Il y a alors deux vérités qui deviennent irréconciliables. "C'est le premier hard fork que connaît la blockchain bitcoin", assure le spécialiste, qui évoque l'existence d'autres forks dont la portée est très limitée. Ces derniers arrivent régulièrement lorsque que deux mineurs résolvent en même temps un problème et émettent simultanément un nouveau bloc. Temporairement, il y a alors deux vérités différentes. Mais ces forks techniques ne durent généralement que quelques minutes, le temps de l'émission de quelques blocs supplémentaires. Les mineurs abandonnent alors la chaîne la plus courte pour se rallier à la chaîne de blocs la plus longue.

 

Quelles sont les différences entre le bitcoin cash et le bitcoin ?

Les initiateurs du fork proposent, eux, d'augmenter directement la taille des blocs à 8 mégaoctets. C'est la seule différence avec la chaîne principale. Seul problème : la difficulté de calcul est restée la même sur la chaîne Bitcoin cash, alors que la puissance de calcul sur cette nouvelle chaîne est encore ridicule. Si 12 heures après le fork aucun bloc n'a pu être rempli, cette difficulté de calcul devrait être abaissée de 20%. Autre problème rencontré sur le fork en cours : il n'y a pas encore assez de transactions disponibles sur la nouvelle chaîne Bitcoin cash pour remplir un bloc de 8 mégaoctets. Plusieurs heures seront donc sans doute nécessaires pour construire une vraie chaîne parallèle et s'assurer qu'il ne s'agit pas d'un "non-événement".  

 

La naissance du bitcoin cash aura-t-il une conséquence sur le cours du bitcoin ?

Oui, mais il reste très difficile de mesurer cet impact. La naissance du bitcoin cash aura pour conséquence de doubler les actifs disponibles, puisque la même quantité de bitcoins pourra être utilisée dans deux vérités différentes : la chaîne de blocs Bitcoin et la chaîne de blocs Bitcoin cash. Théoriquement, si un bitcoin vaut 100 et que 10% de la communauté adopte bitcoin cash, la nouvelle monnaie virtuelle vaudra 10 et l'ancienne 90. Toutefois, ces calculs ne tiennent pas compte de toutes les spéculations possibles.

 

Quels scénarios sont envisageables à la suite du hard fork ?

"Plusieurs scénarios sont possibles. Un scénario catastrophe, mais il est sans doute improbable, serait qu'aucune des deux chaînes ne deviennent la chaîne principale", avance Alexandre Stachtchenko. Si 50% de la communauté restait sur la blockchain bitcoin et l'autre moitié adoptait le bitcoin cash cela impacterait l'image de la crypto-monnaie, car cela montrerait qu'elle n'est pas complètement inaltérable, estime le spécialiste. En conséquence, les deux blockchains perdraient de la valeur. 

 

Dans le cas le plus probable où le bitcoin restait la chaîne principale, il y aurait deux possibilités. La première : le bitcoin cash continue d'exister mais il ne vaut pas grand-chose. Il devient alors un "altcoin" (monnaie virtuelle alternative) classique, comme il en existe tant d'autres. L'autre possibilité c'est que l'adoption du bitcoin cash soit tellement faible qu'il finisse par être abandonné et que tous les membres de la communauté rejoignent le bitcoin. "Le bitcoin s'apprécierait alors potentiellement car cela aura démontré sa solidité", juge Alexandre Stachtchenko.

 

Le dernier scénario envisagé, mais peu probable également, est celui de l'effet domino. En voyant des utilisateurs rejoindre le bitcoin cash, d'autres utilisateurs rejoindraient la chaîne de bloc alternative. Ici, on peut assister à un pur transfert de valeur. Autre option : le cours du bitcoin cash augmente, mais sans parvenir à atteindre le cours du bitcoin (environ 2770 dollars aujourd'hui).

 

Le débat est-il purement technique ?

Non ! Le premier hard fork du bitcoin illustre surtout un débat philosophique avec l'opposition de deux visions. Pour certains, le bitcoin doit rester un système de confiance alors que d'autres veulent faire du bitcoin un système de paiement courant. Si le bitcoin, dans sa version actuelle, est utilisé pour la transaction de gros montant, ce n'est pas si grave si les frais de transaction s'élèvent à 10 euros. En revanche, ce n'est pas du tout envisageable si les bitcoins sont utilisés pour régler un café. 

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