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En France, les développeurs sont condamnés à la stagnation professionnelle

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Alors que Tariq Krim remet un rapport sur le sujet à Fleur Pellerin, focus sur le statut des développeurs en France. A peine aguerris, tout les pousse à devenir chefs de projet. Car rester développeur, c’est synonyme de stagnation professionnelle. Même pour les meilleurs.

En France, les développeurs sont condamnés à la stagnation professionnelle
En France, les développeurs sont condamnés à la stagnation professionnelle © sudden inspiration - Flickr - C.C.

"Nous n’avons pas attendu Tariq Krim pour nous intéresser aux développeurs, s’écrie Sonia Malinbaum, présidente de la commission formation de Syntec Numérique. En 2013, nous avons mené une grande étude prospective qui a mis en exergue qu’il y avait 15 000 postes de développeurs à pourvoir d’ici à 2018." Le Syntec a conscience du manque de valorisation du métier de développeur et a lancé des initiatives pour en renforcer l’attractivité, avec en particulier des interventions dans les lycées pour promouvoir le métier, "y compris auprès des filles", souligne Sonia Malinbaum. "Notre rôle est d’attirer les talents", ajoute-t-elle, tout en reconnaissant que notre pays est encore conservateur. "Nos adhérents bougent, mais il s’agit de process longs, il faut s’attaquer à des cloisonnements tout en restant dans une démarche de progrès. Le développement doit être au centre du savoir-faire."

Le bon développeur devient manager

Dans les conclusions de son étude prospective, Syntec Numérique indique parmi les défis à relever : "Donner aux jeunes la possibilité d’occuper les emplois qui joueront un rôle moteur dans l’ère du numérique industriel". Et parmi ses propositions : "Mettre en valeur la French Touch du développement et du design" et "augmenter l’offre de formation des écoles de type Epita, Paris Tech, Polytech".

Louables intentions. Mais les entreprises adhérentes du Syntec numérique sauront-elles se réformer ? Aujourd’hui, il ne faut pas rester développeur si l’on veut faire carrière. Les jeunes diplômés partis à l’étranger en tant que développeurs sont surpris à leur retour en France. Ils ont du mal à valoriser leur expérience et à continuer à exercer leur talent. Emmanuel Carli, directeur général d’Epitech, a vécu lui-même ce peu de considération. Diplômé de l’Epita et major de la promotion 2002, il a débuté sa carrière comme développeur chez Thales, sur des logiciels pour la Défense. "Je voulais faire de l’informatique temps réel", explique-t-il. Il met en place des méthodes agiles sur des projets complexes et voit ses travaux primés par un "Eureka d’Or". Paradoxalement, cette récompense va lui permettre de quitter son travail de développeur pour prendre des responsabilités de management.

cinquième roue du carrosse

"Comme développeur, j’ai fait des trucs de fou, mais il m’a fallu déployer une énergie phénoménale pour faire accepter mes méthodes. Le logiciel est considéré comme la cinquième roue du carrosse en France, et les codeurs comme de simples techniciens", déplore-t-il. Pour évoluer dans les entreprises, il faut arrêter de développer selon lui : "Je connais des ingénieurs diplômés d’écoles réputées qui, après dix ans d’expérience, sont toujours au même poste". Devenu program manager chez Thales puis directeur du groupe de R&D du cabinet d’avocats Taj avant de rejoindre Epitech, Emmanuel Carli reste un passionné du code : "Soyons fiers d’être développeurs. Le soir, quand les enfants sont couchés, j’allume mon ordinateur et je développe…"

Bien parler en réunion

Raphaël Wach est encore plus direct. Lui qui se définit aujourd’hui comme expert des technologies mobiles d’Apple et "serial entrepreneur" a commencé sa carrière, à la sortie de l'Epitech, comme développeur dans les sociétés de services Cap Gemini Consulting puis Logica, avant de lancer plusieurs start-up développant des applications pour iPhone et iPad.

"Il y a un plafond de verre au-dessus duquel on ne peut pas passer si on ne fait pas de management. Le résultat, c’est qu’en France il y a surtout des développeurs très jeunes, sans expérience et donc pas vraiment bons. Dès la sortie de l’école, on vous dit : 'Dans deux ans, il faut que tu fasses du management.' Aux Etats-Unis, on rencontre des développeurs qui ont 50 ans et qui sont reconnus pour leur talent. Ici, on fait comprendre aux jeunes qu’il faut mettre un beau costume et bien parler en réunion."

Pour Raphaël Wach, les dégâts sont importants. Cette situation provoquerait d’importants surcoûts dans le développement des applications informatiques : "Quand on lance des projets mal pensés et mal gérés, les développeurs savent eux que cela ne marchera pas. Mais on ne les consulte pas."

Patrice Desmedt

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2 commentaires

Alain

19/10/2014 16h51 - Alain

Pourquoi appeler "évolution" un changement de métier ? Pour ma part, j'ai 43 ans, je suis développeur sénior expérimenté. Je suis toujours heureux de faire ce métier et je gagne très bien ma vie. Mon évolution a été latérale. Mes compétences se sont accrues avec l'expérience, et je me vois confier des projets bien plus difficiles et plus "business-critical". J'aide les débutants à boucler les leurs, et leur donne des conseils. J'ai la chance d'être dirigé en ce moment par un manager d'une trentaine d'année, qui a compris son rôle: manager c'est un travail, pas un titre. Il reste objectif en toutes circonstances, et ne se laisse pas endormir par la flagornerie et les joueurs de pipeau. Pour rien au monde je ne voudrais, ni ne saurais faire le même job que mon manager, qui lui-même ne saurait pas faire le mien. Nous avons fait deux écoles différentes, nous comprenons chacun notre rôle dans l'entreprise et ses limites, et nous nous respectons mutuellement. Pour ma part, je me considère comme très chanceux de ne pas me trouver dans le schéma décrit dans cet article. "Evoluer" dites-vous ? N'y a t-il pas une confusion entre "évolution", et "ascension sociale" ? Si vous êtes un développeur débutant et que vous souhaitez évoluer, devenez un meilleur développeur : Sachez être là ou on vous attend, inspirez confiance par la qualité de vos réalisation et la fiabilité de vos solutions. Devenir manager, c'est un changement radical de travail. Troquez votre IDE favori contre MS Project ou autre. Attendez-vous à devoir répondre auprès de votre hiérarchie de beaucoup de choses qui seront hors de contrôle.

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rgranarolo

27/03/2014 13h17 - rgranarolo

Vous interrogez une chambre patronale, le Syntec Numérique, qui est juge et partie sur ce problème... pas très pertinent !

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