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Face aux parcours de plus en plus discontinus, capitalisons nos acquis dans une musette

mis à jour le 19 mai 2016 à 15H00
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La Musette de l’actif est un concept issu d’une réflexion prospective intitulée "Digiwork, repenser la place de l’individu au travail dans une société numérique". Elle propose une autre manière pour l’individu de capitaliser ses outils, ses méthodes, afin de reconquérir du pouvoir d’agir dans la construction de sa trajectoire d’activités – professionnelles, associatives, personnelles… Explications d'Amandine Brugière et Aurialie Jublin de la FING.

Face aux parcours de plus en plus discontinus, capitalisons nos acquis dans une musette
Face aux parcours de plus en plus discontinus, capitalisons nos acquis dans une musette © Polrpom - flickr

Notre société de l’emploi ne sait plus comment se définir… Le taux de chômage – malgré son recul de 0,1 point en mai – reste dramatiquement haut, en particulier pour les jeunes et les seniors. Les contrats courts dominent l’embauche. Les trajectoires n’ont jamais été aussi discontinues, et les moyens statistiques peinent (ou se refusent) à décrire la réalité de ces parcours entrecoupés de chômage, de multi-activités. L’économie collaborative ouvre de nouvelles perspectives, tantôt optimistes pour les formes renouvelées d’activités de partage, tantôt pessimistes face au retour du travail à la demande. L’ancien monde va-t-il subsister, se faire disrupter, ou coexister avec le nouveau monde du travail ? Le salariat doit-il être défendu, assoupli, métamorphosé ?

 

Au coeur de ces dilemmes, ce que cette transition met dangereusement en fragilité c’est l’accès aux droits sociaux. Or ceux-ci sont historiquement dépendants des statuts et des parcours[1] : les parcours linéaires sont les plus protecteurs, les parcours discontinus les plus pénalisés.

 

Et si, pour penser les transformations, on se plaçait du côté des individus ? Il s’agirait de regarder, non pas seulement l’emploi, mais le travail et l’activité au sens large : la manière dont les individus articulent ce qui produit de la valeur, mais aussi des droits, de la connaissance, du capital social, et plus généralement tout ce qui donne du sens à leur vie active. Qu’est-ce que serait qu’un environnement capacitant et souverain autour de la personne, qui l’aiderait à mieux choisir, construire et protéger sa trajectoire ? Un environnement personnel qui serait le support à de nouvelles formes de valorisation de soi, et de reconnaissance des modalités multiples de production de richesses ?

 

Pourquoi avons-nous besoin d’une Musette ?

La Musette de l’actif est un concept issu d’une réflexion prospective intitulée "Digiwork, repenser la place de l’individu au travail dans une société numérique". Elle propose une autre manière pour l’individu de capitaliser ses outils, ses méthodes, afin de reconquérir du pouvoir d’agir dans la construction de sa trajectoire d’activités – professionnelles, associatives, personnelles…

 

Elle prend appui sur une série de constat :

-          la discontinuité des parcours qui, parce qu’elle est mal accompagnée et sécurisée, est lourde pour les individus comme pour la société ;

-          la multi-activité, qui peut être la conséquence de parcours heurtés – pluriactivité subie – mais aussi de la recherche de sens et de réalisation de soi. La multiactivité est en outre favorisée par les outils numériques, support unique à tous les échanges, brouillant les frontières, les temps, entre le pro et le perso ;

-          des pans entiers d’activités intermédiés par des plateformes, sur lesquels les échanges, et les internautes, sont quantifiés, et participent à la création de valeur financière. Toutes les activités se mettent à "compter".

-          la maturité des interactions collectives : les individus sont capables de travailler en réseau, sans se connaître, par le biais d’un management agile, autour de projets dont ils défendent les valeurs... Une "intelligence des foules" que les plateformes de l’Internet ont bien compris…

-          l’importance des données personnelles : à la fois comme nouveau levier de connaissances de soi, et nouveaux risques d’aliénation de l’individu à l’économie.

 

Pour toutes ces raisons, la Musette est pensé comme un support quotidien réflexif et proactif. A la fois espace physique et numérique, elle devra servir à capitaliser des outils, des méthodes, et des savoir-faire, permettant à l’individu de gérer autrement ses compétences, ses droits administratifs, les liens avec ceux avec lesquels il travaille ou échange, ses identités, son environnement de travail, sa santé, son développement personnel...

 

Le projet fait bien sûr référence à la musette dans laquelle l’ouvrier qualifié des débuts de la révolution industrielle emportait avec lui les outils de son art, et qui symbolisait à la fois sa compétence, sa mobilité et sa liberté.

 

Comment construire la Musette ?

Le concept de la Musette s’est structuré autour de 3 objectifs principaux :

-      de réflexivité sur soi, sur son parcours : Un espace qui servirait autant au retour sur soi qu’à une posture de vigie par rapport aux opportunités à avenir. Cette dimension pourrait se nourrir utilement des potentialités “data”, si celles-ci étaient au service des individus autant qu’elles le sont aujourd’hui des organisations.

-       de projection de soi et de dialogue avec...

-       les organisations : via par exemple un autre partage des données sociales dans l’entreprise, une prise en compte de la mobilité au sens large. Cela pourrait reconfigurer la relation employeur-employé.

-       Les plateformes, les réseaux sociaux : avec la possibilité de rapatrier ses données personnelles, ses notations, etc., afin de capitaliser le “digital labor” réalisé sur ceux-ci.

-       enfin comme le support à de nouvelles revendications : de nouvelles aspirations sociales (la reconnaissance du droit individuel à la contribution), à de nouvelles formes de protection sociales (le travail bénévole ouvrant droit à des points de formation, ou points retraite), à de nouvelles formes de collectivisme…

 

Conception collaborative en cours

L’enjeu maintenant est de donner corps concrètement à ce concept par un travail de conception collaborative de scénarios d’usages puis de prototypes[2], qui s’étendra jusqu’à début 2017.

 

La société numérique bouscule les rapports de force, les institutions, les organisations, Elle en appelle à inventer de nouvelles articulations entre l’individu et le collectif. A l’heure où ré-émergent des formes inédites d’exploitation (avec un retour du travail à la tâche), mais où s’affirment aussi des attentes fortes d’autonomie et de développement personnel, l’ambition de la Musette est d’imaginer et d’expérimenter de nouvelles lignes de partage.

 

Faisons confiance aux individus pour qu’ils dessinent par eux-mêmes les frontières acceptables et souhaitables du monde de demain.

 

Par Amandine Brugière et Aurialie Jublin de la FING

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.

 


[2] Un événement ouvert est organisé le 29 juin à SuperPublic, pour inviter tous les acteurs le désirant à co-designer la Musette de l’actif.  

 

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