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Icann : Quel internet veut-on laisser à nos enfants ?

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Icann : Quel internet veut-on laisser à nos enfants ? © Afnic

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La Société pour l'attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet (Icann) mis au point une nouvelle feuille de route concernant les nouvelles extensions des noms de domaines. Le président cette l'autorité mondiale de régulation implantée en Californie, Fadi Chehadé, l'a présentée le 26 février lors d’une rencontre organisée par l’Afnic (Association française pour le nommage internet en coopération), entre l'Icann et les acteurs de l’internet français.

De passage à Paris, Fadi Chehadé, président de l’Icann, a annoncé le calendrier de lancement des nouveaux noms de domaine générique de premier niveau, les gTLD (generic top level domain). Il s’agit des extensions génériques telles que .search, .book, .music, .cloud. Elles concernent aussi des lieux tels que .paris, .vegas. Les marques pourront également réclamer leurs extensions telles que .apple ou .cadillac. Près de 2 000 candidatures ont ainsi été déposées.

A partir du 23 avril 2013, les premières extensions validées en priorité seront celles en caractères non latins, c’est-à-dire chinois, cyrilliques et arabes, la première sur la liste étant .catholic en chinois. Pour la France, Mathieu Weill, directeur général de l’Afnic a précisé que les extensions .paris et .bzh se situaient aux alentours de la 200ème place. A raison d’une vingtaine de validations par semaine, elles pourraient bien être libérées avant la fin de l’année.

Mais déjà les premiers conflits pointent le jour, des demandes multiples pour les mêmes extensions. Comment l’Icann va-t-elle gérer les conflits ? La réponse reste assez floue. Certaines extensions seront soumises à une médiation et, en cas d’échec de cette médiation, à une mise aux enchères. D’autres extensions beaucoup plus génériques telles que .blog ou .music revendiquées par des sociétés privées telles que Google ou Amazon seront soumises à l’approbation de la communauté. Le site de l’Icann recense déjà 230 cas de conflits ainsi que deux cas de confusion visuelle possible : .hotels et .hoteis, .unicorn et .unicom.

Profession de foi

Fadi Chehadé s’est longtemps attardé sur le rôle de l’Icann dans la gouvernance de l’internet. Il a insisté sur son devoir primordial de protection des marques, avec notamment la mise en place d’une chambre de compensation, la "Trademark Clearing House", une base de données et des services d’authentification et de validation de marques. Des services qui seront facturés 150 dollars par an.

Mais avec l’arrivée des nouvelles extensions, c’est le risque de voir des pays comme la Chine jouer un double jeu, avoir son internet interne – un intranet –, tout en étant connecté à un internet mondial filtré et censuré. Le risque, c’est de voir l’internet se morceler, devenir un ensemble d’intranets. Et Fadi Chehadé ne veut pas qu’un jour ses enfants lui reprochent de leur avoir légué un internet dans cet état.

L’Icann semble avoir pris conscience qu’elle doit changer, se détacher de ses racines américaines, devenir une société qui représente le monde, qu’elle a une responsabilité énorme devant elle. Une première étape de changement passe par l’ouverture de trois centres : l’actuel en Amérique, un centre à Singapour pour l’Asie et l’Océanie, et un centre à Istanbul pour l’Europe, le Moyen Orient et l’Afrique.

Pour la gouvernance de l’internet, l’Icann souhaiterait à terme collaborer avec les gouvernements, le monde informatique, les académies, la société civile, les sociétés privées. C’est le discours que son président tiendra à l’Unesco.

Discours de façade

Fadi Chehadé est un excellent communiquant. Pour autant, pour accorder un tel discours avec la réalité, il faudrait que l’Icann coupe le cordon ombilical qui le relie au Département du Commerce des Etats-Unis. C’est ce que défend David Fayon, auteur de l’ouvrage "Géopolitique d’internet – Qui gouverne le monde ?" à paraître le 15 mars chez Economica. Ce monopole des noms de domaine n’est pas du goût de tout le monde. Les critiques émergent sur la gestion des fonds collectés, qui serviraient à financer des colloques ou des tirages au sort d’extensions dans des lieux prestigieux. Une gestion qui ne va pas dans le sens d’un accès équitable.

La résistance s’organise. David Fayon relève dans son ouvrage des initiatives alternatives telles que AltRootFondation aux Pays-Bas, ou encore Open-Root en France qui proposent des offres basées sur les racines ouvertes. Par ailleurs, l’Icann est également sous la pression d’autres instances internationales comme l’UIT au sein des Nations Unies qui revendiquent le pouvoir de gérer les noms de domaine. "Un des risques étant une segmentation d’internet ou un double jeu de certains Etats ayant une taille critique (Chine ou Russie). Passer de l’omnipotence américaine à un contrôle social des populations par des Etats liberticides n’est pas une solution. Une troisième voie reste à trouver, l’Europe pourrait être motrice", déclare David Fayon.

Au-delà de ses belles opération de communication, l’Icann aura à réaliser sa profession de foi, garantir l’intégrité d’internet tout en ouvrant la gouvernance à la manière des Nations Unies d’internet.

Pierre Tran

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