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Ils ont fait l'industrie en 2014 : Michel Combes, le rénovateur d’Alcatel-Lucent

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L'année 2014 a été riche en rebondissements pour l'industrie. Ils ont déclaré leur flamme aux industriels, ils ont pris les commandes d'une grande entreprise, ils ont décroché d'importants contrats... Qui sont ces personnalités qui ont fait l'industrie en 2014 ? L'Usine Nouvelle leur dédie une série. Aujourd’hui, notre épisode sera consacré à Michel Combes, PDG d’Alcatel-Lucent. En 2014, il a entamé le redressement d’une entreprise au bord du gouffre à son arrivée en avril 2013, il y a seulement 18 mois. En 2014, il a assaini la dette, réorganisé la R&D et ainsi obtenu le retour des clients et des partenaires.

Ils ont fait l'industrie en 2014 : Michel Combes, le rénovateur d’Alcatel-Lucent
Ils ont fait l'industrie en 2014 : Michel Combes, le rénovateur d’Alcatel-Lucent

En 2014, le plan drastique de transformation et de réduction des coûts de Michel Combes a sorti Alcatel-Lucent du marasme pour le conduire à un début de stabilité. Assez pour de nouveau aborder l’avenir en conquérant. Même si le PDG rappelle que ce plan baptisé Shift est planifié sur trois ans, et que l’équipementier n’est qu’au milieu du gué. "Nous voulons devenir une entreprise du numérique, plus agile, capable de se réinventer quasiment au quotidien, a-t-il confirmé lors d’un entretien exclusif accordé à L'Usine Digitale. Sur les dix-huit premiers mois [du plan de redressement, ndlr], nous luttions pour notre survie. Sur les dix-huit prochains, nous voulons reprendre l’initiative et le leadership technologique dans les secteurs qui sont les nôtres."

Répétée à l’envie, la stratégie technologique est claire et se décline en trois thèmes : très haut débit, IP et cloud. Côté comptable, le chiffre d’affaires a, certes, chuté de 3,5 à 3,2 milliards d’euros entre les 3e trimestres 2013 et 2014, mais les pertes sont passées de 200 à 18 millions d’euros. Des résultats qui ont rassuré la bourse. D’autant que Michel Combes a aussi restructuré la dette et remis la main sur la mine d’or de ses brevets. Alcatel-Lucent a en effet remboursé durant l’été la quasi-totalité du prêt qu’il avait contracté à l’ère Ben Verwaayen, prédécesseur de Michel Combes. Un emprunt qui gageait tout simplement la totalité des 30000 brevets de l’entreprise. D’une pierre deux coups. Alcatel-Lucent assainit ainsi sa dette tout en récupérant sa propriété intellectuelle, si précieuse pour sa stratégie d’innovation.

Une Cité de l’Innovation de Villarceaux

Après des réductions de coûts associés en particulier à de lourdes suppressions de postes, Michel Combes a entrepris en 2014 de concentrer ses dépenses sur l’innovation et l’attractivité. Depuis cet été, son propre bureau est installé dans le nouveau siège d’Alcatel-Lucent à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), en lieu et place du très chic et onéreux hôtel particulier près de la tour Eiffel. Il entamé la réduction du nombre de sites de R&D dans le monde, d’une soixantaine à moins de la moitié. En France, où la recherche comptait sept implantations, seules demeurent désormais les sites de Villarceaux (Nozay, Essonne) et Lannion.

Mais le PDG veut réinvestir sur ces deux derniers pour mieux cibler la recherche mais aussi transformer la culture de l’entreprise de l’intérieur et de redonner à Alcatel-Lucent un pouvoir d’attraction vis-à-vis des jeunes ingénieurs, mais aussi des start-up, des écoles, des universités. Le très historique et plutôt vieillot site des Bell Labs de Villarceaux est ainsi déjà devenu une "Cité de l’innovation" aux allures de GooglePlex, le siège social du géant californien. Il accueille depuis 2014 une nouvelle activité de recherche en mathématiques, un fablab et une plate-forme française de test de réseaux télécoms de bout en bout, qui devrait devenir celle du cloud télécoms français. Les bâtiments, repeints, arborent en grand les noms de scientifiques comme Curie ou Copernic. Un restaurant d’entreprise tout vitré avec des tables et chaises de couleur en terrasse, un potager, un immeuble à insectes, une conciergerie, une salle de sport, des food trucks... Dès 2015, Lannion passera par le même processus de transformation, comme vient de l’annoncer l’entreprise pour Noël. Alcatel-Lucent va investir 30 millions d’euros dans 9000 m2 de nouveaux bureaux sur son site breton.

Cloud et open innovation

Dès son arrivée, malgré les difficultés économiques et financières et le lourd plan de restructuration qu’il s’apprêtait à mener à partir de l’été 2013, Michel Combes a recherché l’agilité pour Alcatel-Lucent. Il a repéré très vite une activité clé qui pourrait servir de laboratoire : le cloud télécoms, pour lequel il revendique aujourd’hui un leadership mondial. Pour développer rapidement cette activité, il a décidé de s’appuyer sur deux start-up internes : Nuage en Californie et Cloudband en Israël. Les deux entités ont développé et testé à vitesse grand V, en petites équipes et avec une forte autonomie, leurs technologies de virtualisation des réseaux. "Aujourd’hui, elles sont sorties de la phase d’amorçage et commencent à gagner des contrats commerciaux", raconte fièrement Michel Combes. En 2014, il a dotées chacune des deux entités de leur Bell Labs personnel. Et il devrait procéder de même avec son activité Motive, qui permet aux opérateurs de gérer commercialement leur réseau (tarification, offres commerciales, etc.). Les Bell Labs essaiment d’ailleurs aussi depuis 2014 comme des start-up, avec ces mini-centres en Californie et en Israël pour le cloud et un autre en Angleterre.

La transformation rapide et visible d’Alcatel-Lucent n’a échappé ni aux clients potentiels, ni aux partenaires, ni même aux concurrents. Après s’être allié à Qualcomm à son arrivée, Michel Combes a ainsi mis en place en 2014 des partenariats avec Intel puis avec Accenture. Mais il s'est aussi lancé dans une alliance plus atypique, avec un client lui-aussi atypique : JCDecaux. Au point que son concurrent chinois Huawei a, lui aussi, signé avec l’équipementier urbain français ! De quoi satisfaire Michel Combes. Voilà longtemps que le Français n’avait pas inspiré le géant de l’Empire du Milieu. Aux côté des traditionnels opérateurs comme Orange, Alcatel-Lucent séduit donc désormais une clientèle nouvelle, comme les constructeurs automobiles et même Google, avec qui il collabore.

En 2015, Michel Combes aborde une phase de reconquête. Avec en tête un nouveau business model. Quand on lui demande si ses offres de cloud ne vont pas mettre en danger son activité matérielle, par exemple, il répond sans hésiter : "ça ne sert à rien de lutter contre le progrès technique. Il vaut mieux se cannibaliser soi-même que de l’être par les autres !" Pas d’état d’âme, donc. Il a déjà en ligne de mire un nouveau modèle économique autour du logiciel et des services, et non plus basé sur le seul matériel. "La marge que nous faisons sur l’équipement n’est pas énorme, explique-t-il. Et notre pricing incorpore encore matériel et logiciel. Mais quand cela changera, tout le monde sera gagnant. Si le réseau passe sur du matériel standard - et non plus spécifique - le coût du matériel va baisser. On devrait alors pouvoir baisser le prix total pour le client, et en même temps augmenter nos marges, si on le fait intelligemment."

Emmanuelle Delsol

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