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La culture digitale cela s'apprend... et voilà comment

| mis à jour le 10 juin 2016 à 15H51
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Cas d'école Diffuser la culture numérique dans son entreprise ne se limite pas à former aux nouveaux outils. Ils faut aussi sensibiliser aux nouveaux modèles et repenser les organisaitons. Des bonnes pratiques piochées chez SEB, Orange, Pernod Ricard...

La culture digitale cela s'apprend... et voilà comment
Cours en ligne, "battles", travail sur des cas concrets… Chez Pernod Ricard, tous les moyens sont bons pour insuffler la culture numérique.

Diffuser la culture numérique est à la fois une priorité pour les entreprises en transformation et un sujet difficile à mettre en œuvre. L’entreprise, sa hiérarchie, mais aussi la connaissance qu’en ont les salariés et la maîtrise de leur métier sont bouleversées. Et la diffusion du numérique remet en cause des éléments qui touchent directement à l’humain.

 

1. Ne pas se tromper de culture

La culture numérique ne se réduit pas à l’usage des outils, même s’il est indispensable d’apprendre à se servir de ces derniers. "Il s’agit de transformation des business models, d’organisation du travail", affirme Christine Balagué, la titulaire de la chaire réseaux sociaux et objets connectés à l’Institut Mines-Télécom. Contexte macroéconomique, nouveaux business models, évolution des process, de la hiérarchie, des approches des clients, des formes d’innovation…

 

La liste des sujets à appréhender est longue. Et pas un métier n’y échappe. Le marketing est bien souvent le premier concerné, mais la finance, les ressources humaines, la production ne sont pas épargnés. Attention, prévient Antonia McCahon, la directrice global digital acceleration (CDO) de Pernod Ricard, à ne pas se tromper de cible. Il ne s’agit pas de se focaliser uniquement sur les plus âgés des employés. "On peut rencontrer des gens travaillant depuis longtemps dans l’entreprise qui saisissent tout de suite comment le numérique va doper ce qu’ils font, alors que certains juniors le maîtrisent dans leur vie personnelle, mais ne comprennent rien au marketing ou à la négociation", raconte la CDO.

 

2. Donner du numérique et des jeux

Pour jauger le niveau de culture numérique de leurs salariés tout en les sensibilisant, en les informant et en les formant, les entreprises choisissent souvent le jeu. L’adhésion et l’efficacité n’en sont que plus fortes. Le recours aux Cooc (cours en ligne internes à l’entreprise) est fréquent, mais avec des éléments de gamification qui en assurent le succès. Pernod Ricard a mis en place en 2014 le dispositif Digifit, une formation en ligne reposant sur des vidéos et des quiz. À ce jour, 90 % des employés ont tenté leur chance et réussi les dix premiers modules. Mais l’industriel a aussi proposé aux plus accros des "battles". Des employés, des équipes métiers ou des sites géographiques ont ainsi pu se défier. Antonia McCahon raconte que la réussite du dispositif a été telle qu’il sert aujourd’hui à enseigner d’autres choses que le numérique (la culture d’entreprise, la régulation…).

 

Digifit a même inspiré d’autres industriels, comme SEB, qui a lancé la SEB digital academy. "Il y a des fonctions très intéressantes de coaching de pair à pair, de gaming…, confirme Nicolaï Gerard, le digital acceleration officer de SEB. Nous envoyons régulièrement une newsletter avec le classement des meilleurs joueurs, les scores de telle division, des félicitations pour tel ou tel pays… L’aspect ludique est d’autant plus important que tout le monde est débordé. Et là, il suffit de six à sept?heures en trois mois pour obtenir les certificats les plus fondamentaux."

 

Bonus de ce type de dispositifs, leur forme même – discussion en ligne, aide entre pairs, médias sociaux… – constitue un moyen de découvrir la culture numérique.

 

3. S’impliquer fortement dans les outils

Qu’est-ce qu’un réseau social, le big data, la 4G ? Comment générer plus de trafic avec de la data ou faire du marketing en one to one, c’est-à-dire personnalisé ? Quels sont les enjeux posés par les géants du web ? Comment utiliser LinkedIn pour développer la marque employeur ou contacter des candidats ? Autant de sujets, variés, sur lesquels ces entreprises construisent leurs vidéos, leurs jeux, leurs Cooc. Mais tout est personnalisé. Aux réseaux sociaux, Orange a ajouté une thématique sur l’innovation qui décrit sa transformation numérique. Dans toutes les entreprises, c’est l’équipe numérique, avec la DRH et les équipes fonctionnelles, qui peaufinent les outils et les contenus. La plupart du temps, les managers sont les premiers formés. "Si vous contournez la hiérarchie, assure Ludovic Guilcher, le DRH adjoint de l’opérateur, vous la mettez en porte-à-faux. Nous avons donc formé la direction, le management, puis les salariés." Ceux-ci sont déjà 93 000 à avoir obtenu leur passeport.

 

La Digital academy d’Orange, avec 20 cours en présentiel et 80 contenus en ligne, est faite maison. "Nous avons été repris par la moitié du CAC 40, dont Total et la SNCF", s’enorgueillit Ludovic Guilcher. Le Digifit de Pernod Ricard, lui, est le fruit d’une collaboration avec Coorpacademy, une start-up montée par d’anciens cadres de Google France. Tout comme la Digital academy de SEB qu’il a inspirée. Pour chacun de ces projets, on constate une implication forte de l’entreprise. Antonia McCahon explique que, chez Pernod Ricard, son équipe et celles des différents métiers concernés ont travaillé sur la définition de cas concrets qui servent aux salariés à mettre en pratique leurs connaissances. Des exemples de mise en application de la théorie qui permettent la véritable transition digitale dans le quotidien. Et là, pas de recette toute faite. "Parfois, il suffit d’une réunion pour trouver le cas idéal, parfois il faut plusieurs mois", raconte la CDO.

 

4. Utiliser le lieu de travail

Tous les CDO insistent sur un autre vecteur essentiel de la culture numérique d’entreprise, le lieu de travail. On ne parle ni d’autocollants "Don’t be evil " ou "Fail fast", ni des inévitables baby-foot des start-up. Chez SEB, la digital room, dans laquelle les community managers observent les conversations en ligne sur les marques ou les ventes en temps réel de produits connectés, dispose de parois transparentes qui permettent à tous de voir les petites lumières clignotantes sur les écrans. Mais pas seulement. La salle est ouverte à la discussion, à des réunions d’information. "On peut s’y retrouver autour d’un intervenant pour discuter d’Amazon, par exemple", raconte Nicolaï Gerard. Certains employés de Pernod Ricard, eux, se réunissent dans une salle bien réelle pour se défier à Digifit, comme dans une compétition de jeu vidéo. Chez Orange, on pousse l’expérience plus loin. L’opérateur s’essaie à de nouvelles configurations de travail. Comme un symbole, c’est dans son plus ancien bâtiment, à Paris, la villa Bonne nouvelle – "où travaillaient les demoiselles des PTT !" –, qu’il a ouvert un plateau où se côtoient équipes de projets internes, start-up, artistes et travailleurs indépendants. Le tout dans un environnement où opèrent d’autres employés de l’entreprise. Orange réplique déjà le modèle sur l’un de ses sites à Toulouse. De quoi prendre un vrai bain quotidien de numérique. 

 

Des formations sur étagère

Depuis quelques mois, des formations continues à la culture numérique, et plus seulement aux technologies, émergent. Elles ciblent plutôt des entreprises de petite taille et des start-up, mais pourraient constituer un outil pour les plus grandes entreprises. En septembre, le distributeur informatique LDLC a ouvert une école orientée sur les besoins des TPE et des PME. La société d’investissement TheFamily organise une série de sessions, en juin et juillet? 2016, pour apprendre à travailler dans l’univers des start-up numériques.

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