Actualité web & High tech sur Usine Digitale

La guerre des talents numériques ne se joue pas qu'à la sortie des grandes écoles

| mis à jour le 22 mars 2016 à 07H44
Twitter Facebook Linkedin Google + Email
×

Enquête Le recrutement de compétences numériques est une priorité pour les entreprises, et pas seulement celles du secteur.  Les profils recherchés correspondent à des métiers nouveaux et surtout à de nouvelles manières de travailler. Le diplôme ou l’école entrent de moins en moins dans les critères de sélection. En dehors des innovantes 42, Simplon.co et consorts, peu de formations nouvelles répondent aux besoins. Même si les grandes écoles réagissent...

La guerre des talents numériques ne se joue pas qu'à la sortie des grandes écoles
Des étudiants à l'Ecole 42. © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Il y a urgence. Le numérique a besoin de compétences. L’assertion relève presque de l’euphémisme croisé avec un lieu commun. Qu’il soit exercé par des pure players, embrassé par des entreprises traditionnelles, qu’il soit pratiqué par une start-up, une PME ou un grand groupe, il crée un besoin de nombreux nouveaux profils. Impossible aujourd'hui de trouver une entreprise qui ne cherche pas des développeurs web mobile, des data scientists, des designers d’interaction, des coachs numériques, des community managers et des responsables SEO (optimisateurs de moteur de recherche), des spécialistes de la cybersécurité, des créateurs et animateurs de fablabs, des concepteurs d’objets connectés… mais aussi de plus classiques installateurs de réseau télécoms, développeurs support ou techniciens de maintenance.

 

Ni l’école, ni le diplôme ne sont discriminants à l’embauche

Longtemps, les IUT, BTS, écoles d’ingénieurs généralistes et d'informatique ont été les seules pourvoyeuses des compétences les plus techniques. Mais aujourd’hui, ce que ces formations proposent ne suffit plus. Qu’on se le dise et le répète sur les campus : le diplôme n’est pas discriminant à l’embauche chez les pure players du numérique. Chez Criteo, Blablacar, ou pire, chez Google, Facebook ou Uber, la formation ou l’école sur le CV ne font pas la différence. Et si les entreprises plus traditionnelles continuent de pratiquer un recrutement classique pour lequel l’école et le diplôme rapportent des points, elles pourraient rapidement suivre le mouvement en entamant la transformation numérique de leur recrutement.

 

Autodidacte ou polytechnicien ?

Que l’on ne s’y trompe pas. Un diplôme d’école d’ingénieur n’interdit pas, loin de là, de travailler dans le numérique. Simplement, il n’en est pas la garantie. "On demande à nos développeurs la capacité d’aborder des problèmes complexes, de les structurer en sous-parties, et de les résoudre, explique par exemple Olivier Le Lann, vice-président en charge des ressources humaines chez Criteo. Du coup, si vous êtes passé par Polytechnique, l’Ecole des Mines ou une autre école d’ingénieur, vous avez étudié dans ce sens. Mais nous avons aussi des développeurs de très très haut niveau qui n’ont que le bac !"

 

Les candidats, chassés ou spontanés, font leurs preuves via des tests en ligne ou dans les locaux du recruteur, lors de hackathons ou au cours d’entretiens nombreux et poussés. Une sélection pointue, mais qui laisse autant leurs chances aux autodidactes qu’aux sur-diplômés, en passant par tous les profils intermédiaires.

 

objets connectés et blockchain en école d’ingé

Les écoles d’ingénieurs ont compris qu’il leur fallait prendre ce virage. L'ESN Groupe Open a ainsi noué un partenariat avec CentraleSupélec pour la formation et le recrutement de 100 datascientists d’ici fin 2016. Polytechnique vient, après le big data, de lancer une formation continue et un mastère sur les objets connectés. Le pôle Léonard de Vinci crée, lui, une option "blockchain" pour son Ecole supérieure d’ingénieurs et lance un MBA Digital & Retail Banking dans son école de management. Xavier D’Aumale, directeur de l’équipe "talent acquisition" chez Blablacar, cite ainsi "Epitech, Epita, 42… Mais nos 430 employés viennent de plus de 130 écoles différentes". Criteo avoue se retrouver, mais sans l’avoir prémédité, avec une dizaine de MBA de différents Insead. "Et nous venons de recruter un 42, ajoute Olivier Le Lann. Mais nous ne sommes pas le genre 'on ne recrute que dans 3 écoles'."

 

Les modèles 42 et Simplon.co

C’est dans le monde du développement que sont apparues les premières formations innovantes. Les Simplon.co, 42, 3WAcademy, Webforce3 se multiplient (plusieurs ont été labellisées dans le cadre de la Grande école du numérique). Elles ciblent tous types de profils, et proposent un cursus rapide et qualifiant, avec une sélection par test en ligne et "piscine" puis une notation par les pairs. Rien à voir avec des écoles d’ingénieurs. Voire des écoles tout court...

 

Certaines entreprises comme Samsung ont même leur propre "42". La formation interne est d’ailleurs souvent la solution adoptée par les entreprises. Orange, par exemple, faute de trouver les compétences à la sortie les cursus existants, a construit avec Netexplo et HEC, une formation de coachs qui accompagneront les équipes vers les méthodes agiles.

 

A lire aussi : Face à la pénurie de talents, Orange va chercher des compétences en cyberdéfense à Lille

 

Un digital mouton à cinq pattes

L’éventail des métiers du numérique, dont beaucoup sont très récents, est large et riche. Mais, comme si cela ne suffisait pas à compliquer sérieusement la tâche des écoles ou de ceux qui se risquent à de nouvelles pédagogies, ce n’est pas la seule évolution qui les concerne : Aujourd’hui, les entreprises recherchent des profils formés différemment, plus agiles, nés pour l’international, capable de comprendre le management dans le numérique...

 

"Nous recherchons des compétences en développement PHP, Symphony, sur Android et iOS, raconte ainsi Xavier D'Aumale. Mais on a aussi besoin que les candidats aient une culture générale au-delà du numérique pour toutes les interfaces avec les métiers non techniques : produit, marketing, communication." Les entreprises du numérique cherchent d’ailleurs aussi des commerciaux du numérique, des recruteurs du numérique, des managers du numérique... Le numéro un du covoiturage cherche même des profils "formés pour l’hypercroissance !" Un phénomène inhérent à de nombreuses startups du secteur. "Nous prenons une dimension internationale, et savoir gérer ça est une compétence en soi, poursuit Xavier D'Aumale. Mais la meilleure formation, c’est d’avoir vécu ce rythme d’hypercroissance. Ça ne s’apprend pas forcément à l’école."

 

Un 42 du design d’interaction ?

Les entreprises peinent d’ailleurs à décrire les nouvelles formations qui pourraient leur apporter ces perles rares sur un plateau. Orange déplore que les meilleurs diplômés en design d’interaction partent à l’étranger. L'opérateur aurait besoin de compétences de base en la matière et pas forcément que des Bac+5. Alors faut-il une Ecole 42 du design d’interaction ? "Pourquoi pas ?", répond-il, sans plus d’enthousiasme.

 

"On ne peut qu’encourager la création de plus de formations, affirme de son côté Xavier D’Aumale. Plus on forme de compétences, plus nous en prendrons. Mais ce n’est pas simple. La plupart des métiers exercés aujourd’hui chez Blablacar n’existaient pas il y a cinq ans." Criteo, lui, a d'ailleurs décidé de mener son recrutement sur le plan international, sans a priori. Sans imaginer qu’un candidat recruté en France travaillera finalement en France, ou qu’un américain ne pourra pas convenir à un poste à Beijing… 

 

En attendant les bébés Minecraft

Il y a urgence à recruter dans le numérique. Mais si le domaine a besoin de compétences, il n’a pas forcément besoin d’écoles ou de formations nouvelles. En tous cas, aujourd’hui, il fait très bien sans. Les entreprises chassent dans les hackathons, les concours, les conférences techniques… Et dans toutes, la cooptation est encouragée financièrement. Tout est bon pour trouver les perles rares. Beaucoup de ces sociétés regardent aussi de plus en plus près les étonnants profils qui arriveront bientôt sur le marché, avec ou sans diplôme, mais dotés de compétences de haut niveau acquises avec... Minecraft, les legos, ou les tutoriaux Youtube. A prendre plus au sérieux qu’il n’y parait !

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

Publicité

media

Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l'utilisation des cookies.OK

En savoir plus
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale