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La presse en ligne a de l’avenir, les journalistes aussi

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Témoignages

Quels enjeux pour la presse en ligne ? Quelle cohésion print-web ? Quels nouveaux métiers ? L’éclairage de Romain Mazon, rédacteur en chef de La Gazette des Communes* et de son édition web, lagazette.fr.

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Romain Mazon, rédacteur en chef de lagazette.fr

Usine Digitale : Depuis sa création en 1999, quel parcours pour lagazette.fr ?  

Romain Mazon : La Gazette a en effet lancé son site en 1999, ce qui était précurseur pour un magazine créé en 1967 ! Pour la Gazette, encore plus que pour d’autres médias plus récents ou moins “installés”, le passage à l’ère numérique supposait d’inventer un nouvel équilibre entre ancien et nouveau modèle. Grâce à l’augmentation de nos moyens et au recrutement d’un directeur dédié, que nous avons vraiment développé nos activités Internet.  Aujourd’hui, lagazette.fr est l’un des tous premiers sites d’information professionnelle en France avec plus de 4 millions de pages vues par mois et 600 000 visiteurs uniques.

 

U. D. : En quoi le métier de journaliste web est-il différent ?

R. M. : Tous nos journalistes travaillent sur le print comme sur le web, car les principes fondamentaux du journalisme sont les mêmes, sur papier ou sur supports digitaux. En revanche, il faut maîtriser les pratiques de lecture sur un site web, qui sont différentes. Sur Internet, un lecteur peut arriver de plein d’endroits différents : moteurs de recherche, newsletter, réseaux sociaux… Le titre doit donc être autosuffisant. L’éditing est encore plus important que sur le print, d’une certaine façon. Et nous devons, pour chaque article publié nous poser la question : qu’est-ce qui fait qu’un internaute va cliquer sur cette info ? Le titre et le chapeau, d’abord !

En plus de ces pratiques, nous développons beaucoup le datajournalisme : un journaliste doit savoir utiliser un tableur pour croiser des données. Notre travail s’enrichit beaucoup de cette compétence, particulièrement sur le web avec des outils de datavisualisation.

De manière générale, un journaliste sur le web doit être un peu bidouilleur pour tirer partie de tous les outils existants, et maîtriser un minimum de code html. Il doit pouvoir retailler une image, couper/monter un son, insérer des vidéos, des tweets...

 

U. D. : Outre les métiers traditionnels du journalisme, la presse web a-t-elle créé de nouveaux métiers, de nouveaux interlocuteurs pour le rédacteur en chef que vous êtes ?

R. M. : Oui, bien sûr, le support web implique plusieurs interlocuteurs spécifiques. Le chef de projet fonctionnel ou digital, déjà, sorte de garant du contenant, dont la mission est de faire évoluer, avec les rédactions, le « look and feel », les fonctionnalités, les web app, etc. Il y a aussi l’équipe des « doigts de fée » : chefs de projets techniques, développeurs, intégrateurs, UX designer… sans lesquels la mise en ligne en temps et en heure n’existerait pas ! Autre acteur vital : le responsable marketing en charge du SEM et de tous les autres leviers d’acquisition comme l’emailing, l’affiliation, les réseaux sociaux. Il est également le référent pour l’analyse du trafic, qu’il traduit en recommandations permanentes pour améliorer nos performances et notre audience. Comme nous venons souvent d’univers très différents, il faut trouver, avec chacun, le langage commun qui va nous permettre de faire aboutir nos projets, mais aussi s’enrichir des savoir-faire spécifiques à chaque métier, se les approprier pour sa propre pratique : quand un développeur m’explique comment coder un moteur de recherche dans une carte, ça me permet d’imaginer d’autres possibilités, pour un projet futur.

 

U. D. : L’audience, objectif n° 1 de la presse en ligne ?

R. M. : Cela dépend de votre projet éditorial. Dans notre cas, non, ce n’est pas notre objectif n°1, mais c’est l’un de nos objectifs. Internet est un écosystème ouvert, qui nous permet d’attirer de nouveaux lecteurs. En analysant les comportements de recherche, nous pouvons connaître leurs centres d’intérêt par exemple.

 

U. D. : Concrètement, comment booster son audience ?

R. M. : D’abord en écrivant de bons articles qui intéressent vos lecteurs, ensuite en écrivant de bons articles... que Google comprend (rires). Pour redevenir sérieux, en France, au-delà de son “audience naturelle”, un média doit être visible du moteur de recherche Google, en particulier, s’il veut être visible des lecteurs. Il existe aussi plusieurs outils de base, accessibles à tous. Par exemple Google Trends permet de tester et de comparer des expressions de sorte qu’on choisisse les termes utilisés par les internautes, ou les plus recherchés. Google Analytics analyse l’audience du site en temps réel, article par article, et alimente d’ailleurs le « Top CINQ des articles les plus lus de la semaine » dans notre version print. Chacun doit s’acculturer à ces nouvelles logiques, c’est pourquoi chaque mois, nous proposons un atelier web à tous nos journalistes.

 

U. D. : Beaucoup d’infos sont disponibles gratuitement sur Internet. Comment rester performant ?

R. M. : Il faut commencer par être performant en terme de référencement naturel. Ensuite, se distinguer du contenu gratuit en créant une vraie valeur ajoutée. C’est sans doute un peu plus simple dans notre cas d’information pour les professionnels. Le site lagazette.fr propose ainsi trois niveaux d’accès : des contenus gratuits, des contenus réservés à nos abonnés, et enfin des contenus Premium, 100 % numériques, réservés à des communautés métiers, sur abonnement. Nous avons déjà 5000 abonnés Premium sur les secteurs de la finance, de la sécurité, de la technique... C’est très prometteur.

 

U. D. : De manière plus générale, comment la presse peut-elle résister ?

R. M. : Je le redis : les médias doivent apporter une réelle valeur ajoutée. Pour Médiapart, c’est l’investigation, et des scoops. Dans notre cas, l’information professionnelle, c’est une expertise métier certaine de nos journalistes, et de nouveaux “contenus”, dont je parlais en évoquant le datajournalisme. A partir de documents, accessibles à tous la plupart du temps, par exemple un rapport de la Cour des comptes, on cherche les données, on les traite, on les croise. On redevient ainsi producteurs de contenu, d’une information unique et exhaustive qu’on ne peut pas transmettre via le print. Nous sommes ainsi en mesure de proposer des cartes interactives sur lesquelles nous représentons les 36000 communes et les données propres à chacune. A nous d’être inventifs dans le traitement des informations, en proposant des articles “classiques”, mais aussi en évoluant vers la notion de service d’information.

 

* Romain Mazon est co-rédacteur en chef de la Gazette des Communes, avec Jean-Marc Joannès.

 

Propos recueillis par Elise Gruson-Godet.

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