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"La quête de sens des jeunes générations lance un défi aux entreprises classiques" prévient Jean-Michel Caye du BCG

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Entretien Le 3 février, le bureau parisien du Boston Consulting Group (BCG) remettra le neuvième prix de l'entrepreneur social de l'année. En parallèle, le cabinet de conseil  a réalisé avec Ipsos et la conférence sociale des Grandes écoles une enquête sur les attentes des jeunes diplômés, notamment vis-à-vis de l'économie sociale et solidaire. Loin des clichés hâtifs sur la génération Y, les futurs jeunes diplômés apparaissent paradoxaux. Ils combinent leur envie de réussir avec celle de rendre le monde meilleur. Génération sans compromis, ils veulent le fromage ET le dessert. Gare aux entreprises qui ne le comprendraient pas, prévient Jean-Michel Caye, directeur associé du BCG.

La quête de sens des jeunes générations pose un défi aux entreprises classiques prévient Jean-Michel Caye directeur associé du BCG
"La quête de sens des jeunes générations lance un défi aux entreprises classiques" prévient Jean-Michel Caye du BCG © Manuel Braun

L’usine digitale : Vous venez de mener une étude sur les attentes des jeunes diplômés des grandes écoles. Quel en est, selon vous, le principal enseignement ?

Jean-Michel Caye : Globalement, les résultats sont conformes à ce que je pressentais, observais, ou avais pu lire sur ce qui se passe dans d’autres pays. Mais ce qui est notable c’est la force des évolutions. Sur de nombreux items, c’est l’importance des scores obtenus qui est remarquable.

 

Il y a chez les jeunes une volonté d’engagement qui est vraiment très importante. Par exemple, quand on leur demande ce qu’est selon eux un travail utile, ils répondent à 65 % - et c’est la première réponse - qu’un travail utile œuvre pour l’intérêt général. De même, ils sont 97 % à dire qu’avoir été utile, avoir apporté des changements à la société, les rendrait fier.

 

Pour les jeunes, la quête de sens est vraiment très importante et cela pose des défis aux employeurs. Cette génération est plus difficile à motiver. Elle ne se contente pas d’un poste et d’un salaire. Il faut leur expliquer au quotidien le sens du travail, rappeler les valeurs de travail, mais aussi le sens par rapport à la personne. L’employeur doit trouver le bon dosage pour motiver et c’est loin d’être aisé à faire.

 

Quel est le principal enjeu pour les employeurs ?

L’importance de l’engagement a un corollaire : la génération d’aujourd’hui bouge beaucoup plus facilement. On peut l’interpréter comme de l’impatience, mais c’est surtout le signe qu’ils ne veulent pas transiger avec cette volonté d’engagement. Ajoutez à cela que les jeunes ayant confiance dans l’avenir, ils n’ont pas peur de tester des choses, d’aller voir ailleurs. Notre étude s’intéressait aussi à l’entrepreneuriat social et il apparaît que les jeunes diplômés de grandes écoles sont prêts à aller tester des choses de ce côté-là, quitte à revenir si ça ne se passe pas bien.

 

La génération Y est souvent présentée comme égoïste, avec un comportement d’employé proche de celui du consommateur. Comment cela s’articule-t-il avec cette envie d’engagement ?

Ils sont très paradoxaux, c’est incontestable. Mais je ne crois pas qu’on puisse qualifier les jeunes d’égoïstes. Pour eux, aider les autres est une valeur importante. Mais globalement, ils n’aiment pas les compromis : soit ils font quelque chose, soit ils ne le font pas. Par exemple, s’ils veulent tel type de postes, ils peuvent très bien refuser une offre qui ne correspond pas totalement à leurs attentes. L’idée de faire autre chose en attendant leur est complètement étrangère. Ceci dit, pour relativiser, je vous rappelle que notre étude porte sur les étudiants des grandes écoles.

 

Ainsi, comme je vous le disais, il apparaît qu’ils n’ont pas peur de l’avenir. D’après une autre étude menée par le BCG, 60 % des jeunes pensent atteindre le top management de l’entreprise. Pour eux, tout est ouvert, on peut travailler un jour dans l’entrepreneriat social, créer une entreprise le lendemain, puis retourner dans un grand groupe.

 

La bonne nouvelle pour les employeurs, c’est que la rémunération n’est pas essentielle ?

Ils veulent un métier, un poste qui ait du sens à leurs yeux. Pour choisir un poste, les trois critères majeurs par ordre décroissant sont l’intérêt du poste, l’ambiance de travail et les valeurs, la rémunération arrive loin derrière. Cela ne signifie pas que l’argent ne compte pas, mais il n’est pas premier. Si vous leur apportez une formation, une expérience qui améliore leur employabilité ou leur développement personnel, ils peuvent accepter des concessions sur le salaire.

 

Un jeune interrogé sur cinq dit vouloir créer une start-up, cela vous étonne ?

Pardon de me répéter, mais ils ont confiance dans l’avenir, cela ne leur fait pas peur créer une start-up. Les jeunes ont conscience d’un progrès dans la société française : la reconnaissance du droit à l’échec, dans l’entrepreunariat du moins. Alors pourquoi ne pas essayer ?

 

D’autant qu’il ne faut pas oublier que Mark Zuckerberg est multimilliardaire et il a à peine trente ans. Ils ont grandi dans un monde où des gens qui ont 25 35 ans peuvent être millionnaires. Il y a seulement 20 ans, l’environnement n’était pas du tout le même. Les seuls multimillionnaires jeunes étaient des héritiers. Les jeunes sont donc mus par une volonté de partir à la chasse au trésor en se disant que s’ils ne le font pas maintenant, il sera trop tard.

 

Récemment, un jeune qui avait créé une start-up nous expliquait que son but dans la vie était de rendre les gens heureux en faisant un beau produit, qu’il vend à un prix raisonnable afin de bien gagner sa vie. Ce mélange d’engagement et d’intérêt bien compris est-il exceptionnel ou emblématique de cette génération ?

Les jeunes ne voulant pas de compromis, ils ne connaissent pas le OU. Ils veulent faire du bien autour d’eux ET du business. Ils sont ainsi 53 % à nous dire qu’ils veulent être utiles aux autres. C’est pour eux un prérequis non négociable.

 

54 % des jeunes interrogés disent vouloir travailler dans le conseil, juste derrière l’environnement et l’énergie mais devant l’humanitaire qui arrive en quatrième position (47 %). Comment analysez-vous ces choix ?

Il faut revoir votre vision du conseil. Nous avons, par exemple, un département très important sur l’économie sociale et solidaire. Nous ne faisons pas cette étude par hasard. Nous avons beaucoup de jeunes chez nous qui veulent changer le monde et faire du business.

 

Par exemple, je suis responsable de la remise du prix de l’entreprise sociale de l’année. Vous seriez étonné de savoir le nombre de volontaires qui se manifestent pour participer à la mission de conseil qui est offerte au vainqueur. De même, il y a un nombre négligeable de consultants qui partent pour aller travailler dans de grandes ONG ou dans des entreprises sociales. C’est bien plus courant que ce que nous observions il y a 15 ou 20 ans.

 

L'intégralité de l'étude du BCG peut être lue ici. 

 

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