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La R&D des grands groupes devra s'inspirer des méthodes des capitaux-risqueurs, selon Philippe Soussan du BCG

mis à jour le 17 octobre 2016 à 22H39
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Entretien Contrairement à l'image de start-up B to B venues concurrencer les grands groupes en place, il existe un univers parallèle moins médiatique.  Celui des start-up de la deeptech, qui aimeraient plutôt créer des liens durables avec les grands groupes.  Philippe Soussan, directeur associé du BCG, nous explique quelles sont les spécificités de ces jeunes pousses et le type de liens qu'elles voudraient nouer avec les entreprises plus importantes. 

La R&D des grands groupes devra s'inspirer des méthodes des capitaux-risqueurs, selon Philippe Soussan du BCG
Philippe Soussan © DR BCG

L’Usine Digitale : Vous venez de publier une étude sur les start-up de la deeptech. Mais de quoi s’agit-il ?

Philippe Soussan : Nous souhaitons distinguer deux types de start-up : celles qui se développent à partir de bases scientifiques ou technologiques déjà existantes, et qui vont, par exemple, travailler sur l’optimisation de l’expérience utilisateur, et celles qui, au contraire, travaillent sur des domaines scientifiques qui n’ont pas encore été exploités. Ces jeunes pousses offrent une passerelle entre l’invention, la recherche fondamentale et l’innovation. Par exemple, c’est le domaine de l’intelligence artificielle, la livraison par drones, l’impression d’organes, le wifi par la lumière, les robots collaboratifs… Ces start-up proposent une rupture profonde de nos modes de vie à moyen terme, quand les premières se proposent d’améliorer notre expérience à court terme. Leur potentiel est plus fort, elles peuvent contribuer fortement à la résolution de grands problèmes sociétaux, environnementaux ou économiques.

 

Les retombées commerciales sont donc plus lointaines. Ont-elles ont des business model différents?

P. S. : C’est une de leurs principales difficultés. Elles sont ancrées dans le monde scientifique qui n’est pas forcément celui qui prépare le mieux à une mise sur le marché. Beaucoup d’entre elles sont des spin-off d’organisations universitaires ou académiques internationales. Leur travail très en amont rend la mise au point d’une stratégie commerciale ou d’un business model opérant plus difficile que pour les start-up plus classiques.

 

Vous avez mené une étude sur les besoins de ces start-up dans le cadre du Hello Tomorrow Global Summit, un événement qu s'est tenu les 13 et 14 octobre 2016 à Paris. Quelles en sont les principales conclusions ?

P. S. : Nous avons justement réalisé une étude auprès de start-up deeptech en collaboration avec Xavier Duportet et les équipes de Hello Tomorrow. 400 d’entre elles nous ont répondu, sachant que nous voulions mieux cerner leurs besoins, vérifier leurs spécificités.
Il en ressort que les problématiques de financement existent, mais qu’elles ne sont pas l’alpha et l’oméga. Il est apparu qu’elles avaient besoin d’accompagnement de la part de grands partenaires industriels. Leurs besoins en capital sont supérieurs aux jeunes pousses classiques, car il leur faut une infrastructure technique plus importante, et, j’y reviens, plus de temps pour aller sur le marché.

L'accélération de l'accès au marché est un point essentiel.
96 % des start-up interrogées nous ont indiqué qu’elles souhaitaient construire des partenariats avec des grandes entreprises. Mais seulement la moitié a réussi à le faire. L’écart entre les deux donne une idée de la tâche à accomplir.

 

Qu’est-ce qui les en empêche ?

P. S. : D’après leurs réponses, il manque une forme d'organisation à même de structurer les échanges entre les jeunes entreprises deeptech et les grands groupes. Les entreprises ont tendance à se tourner vers des jeunes pousses plus matures ou se basant sur des technologies plus établies, alors qu'elles ont besoin des deeptech pour définir leurs futurs métiers adjacents. Hello Tomorrow a pour objectif de mettre en contact grandes entreprises et jeunes pousses de la deeptech. Il faut créer un climat de confiance, les start-up ont parfois peur de la grande entreprise. Le créateur craint que son idée ne se perde dans les couches bureaucratiques de l'entreprise, ou de ne pas être bien protégé. Pour ne rien arranger, longtemps les entreprises ne s’intéressaient pas aux jeunes entreprises deeptech. Le mouvement est récent mais il gagne en ampleur. C’est un signe encourageant.

Les grandes entreprises ont réalisé qu’elles devaient aller au-delà de la R&D interne, qu’une partie des solutions à leurs problèmes viendraient de secteurs connexes, voire plus éloignés. C’est le cas du secteur de la santé qui a su construire depuis des dizaines d'années des partenariats robustes avec les sociétés de biotechnologies, mais aussi avec de grands instituts de recherche qui interviennent très en amont.


Cela suffira-t-il pour convaincre les grandes entreprises à prendre des risques financiers avec des start-up de ce type ?

P. S. : Les dirigeants des grandes entreprises ont compris qu’elles avaient besoin d’innover plus vite. La vitesse est devenue un élément central. Souvent, leurs process internes ne leur permettent pas d’y arriver. Ils les freinent, voire les bloquent.

Elles ont conscience qu’investir dans des start up deeptech est un moyen d’y arriver plus sûrement. De plus en plus les départements de R&D doivent aussi observer de près ce qui se passe dans l’écosystème pour investir dans les bonnes jeunes pousses prometteuses. Leur objectif est d’avoir le bon portefeuille de paris scientifiques sur les sujets d’avenir.

 

Les départements de recherche-développement vont donc devoir changer en profondeur. Il va falloir nommer à leur tête des sortes de capitaux-risqueurs ?

P. S. : Oui, ils vont devoir évoluer dans cette direction. Je ne dirai pas qu’ils devront être des capitaux-risqueurs, mais ils vont intégrer leur manière de faire. Leur rôle sera de gérer un écosytème d’innovations toujours plus ouvert, où une nouveauté en amène une autre… Au fond, un bon département de R& D sera celui qui arrivera à assembler les briques élaborées et mises au point avec les start-up deeptech.

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