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"La robotique du futur sera biologique et pas mécanique"

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Entretien Comment Dassault Systèmes, le premier éditeur de logiciel français, a-t-il pris le virage du cloud et du SaaS ? Comment se distingue-t-il de ses concurrents face à un marché en pleine transformation ? Quel pays, selon lui, a le meilleur projet d'industrie du futur ? Comment gère-t-il la cybersécurité industrielle à l'ère de l'internet des objets, et comment voit-il le futur de la robotique ? Pour répondre à ces questions, L'Usine Digitale s'est entretenue avec Pascal Daloz, Directeur Général Adjoint de Dassault Systèmes en charge des marques et du développement.

La robotique du futur sera biologique et pas mécanique
"La robotique du futur sera biologique et pas mécanique" © Dassault Systèmes

L'Usine Digitale - Vous dites que vous êtes le seul éditeur à couvrir toute la chaîne de production mais vos concurrents en font de même. PTC par exemple est aussi à fond sur le "Digital Twin" et a racheté à tour de bras dans le big data, l’analytics...

Pascal Daloz - Quand on dit ça, c'est depuis l’atome qui compose le matériau jusqu’au produit en service. Sur l’atome, la modélisation des matériaux, nous sommes les seuls à le faire. Sur le design, on retrouve les acteurs de la CAO. Sur l’exécution du manufacturing, Autodesk et PTC n’ont rien, il y a surtout Siemens. Pareil sur la vente, il n'y a aucun de nos compétiteurs traditionnels, c’est plus du Adobe que l'on retrouve. Nous avons construit un profil très large. Après, les autres ont des stratégies différentes. Siemens fait du vertical par exemple, en combinant équipement et logiciel. Autodesk, c'est plus autour du design. Mais horizontalement nous sommes les meilleurs, c'est le concept de plateforme.

 

Comment votre modèle économique a-t-il évolué avec l'avènement du cloud et du Software as a Service ?

La 3DExperience est faite pour fonctionner "as a service" à la base. Nous avons 300 solutions au total, dont 250 sont disponibles dans le cloud. Donc techniquement la migration est faite, mais l'adoption par le marché est variable. Tous les métiers qui fonctionnent en mode projet sont friands de SaaS : société d'ingénierie, d'architecture, de mode. Même chose pour les start-up et les nouveaux entrants sur des marchés comme le véhicule autonome ou électrique. Et puis il y a l’open innovation ou les grands groupes comme Airbus prennent du SaaS pour connecter les équipes. Après, cela va varier d’une industrie à l’autre. Le marché démarre. L’auto, l’aéro, la construction navale basculeront plus tard. Les produits de grande consommation et l’énergie s’y prêtent davantage. Pour eux, cela se fera à horizon deux ou trois ans.

 

Quel pays a la meilleure approche pour l’industrie du futur ? La Chine ? L'Allemagne ? La France ?

Chaque pays a sa singularité. L'Allemagne, comme le Japon, mise sur la robotisation pour combler un déficit démographique. La Chine veut créer une infrastructure industrielle de grande ampleur. En France, on s’est focalisé sur les PME-PMI, et on a associé technologie et montée en compétence des employés. C’est important car si les gens ne sont pas formés, c'est inutile, vous laissez des emplois sur le carreau. Nous ne croyons pas à un monde déshumanisé, même dans la production. Les tâches répétitives vont disparaitre, l'humain sera toujours nécessaire pour les opérations plus complexes. En Bretagne, nous avons accompagné la robotisation des Gavottes, et les opérateurs n'ont pas disparu, ils sont devenus des logisticiens.

Nous ne croyons pas à un monde déshumanisé, même dans la production.

 

Investissez-vous dans le deep learning ?

Oui, nous y investissons. Dans Exalead, par exemple, nous faisons de la reconnaissance de forme pour chercher des pièces similaires à partir d'un modèle existant. C'est de l’apprentissage classique à partir de grandes quantités de données, et nous l'appliquons à des secteurs qui vont des télécoms à l’industrie manufacturière. Nous faisons aussi de l’inversion avec des outils de modélisation. Nous créons des modèles à partir de données obtenues lors d'un évènement physique. Cela nous permet de calibrer nos simulations. Cela a une très grande valeur pour les crash tests.

 

Vous présentez l'Internet des objets industriels comme une tendance majeure. Que faites-vous en matière de cybersécurité ?

Nous nous focalisons sur la sécurité applicative, une fois que la donnée est rentrée dans notre environnement. C'est un vieux sujet pour nous, que nous avions déjà mis en place lors du développement du 777 chez Boeing. Après, pour le cloud, nous nous appuyons sur les infrastructures standards du marché. Et en ce qui concerne les machines, c'est du ressort de leur fabricant. Nous flashons notre logiciel dans le robot, mais la sécurité doit être assurée en amont. En vérité, selon moi, les principales failles de sécurité sont souvent physiques plus que numériques.

Il y aura à terme une fusion des mondes physiques et biologique

 

Comment voyez-vous le futur de la robotique ?

Pour la plupart des gens, un robot est un produit mécanique, mais nous pensons qu'à l'avenir c'est la chimie qui sera au cœur des robots. La robotique est restée jusqu'ici prisonnière d'une définition éculée, dans laquelle les robots remplacent le corps humain pour effectuer des tâches mécaniques. C'est un héritage de l'industrie du 20e siècle, dans laquelle la transformation de la matière se faisait mécaniquement, par tournage, fraisage, etc. L’autre façon de procéder, c’est d'avoir une matière intelligente, que l'on puisse programmer. Voire qui puisse être programmée par une intelligence artificielle. Ce n'est pas de la science-fiction, ça va arriver. Ce que l'on qualifie de robot va dramatiquement changer.

 

De quelle manière ?

Aujourd'hui, on déjà a la fabrication additive, qui est une étape intermédiaire en quelque sorte. L'étape suivante verra la matière se programmer de façon quasi-biologique, se mettre là où c’est nécessaire sans action mécanique. L’atome devient programmable, il devient un robot. C’est ce que fait l’ADN. C’est pour ça que nous investissons beaucoup dans la biologie. Nous travaillons avec un laboratoire du MIT, le Center for Bits and Atoms, et c'est leur vision. C'est d'ailleurs eux qui ont inventé une grande partie de l’impression 3D et des fab labs. Nous avons déjà des prototypes qui fonctionnent, des carosseries qui se réparent par mémoire de forme. Vous avez programmé la forme. C’est comme la biologie. Il y aura à terme une fusion des mondes physiques et biologiques.

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