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La simplexité ou comment bien vivre avec la complexité plutôt que de la combattre

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Entretien Avec Eléonore Mounoud, Angela Minzoni vient de publier un petit livre très stimulant au titre étrange : Faisons Simplexe de A à Z, aux Presses universitaires de France. Cet ouvrage s’appuie sur leurs travaux comme titulaire de la chaire BNP Paribas "efficacité opérationnelle et systèmes de management" au sein de Centrale Supélec. Angela Minzoni a répondu à nos questions avec un joli sens du paradoxe.

La simplexité ou comment bien vivre avec la complexité plutôt que de la combattre
La simplexité ou comment bien vivre avec la complexité plutôt que de la combattre © D.R. - Google

L’Usine Digitale : Comment est né le projet de ce drôle de livre ?

Angela Minzoni : Depuis cinq à dix ans, les études de neurosciences s’intéressent au concept de simplexité, avec la volonté d’insister davantage sur l’action que sur la théorie. Avec Eléonore, nous avons voulu faire une grammaire de ce sujet. Notre projet est d’aider les gens à vivre avec la complexité plutôt que de la combattre. La complexité est là, partout autour de nous. Il faut arriver à agir en en tenant compte.

 

C’est plutôt contre-intuitif. N’y a-t-il pas alors un risque de créer encore davantage de complexité ?

Personne ne sait quel était le niveau de complexité au départ. Donc il est impossible de dire si notre société est plus complexe qu’au Moyen-Âge par exemple. Nous n’en savons rien du tout. Nous pensons qu’elle a toujours existé, nous l’avons construit. Au fil du temps, on a inventé un mot pour la désigner.

 

De plus en plus, on veut l’amoindrir, comme en témoigne le discours sur la simplification. Mais il rate souvent sa cible, car on confond en français la complexité et les complications. Si on peut éviter les secondes, il faut avoir conscience que la complexité est inhérente à notre vie sur terre et s’arranger pour bien vivre avec.

 

Concrètement, quels effets auraient sur l’entreprise l’adoption des notions liés à la simplexité ?

Les relations seraient plus plates, avec davantage de zones d’autonomie pour les individus et une place plus grande laissée à l’auto-régulation. Avec la simplexité, on évite les cascades hiérarchiques, la multiplication des délégations.

 

Si je vous comprends bien, plus on lutte contre la complexité, plus on crée de complications ?

C’est le cercle vicieux qu’il faut éviter à tout prix. Face à une situation où on constate une forme de complexité, une personne va décider qu’il faut simplifier. Pour cela, elle va découper encore plus les tâches, elle va vouloir standardiser, standardiser. Toutes ces démarches créent in fine des complications, alors qu’elles prétendaient faire le contraire.

 

Est-ce théorique ? Ou l’avez-vous observé avec votre collègue Eléonore Mounoud ?

Nous nous appuyant sur l’observation des entreprises dans le cadre de la chaire. Nous travaillons à réaliser des prototypes qui préfigurent d’autres manières d’organiser très concrètement les opérations de back office.

 

C’est très important, car de plus en plus, ce qu’on observe c’est que pour qu’une stratégie réussisse, il faut une bonne tactique. Ce sont les gens qui font les opérations au plus près du terrain qui sont les garants du succès éventuel de la stratégie décidée en haut lieu.

 

En outre, plus nous avons besoin d’un haut niveau de réactivité, plus il est important de donner des capacités de faire à ceux qui sont aux manettes.

 

Il faut aussi leur donner des réserves. Quand on veut de l’adaptabilité, il est difficile de demander aux gens de travailler en flux tendus.

 

Le numérique est-il selon vous un facteur de complexification ou de "simplexification" ?

Ni l’un, ni l’autre. Tout dépend de la manière dont il est intégré dans l’entreprise. Sous certaines conditions, il peut contribuer à la simplexification. Pour cela, les personnes doivent pouvoir continuer à comprendre  ce que font les algorithmes. Il faut éviter les boîtes noires à tout prix. Il faut rechercher une forme de "clairvoyance citoyenne".

 

Ensuite, il est souhaitable que les outils numériques offrent le bon niveau d’autonomie aux personnes, pour qu’elles ne soient ni trop indépendantes, ni trop maillées. L’autonomie est essentielle car elle permet de comprendre la complexité et de vivre avec elle. Je parle d’une autonomie clairvoyante instruite, responsable.

 

Pourquoi est-ce aussi important ?

Il faut donner aux individus les moyens de comprendre ce qu’ils font et pourquoi ils le font, si on veut qu’ils vivent bien avec la complexité. Ainsi, ils auront une vision précise de leur travail, de sons sens, mais aussi de la manière dont il a un impact sur celui des autres, ce qui est aussi essentiel.

 

C’est souvent rendu très difficile par l’existence de flux tendus ou par ce sentiment d’urgence permanente, ou encore si on a multiplié le reporting. Ces redondances sont effrayantes.

 Faisons simplexe de A à Z d'Angela Minzoni et Eléonore Mounoud, PUF 12 euros.

 

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