Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Le cloud est avant tout une question d’ingénierie financière

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email
×

Pour Gilles Knoery, directeur général de Digora, entreprise de services numériques spécialisée dans la gestion et la valorisation des données, le recours aux logiciels à la demande doit être étudié d'un point de vu technique, commercial, contractuel et fonctionnel.

Le cloud est avant tout une question d’ingénierie financière
Le cloud est avant tout une question d’ingénierie financière © lennysan - Flickr - C.C.
L’engouement marqué des entreprises pour les solutions cloud se justifie, entre autres, par l’agilité, la réduction des coûts, la performance et les engagements de services. Un autre atout du cloud séduit les DSI : une gestion simplifiée des licences, par rapport au modèle "On Premise" (Achat de licences), approche historique de consommation de logiciels. Avec le cloud, en effet, la responsabilité de gérer les licences incombe au fournisseur de cloud et non plus à ses clients qui réduisent ainsi les risques de non-conformité.
 
consommer l'informatique autrement
La problématique de la gestion des licences logicielles est devenue l’une des plus épineuses à gérer, car elle s’est complexifiée au fil du temps : d’abord, parce que les éditeurs ont multiplié les critères de mesure, étoffé leurs dispositions contractuelles et renforcé leurs audits pour vérifier la conformité de leurs clients vis-à-vis de la propriété intellectuelle. Ensuite, sur le plan technique, parce que l’évolution des systèmes d’information a rendu plus délicate la prise en compte du "clustering" (réseau de serveurs) et de la virtualisation des serveurs. Enfin, les réorganisations des entreprises s’accompagnent souvent d’augmentations du nombre d’utilisateurs et de serveurs, ou de nouvelles utilisations des logiciels, notamment dans des opérations de fusions-acquisitions.
 
UN NOUVEAU MODÈLE FINANCIER
Si la migration vers le cloud permet de s’affranchir de la gestion des licences des applications concernées, elle ne dispense pas d’une analyse financière préalable. Le cloud est tout autant un nouveau modèle de consommation de l’IT qu’un nouveau modèle d’ingénierie financière, notamment parce que la facturation à l’usage se substitue à la gestion des immobilisations. Autrement dit, une stratégie cloud ne peut se limiter à un raisonnement technique ou à une approche fonctionnelle. Elle doit intégrer les composantes financières et c’est un terrain pour lequel l’approximation n’est pas de mise.
 
Ce modèle d’ingénierie financière repose sur la prise en compte de quatre axes qui permettent d’estimer et de piloter les coûts : technique, commercial, contractuel et fonctionnel.
 
toutes les applications ne sont pas éligibles au cloud !
Les aspects techniques concernent le fait que tout le parc applicatif n’est pas éligible au cloud. En effet, certaines applications ne sont pas compatibles, par exemple parce que les versions sont trop anciennes ou que l’éditeur n’a pas optimisé le code. À supposer que ces applications soient portables dans des environnements cloud, les coûts peuvent être impactés par une surconsommation de mémoire ou d’I/O (Entrée/Sortie) trop nombreux. Le cloud a le mérite de révéler le vrai coût des applications…
 
que faire des licences déjà acquises ?
Lorsque des applications, acquises dans un premier temps en mode « On Premise », sont migrées vers le cloud, se pose alors la question du coût des licences déjà payées, et de la maintenance qui est associée. Plusieurs options sont possibles : les conserver « au cas où », les considérer comme une perte, les convertir en licences cloud (c’est, par exemple, le concept de « Licence mobility » chez Microsoft que l’on retrouve chez la plupart des grands éditeurs) ou les revendre « d’occasion », ce qui semble aujourd’hui juridiquement possible. Quelle que soit l’option retenue, cela a un impact sur le modèle financier du cloud, qu’il faut prendre en compte. Il convient également de distinguer les licences liées aux éléments techniques (base de données, serveurs…), et celles liées aux éléments fonctionnels (utilisateurs métier) qu’il faut conserver et/ou transférer.
 
la prédictibilité du coût est-elle possible ?
Malgré son image de simplicité, le cloud revêt une relative complexité contractuelle, notamment pour choisir les types de contrats, les types de services, de plateformes (cloud public, privé, hybride) et les unités de mesure de la facturation. Tous ces éléments influent sur les montants de facturation et fragilisent toute velléité de prédictibilité a priori des montants facturés par le fournisseur de cloud.
 
comment maîtriser les volumes et les usages ?
Outre le choix pertinent des types de services et des unités de mesure, l’un des points-clés qui influencent la facturation, avec le cloud, concerne les volumes d’utilisateurs et de fonctionnalités déployées. C’est le revers de la facturation à l’usage : elle introduit, d’un côté, davantage de transparence (avec un coût à l’utilisateur) mais, d’un autre côté, la facture peut vite grimper. D’où l’intérêt de disposer d’un outil de détection de franchissement de seuil pour éviter les surprises, si possible plus performant que ceux proposés par les éditeurs.
 
Quelques conseils
On retiendra que la réalité financière du cloud est souvent éloignée des estimations. C’est normal car, on l’a vu, des facteurs structurants agissent pour brouiller les cartes. Dès lors, trois stratégies sont possibles.
D’abord, ne rien faire, s’en remettre au fournisseur de cloud et payer ce qu’il demande. C’est évidemment une approche à déconseiller.
 
Ensuite, consacrer le temps nécessaire, en interne pour travailler sur un modèle d’ingénierie financière, de manière à optimiser les investissements dans le cloud. Cette approche est beaucoup plus pertinente que la précédente, mais elle n’est pas suffisante. Elle exige, en effet, de mobiliser des ressources et du temps.
 
Reste, enfin, une troisième option : se faire accompagner par un tiers. Outre qu’il fera oeuvre de pédagogie sur les bonnes pratiques, il aidera à la réflexion sur la bonne stratégie à adopter en prenant en compte tous les éléments d’une approche cloud, en dépassant les seuls aspects techniques, sans oublier l’élaboration d’un modèle financier pertinent, dont on a vu que c’est la clé de voûte d’une stratégie cloud réussie et pérenne.
 
Gilles Knoery est directeur général de Digora
Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

media

Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l'utilisation des cookies.OK

En savoir plus
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale