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Le DRH du futur aura 5 compétences clefs selon Sébastien Bourguignon d'Ubisoft

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Sébastien Bourguignon HR technologist and talent analytics director d'Ubisoft, est intervenu lors du Congrès HR qui se tenait à Paris les 5 et 6 octobre dernier. A cette occasion, ce responsable RH a expliqué pourquoi le numérique changeait profondément le métier du Directeur des Ressources Humaines, mais aussi la mission des Directions des Ressources Humaines. Pour lui, cinq tendances à l'oeuvre dans l'économie, la société et les entreprises, participent à ce changement. Et c'est une bonne nouvelle.

Le DRH du futur aura 5 compétences clefs selon Sébastien Bourguignon d'Ubisoft
La "glassdoorisation" des RH est à vos portes. © Glassdoor

Quand Sébastien Bourguignon, HR technologist and talent analytics director d'Ubisoft, expose les grandes tendances qui devraient avoir un impact sur les RH dans les cinq années à venir, mieux vaut tendre l'oreille. D'abord parce qu'il travaille au sein d'une entreprise numérique. A cet égard, il est aux premières loges des transformations en cours et son message d'aujourd'hui pourrait concerner de très nombreuses entreprises dans un délai très court.

 

Selon lui, le numérique est synonyme de vitesse, d'accélération. On l'oublie mais il y a cinq ans peu de gens connaissaient Uber ou Glassdoor, alors qu'aujourd'hui n'importe quel article parlant du numérique contient le mot "ubérisation" en attendant qu'on invente la glassdoorisation pour désigner un processus de révélation de données jusque-là cachées...

 

Mais cette accélération ne résume pas tout. Pour l'analyseur des RH d'Ubisoft, cinq mouvements de fond vont transformer a fonction pour le meilleur. "Aujourd'hui, nous intervenons souvent comme des pompiers, on nous appelle quand il y a un problème, regrette-t-il. Demain le digital nous aidera à être un peu plus dans le prédictif, dans la gestion de communautés..." Ou pour le pire, si les DRH s'arcbouttent sur leur métier actuel.

 

1/ Se rapprocher de la DSI

Si certains ont pû croire que le numérique n'était qu'une affaire d'informaticiens, ils sont de moins en moins nombreux. Le développement de l'économie digitale modifie profondément les entreprises, fait évoluer les métiers et les business. Il suffit de voir actuellement la manière dont les métiers du marketing sont en train de changer. Dans ce nouvel univers, "la fonction RH doit avoir un vrai rôle d'influenceur auprès de la DSI ", estime Sébastien Bourguignon. Car choisir un outil n'est pas qu'une question technique, cela contribue à définir la culture d'une entreprise, ce qui est l'une des missions des RH.

 

Les entreprises pourront-elles, par exemple, continuer à offrir comme outil de communication le courriel et éventuellement un réseau social interne, en laissant se développer un usage pirate de Slack, comme on l'observe déjà ? Pour le RH d'Ubisoft, la réponse est évidemment négative, et il importe que les DRH s'intéressent au plus vite à la question des outils numériques, car elle fait partie du coeur de leur métier.

 

2/ Traiter le salarié comme un client

C'est une tendance souvent formulée dans les réunions RH : de la même manière que les entreprises du numérique se sont organisées autour du client (customer centric comme on dit en anglo-américain), les firmes et les RH vont devoir se repenser en mettant le salarié au coeur des process. Finie l'époque où les RH pouvaient répondre depuis leur piedestal aux demandes du salarié quand elles en avaient envie. A l'avenir, elles seront au service de celui-ci, notamment pour des enjeux de fidélisation des talents, mais aussi d'efficacité interne.

 

Sébastien Bourguignon en est convaincu : "La multiplication des datas nous permet de le faire aujourd'hui. Nous pourrons personnaliser le service, mais aussi donner des feedbacks." Face à des salariés qui, dans leur vie privée, sont habitués à donner leur avis, les RH devront faire de même. Madame X de la compta a demandé une information sur la mutuelle ? Qu'a-t-elle pensé de la réponse ? Du temps nécessaire pour l'obtenir ? De la pertinence des informations qui lui ont été délivrées ? Bientôt il ne sera plus possible de lui répondre "c'est comme ça et puis c'est tout ."

 

3/ Ne pas renoncer au feeling, mais ne pas en faire l'alpha et l'oméga

De nombreux DRH disent, à en croire Sébastien Bourguignon, qu'ils croient beaucoup à leur intuition. C'est une tarte à la crème : le DRH s'intéressent à l'humain et ce dernier ne serait pas réductible à une suite de chiffres. Une part irréductible de mystère demeurerait, que seul le feeling saurait décrypter.

 

Si le RH d'Ubisoft ne le nie pas, il estime que les DRH ne peuvent pas s'appuyer uniquement sur celui-ci. "Les dirigeants des entreprises ont souvent des formations commerciales ou financières et sans chiffre nous aurons le plus grand mal à les convaincre", synthétise-t-il. Le risque pour les DRH est que d'autres produisent ces données et décident à leur place. Le métier perdra alors peu à peu de sa substance.

 

"La force des RH est de combiner des chiffres et du feeling", assure Sébastien Bourguignon, qui donne l'exemple de l'écosytème et des entreprises californiens qui prennent actuellement conscience du poids des politiques RH dans leurs succès. Ce n'est pas le capital ou la technologie qui compte le plus. Savoir attirer et retenir les talents, avoir une culture d'entreprise attractive... sont des facteurs différenciants de premier plan tout aussi importants (si ce n'est plus).

 

4/ Jouer la transparence

Le temps où le DRH était le gardien du temple des secrets est révolu. Ou pour le dire autrement : nous entrons dans une société de la transparence, qu'on le veuille ou non, qu'on s'en inquiéte ou pas. Les jours du DRH maître es mesures et données confidentielles sont comptés. Pour Sébastien Bourguignon, un mouvement illustre ce phénomène : la multiplicaiton des évaluations tous azimuts. Du restaurant où vous avez déjeuné à midi au chauffeur de VTC en passant par les émissions de télé-réalité, tout le monde note tout le monde tout le temps (ou presque).

 

A cet égard, la montée en puissance d'une entreprise comme Glassdoor est révélatrice. Ce n'est pas une mauvaise nouvelle pour les RH, estime Sébastien Bourguignon. Au contraire. "Elles peuvent se servir du digital pour augmenter la transparence sur leurs process et leur résultat et se faire ainsi mieux connaître", estime-t-il. De cette façon la RH créera davantage de confiance, donc de l'engagement, poursuit l'optimiste responsable d'Ubisoft.

 

5/ Anticiper les besoins de demain

Dire que le digital accélère tout n'est que la moitié du travail à faire. Les DRH doivent anticiper les changements que cela implique, notamment sur les compétences dont l'entreprise va avoir besoin dans les années qui viennent. Pour cela, les équipes RH et les équipes business doivent travailler main dans la main sur l'évolution des métiers. "Il est stratégique que les RH n'arrivent pas en fin de process, estime Sébastien Bourguignon, avant d'ajouter : nous devons faire du work force planing !"

 

Le numérique transforme certains métiers, rend certains obsolètes tandis que d'autres montent en puissance. Si Ubisoft a moins besoin de personnes pour adapter ses produits aux contextes locaux, la tâche étant largement confiée à des logiciels spéicialisés, l'entreprise recherche des data scientist et des community managers, des métiers encore inconnus il y a quelques années. Avoir les bonnes compétences au bon moment est donc plus que jamais nécesaire et pour cela les RH ont deux missions selon Sébastien Bourguignon : "recruter en avance et créer un environnement d'apprentissage."

 

Sur ce second point, il s'agit d'offrir aux salariés dont les compétences deviendraient obsolètes d'en acquerir de nouvelles, en phase avec les besoins. "Il faut aller vite car le monde change vite. Nous avons besoin de recruter des gens capables d'apprendre vite", rappelle le responsable RH d'Ubisoft. Et de s'interroger sur les méthodes actuelles : "au lieu d'embaucher des spécialistes d'un domaine, ne vaudrait-il pas mieux parfois embaucher des personnes un peu moins expertes mais qui sauront apprendre ?" C'est dire si le bouleversement est profond !

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