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Le français Heetch ne veut pas être mis dans le même sac qu'UberPOP

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Alors que les dirigeants d'UberPOP comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris, ceux de Heetch sont convoqués par la justice en juin. Mais Teddy Pellerin. l'un des créateurs de l'application et cofondateur de cette start-up française l'affirme : Heetch n'a pas grand-chose à voir avec le service américain.

Le français Heetch ne veut pas être mis dans le même sac qu'UberPOP
Le français Heetch ne veut pas être mis dans le même sac qu'UberPOP © Heetch

Heetch ne veut pas être entrainé dans la chute d'UberPOP. L'application française, créée en 2013 pour aider les jeunes à rentrer de soirée, mais pointée du doigt par les taxis, VTC  et le gouvernement à la suite de la suspension d'UberPOP en juillet 2015, souligne sa différence. Subtile, mais réelle.

 

Certes, Heetch est une plate-forme mettant en relation des voyageurs avec des chauffeurs non professionnels, comme UberPOP. Mais contrairement à son (ex) rival américain, le français estime avoir posé des limites. "Nous sommes un service exclusivement nocturne, de 20h à 6h, avec un public jeune, 80% de 18-25 ans. 70 % de nos trajets font intervenir la banlieue, 75% de notre activité est concentrée du jeudi au samedi soir", argumente Teddy Pellerin. Autre facteur clé : "nos 10 000 conducteurs ont gagné en moyenne 1 850 euros sur l'année 2015", explique le dirigeant. Un revenu présenté par la plate-forme comme du "partage de frais du véhicule". "Nous prévenons ceux dont les revenus atteignent 6 000 euros par an et les invitons fortement à se former pour devenir VTC", ajoute-t-il.

 

Les conducteurs Heetch, amateurs ou semi-pros ?

Ce détail n'est pas anodin. Il distingue Heetch d'UberPOP en plaçant le premier dans la famille de l'économie du partage, mais pas le second, estime la start-up. "Il y a deux critères qui permettent de le dire : le premier, c'est le fait d'avoir des particuliers amateurs, qui partagent un bien, et non des particuliers professionnels. Le second, c'est un service basé sur arrangement entre deux communautés sans que la plate-forme ne fixe les prix".

Heetch en 6 dates clés
2013 : création de la société à Paris par Teddy Pellerin et Matthieu Jacob
Avril 2014 : première levée des fonds auprès de Via-ID
Fin 2014 : lancement de l'application à Lyon et Lille
Début 2015 : nouvelle levée de fonds auprès d'Alten Capital, Kima et Via-ID, avec pour objectif d'aller à l'international
Fin 2015 : lancement de Heetch à Varsovie
22 juin 2016 : comparution des dirigeants de Heetch devant le tribunal correctionnel de Paris.

 

Sur l'application Heetch, un algorithme suggère une "participation" en fonction de la distance du trajet. "Mais ce sont les passagers qui décident de ce qu'ils veulent payer, et non le conducteur". Ils peuvent donc théoriquement voyager gratuitement ou pour une somme dérisoire… mais risqueraient de se faire "saquer" par leur compagnon de voyage, puisque voyageurs et conducteurs se notent mutuellement. "C'est un reproche que l'on nous fait souvent, et on a voulu vérifier cela dans les faits. En réalité quand un passager donne tout le temps moins que la participation suggérée, il a 25% de chances en moins de trouver un conducteur, assure Teddy Pellerin. La différence est donc minime". Il n'y aurait donc pas un prix directement imposé par l'application.

 

un besoin de mobilité non pourvu

Surtout, Heetch n'estime pas concurrencer les taxis classiques. "On crée de la mobilité à des moments où il n'y en avait pas, résume son fondateur. La nuit, en fin de semaine, on a des pics de demande qui ne sont pas absorbés par des professionnels, et qui ne peuvent pas l'être, car c'est une niche non rentable. Il y a un vrai besoin de solutions complémentaires avec des particuliers, qui forment des communautés : un chauffeur peut être passager et vice-versa. Notre public ne prendrait pas les taxis. Comme on le dit souvent, obliger des jeunes à revenir avec un chauffeur professionnel, c'est un peu comme obliger les jeunes à aller dans un hôtel pendant leurs vacances".

 

L'équipe de Heetch a bon espoir de faire valoir ses arguments au tribunal, le 22 juin, et dans le débat public d'ici là. Cette épée de Damoclès n'empêche pas la jeune pousse d'avancer. "Il y a forcément une incertitude, mais comme dans toute start-up, glisse le fondateur. Quand on a lancé Heetch, on a dit aux candidats : on a 90% de chances de mourir. C'est normal, et même une bonne chose. Quand on sait que l'on va mourir, on apprécie le chemin, et c'est là que l'on innove. Toute start-up doit se mettre dans cette configuration".

 

De quoi en retirer du positif, après tout ? "Il y a un double mouvement : on est davantage pris à parti, mais les gens comprennent aussi un peu mieux ce que l'ont fait", constate Teddy Pellerin. Le positif, c'est que l'on a une vraie communauté derrière nous et de plus en plus de data qui nous permet de prouver que ce que l'on fait est utile".  Même si elle espère un peu plus de "rationalité" dans cette affaire très passionnelle, l'équipe de Heetch n'a pas peur du débat. Elle va être servie dans les prochains mois !

 

Un "fonds de transition numérique" pour les taxis ?
Comment sortir de la crise entre taxis et VTC ? Teddy Pelllerin a plusieurs idées. "Il faut régler deux problèmes : régler le conflit taxis / VTC, et permettre à la mobilité partagée de se développer sans déséquilibrer le secteur". Le patron de Heetch propose d'abord que l'interdiction de la maraude pour les non-taxis soit scrupuleusement respectée. Il suggère aussi que chaque trajet des acteurs de la mobilité partagée soit taxé à hauteur de 1%. Les centrales de réservation de taxis et de VTC seraient aussi mis à contribution. "Cela permettrait de créer un fonds de transition numérique afin de faire gagner des points retraite aux taxis. Car c'est ce dont les taxis ont peur, car à travers leur licence, ils financent leur retraite. Si on peut compenser ça, c'est intéressant. Si l'on accompagne la baisse du prix des licences de taxis, ceux-ci vont devenir de plus en plus compétitifs, et leur volume d'affaires ne diminuera pas. Ils tiendront mieux face à la concurrence, car le fait d'avoir le droit d'emprunter les voies de bus en journée, c'est essentiel pour la clientèle d'affaires. Si les taxis font leur transition numérique, ils n'ont rien à craindre".

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