Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Le numérique en campagne : Cybersécurité, une priorité sous-estimée

Twitter Facebook Linkedin Google + Email
×

Tribune Comme chaque semaine, Renaissance Numérique décrypte les programmes numériques des candidats à l’élection présidentielle. La récente actualité fait état d’une angoisse nouvelle d’ingérence de puissances étrangères dans les élections nationales. En conséquence, certains candidats proposent de renforcer les dispositifs de cyberdéfense.

Le numérique en campagne : Cybersécurité, une priorité sous-estimée
Le numérique en campagne : Cybersécurité, une priorité sous-estimée © Renaissance numérique

Cyber-djihadisme, déstabilisation de l’élection présidentielle, menace terroriste… Le dernier quinquennat, de même que l’actuelle campagne, imposent au futur candidat de tenir un discours consistant sur la cyber-sécurité. Sur fonds de cyber-menaces russes aux Etats-Unis, et rythmé par le dernier scandale Wikileaks, ce sujet, autrefois réservé à un cénacle d’experts, devient un vrai sujet d’inquiétude pour les Français.

 

Le bilan de l’actuel ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian est marqué par la création de Cybercom, commandement dédié à la cyber-défense. Les candidats à l’Elysée se positionnent donc pour assurer la sécurité numérique de la France. Parmi eux, trois candidats se détachent nettement : François Fillon et Emmanuel Macron d’une part, qui insistent tous deux sur le renseignement et la coopération européenne, et Jean-Luc Mélenchon de l’autre, qui lui insiste particulièrement sur la protection de la vie privée des citoyens.

 

Renforcer les moyens de la cyber-défense et du renseignement

François Fillon consacre une longue partie de son programme à la cyber-défense. Il envisage la création d’une "cinquième armée chargée de la défense de l’espace numérique", tout en insistant sur l’accroissement de ses capacités offensives. Il souhaite consolider l’effectif militaire par l’institution d’une formation spécifique dans les écoles d’ingénieurs.

 

Point intéressant du programme du candidat des Républicains : il souhaite stimuler le secteur économique de la défense, notamment son secteur numérique. Ainsi, il souhaite favoriser les PME et TPE françaises, notamment par un suivi de la direction générale de l’armement. L’accent doit selon lui être mis sur l’intelligence artificielle et la conception de drones militaires. Il affirme par ailleurs sa volonté de renforcer la coopération avec les acteurs français de la défense, comme Dassault ou Thalès.

 

Emmanuel Macron s’inscrit dans la droite ligne du bilan de Jean-Yves Le Drian, précisant qu’il souhaite poursuivre les efforts déjà entrepris. Il prévoit le vote d’une loi de programmation militaire pour 2017, où la priorité serait donnée au renseignement. Il propose enfin un renforcement de la coopération interministérielle entre la Défense, les Finances et les Affaires étrangères pour rendre plus agiles les dispositifs de lutte anti-terroriste. Cette volonté de décloisonner les acteurs concernés est également perceptible dans sa proposition de faciliter la circulation d’informations entre les autorités judiciaires et les services de renseignement.

 

Il est à noter que les deux candidats proposent la généralisation de la biométrie pour renforcer les contrôles d’identité aux frontières.

 

Jean-Luc Mélenchon pourfendeur de la surveillance de masse

Néanmoins, les risques de surveillance de masse ne sont pas équitablement pris en considération par les candidats. Ainsi, François Fillon propose l’intensification du recours aux fichiers numériques pour davantage de contrôle, sans prendre en compte les dérives potentielles d’un tel système. Emmanuel Macron lui non plus n’envisage pas de garde-fous face aux débordements éventuels d’un tel système, qui suscite pourtant des craintes.

 

Le candidat de la France Insoumise consacre son programme en matière de cyber-défense à pourfendre le principe de surveillance de masse auquel il est farouchement opposé. Faisant de la liberté sur internet un droit imprescriptible, Jean-Luc Mélenchon prône la suppression du fichage généralisé par le mégafichier TES (titres électroniques sécurisés), qui centralise les données biométriques. Il appelle par ailleurs à la mise en place de mécanismes de chiffrement des correspondances. En outre, il propose de réaliser un grand audit des politiques de cyber-sécurité par le Parlement.

 

La coopération européenne, dans la ligne de mire d’Emmanuel Macron et de François Fillon

L’idée d’une coopération européenne en matière de cyber-sécurité semble faire consensus chez Emmanuel Macron et François Fillon. Pour le candidat d’En Marche !, cette coopération se concrétise particulièrement dans la mise en place d’une base de données commune aux Etats-membres. François Fillon, pour sa part, propose d’agir directement sur le cadre réglementaire européen pour renforcer la coopération entre les Etats, les organisations régionales et les opérateurs privés de défense. Il envisage par ailleurs la mise en place d’un Cloud européen mutualisant l’ensemble des données des services de renseignements des Etats-membres.

 

Il est à noter que cette volonté de coordination européenne a du plomb dans l’aile avant sa mise en œuvre : la Grande-Bretagne, pilier de la Défense européenne avec la France notamment, s’apprête en effet à quitter l’Europe, ce qui laisse planer le doute sur les nouvelles orientations des politiques de défense européennes.

 

À la traîne, sur la cyber-sécurité : Marine Le Pen et Benoît Hamon

En l’état, dans leurs programmes, deux candidats pourtant majeurs dans cette campagne brillent par leur silence sur le thème de la cyber-sécurité. Marine Le Pen se borne à affirmer qu’elle souhaite renforcer les moyens de lutte contre le cyber-djihadisme et la pédo-pornographie tout en constitutionnalisant les libertés numériques. Benoît Hamon évoque lui aussi le renforcement de la lutte contre les cyber-menaces en ancrant l’ANSSI dans son rôle de pivot des politiques de défense numérique.

 

En fin de compte, si François Fillon et Emmanuel Macron sont les deux candidats ayant pris la mesure de l’urgence de constituer une cyber-défense efficace, aucun des deux ne semblent prévoir de mécanisme de limitation des procédures de surveillance, qui sont pourtant sujettes à caution.
 

La synthèse des propositions cybersécurité par Renaissance numérique :

 

 

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

media

Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l'utilisation des cookies.OK

En savoir plus
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale