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"Le revenu de base est un excellent outil pour la société post-salariale", explique Gaspard Koenig (Génération libre)

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Entretien Faut-il mettre en place un revenu de base ? Et à quelles conditions ? La mesure était la surprise du chef du rapport du Conseil national du numérique. Gaspard Koenig, qui dirige et anime le think tank Génération libre, explique pourquoi il la défend et à quelles conditions elle serait efficace. Il est aussi l'auteur de le révolutionnaire, l'expert et  le geek aux éditions Plon. 

Le revenu de base est un excellent outil pour la société post-salariale, explique Gaspard Koenig (Génération libre)
"Le revenu de base est un excellent outil pour la société post-salariale", explique Gaspard Koenig (Génération libre)

L'Usine digitale : Génération libre, qui est libéral, est d’accord avec la proposition de créer un revenu de base, proposition faite par le Conseil national du numérique à la ministre du travail du gouvernement Valls. C’est l’union nationale ou un conte de début d’année ?

Gaspard KoenigC’est une proposition que nous travaillons depuis près de deux ans. Nous avons déjà publié un rapport sur le sujet, de nombreuses tribunes et nous avons organisé de multiples interventions. Ceci dit, je suis ravi que cette idée soit dans un rapport officiel. L’idée du revenu de base est défendue par les libéraux depuis très longtemps. C’est une des trois familles avec les égalitaristes et les jusnaturalistes qui défendent cette idée. Dans capitalisme et liberté, Milton Friedman y consacre un chapitre en 1962. En France, Alain Madelin ou Lionel Stoléru ont défendu cette mesure. La notion de revenu universel fait partie du corpus idéologique des libéraux. Pour eux, c’est un moyen de créer un filet de sécurité pour les plus pauvres qui soit le plus large possible et inconditionnel.

 

Ce dernier point est essentiel. Il s’agit de sortir de l’Etat paternaliste, qui distribue des prestations selon l’identité ou le statut des récipiendaires, qui ensuite contrôle ensuite la situation des personnes. Regardez la gestion du revenu de solidarité active, c’est un enfer administratif ! Il faut remplir tellement de formulaires que les deux tiers des gens qui y ont droit ne le demandent pas ! Cela ressort d’une logique dirigiste qui met les gens dans les cases. Les libéraux préfèrent le revenu inconditionnel, car ils défendent l’idée que l’individu est le mieux placé pour savoir ce qui est bon pour lui. Ce n’est pas à l’Etat de décider.

 

Comment cela fonctionnerait-il ?

La meilleure méthode qui garantit un filet de sécurité au plus pauvre, tout en assurant le plus de liberté, est celle de l’impôt négatif. On donne à chaque citoyen la même somme d’argent. Simultanément, on supprime l’impôt sur le revenu pour le remplacer par un prélèvement unique au premier euro. Dans ce système qui se substitue aux allocations actuelles, tout le monde reçoit la même somme et il n’y a plus besoin de contrôler, ce qui fera faire des économies. (le mécanisme est détaillé dans le rapport page 42 et s, voir la fin de l'article ndlr)

 

Avec le développement du numérique, les personnes travaillent sans être forcément rémunérés : chaque fois que je "like" sur un réseau social, je produis une information qui profite à l’entreprise mais pas à moi. Le revenu de base pourrait-il rémunérer ce labeur ?

Non, surtout pas. Pour cette question, je défends la monétisation des données personnelles au nom de la propriété privée. Le revenu de base tel que je le conçois n’a rien à voir avec cette logique. Pardon de me répéter mais le revenu de base doit être inconditionnel, chacun doit le percevoir et en faire ce qu’il en veut. Il ne faut pas en faire un outil de contraintes de quelque sorte que ce soit. On ne va pas demander aux personnes de chercher un emploi, de participer à la vie associative ou de travailler gratuitement sur le Net en échange du versement du revenu de base. Ce serait une absurdité.

 

Mais peut-on distribuer de l’argent sans contrôle ? Et les abus ? Et le risque que certains préfèrent ne rien faire plutôt que de travailler ?

Justement le système que nous proposons ne "désincite" pas au travail. Chaque euro supplémentaire de revenu rapporte davantage. Celui qui travaille gagne plus que celui qui ne travaille pas. Tout est clair, alors qu’aujourd’hui, certaines personnes arbitrent entre revenus d’assistance et travail.

Le pari libéral est que les gens ne vont pas dépenser leur argent au café, comme le veut une tradition paternaliste et moralisatrice. Pour reprendre l’exemple de John Rawls, dans une célèbre controverse avec Philippe von Parjis, ce n’est pas grave si quelques personnes utilisent le revenu de base pour aller faire du surf à Malibu. Globalement, c’est un système plus efficace, plus juste et qui respecte davantage la liberté que ce que nous connaissons actuellement en Europe.

 

Le rapport du Conseil national du numérique montre bien que le numérique achève l’idée d’un salariat en CDI en vie. Les statuts sont plus fluides, on passe de travailleur indépendant à salarié, puis chômeur. Le revenu de base pourrait-il lisser la situation des personnes ?

Le revenu de base est un outil très bien adapté à la société post salariale, où les revenus et les statuts sont discontinus. Tout le monde touche toujours la même somme avec ce système. C’est un vrai filet qui favorisera les mobilités, et réduira cette angoisse de perdre son CDI.

 

Comment expliquez-vous la réponse timide de la ministre à cette proposition du Conseil national du numérique ? Elle a indiqué en substance, que l’administration allait étudier la question, mais qu’elle craignait que le coût d’une telle mesure soit dissuasif.

Avant de vous répondre, laissez-moi vous indiquer que ce thème monte. La Finlande vient de l’adopter, il va y avoir une votation en Suisse au début du mois de juin.

 

Pour revenir à votre question, il y a une inculture des politiques sur le sujet. Le revenu de base coûterait beaucoup moins cher que l’empilage actuel de dispositifs. Nous avons récemment présenté notre projet à un député qui occupe une place stratégique à la Commission des Finances. Au début, il était sceptique et à la fin, nous avons réussi à le convaincre, ses objections tombant les unes après les autres. Toutefois, il nous a confié que c’était une réforme trop importante qui demandait la remise à plat d’un pan complet de notre système institutionnel.

 

L’élection présidentielle à venir pourrait être le bon moment pour en débattre ?

Nous y travaillons. D’ailleurs nous avons invité des politiques au prochain colloque que nous organisons. Le revenu de base réunit une large partie des économistes. A quelques nuances près, Jean Tirole et Thomas Piketty sont pour. Si on pose le débat sérieusement, c’est un sujet sur lequel il peut y avoir un vrai consensus entre la gauche et la droite. Il faut que les uns et les autres abandonnent leurs vieux réflexes. On ne résoudra rien en empilant des dispositifs. Ni en multipliant les contrôles pour lutter contre l’assistanat. 

 

L'étude complète de génération libre c'est ici 

Génération libre organise le 4 février prochain un colloque sur le revenu de base

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2 commentaires

Jardin

12/01/2016 10h14 - Jardin

Quelle excellente idée!!!Liberté.Egalité.Fraternité.

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mamygeek93

12/01/2016 15h10 - mamygeek93

Liberté? pour qui? Génération Libre se sert du Revenu Universel et des pauvres pour élargir son audience. En réalité, ce qu'ils préconisent, non seulement ne changera rien à la situation actuelle, mais dégradera encore plus la situation des pauvres. En effet,le montant préconisé est inférieur au RSA. Seul avantage : pas de démarche particulière pour l'obtenir et pas de déclaration trimestrielle à faire. La devise de la France éternelle est encore loin d'être une réalité si nous continuons d'opprimer les plus vulnérables. Le Revenu Universel d'Existence, véritable "Révolution Copernicienne", ne dépend que de la volonté politique. Et c'est le peuple seul qui en décidera...

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