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Le rire communicatif de l’ordinateur

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Apprendre à rire aux ordinateurs et aux robots serait un bon moyen d’améliorer nos rapports avec eux. Un groupe de laboratoires européens s’y emploie, avec quelques succès, puisqu’ils savent déjà faire rire de manière convaincante des "avatars", que l’on rencontre dans des jeux ou des systèmes de réservation de billets.

Le rire communicatif de l’ordinateur
Le rire communicatif de l’ordinateur © Cantoche

Un bon fou rire, ça n’a pas de prix ? Et bien si : 3,67 millions d’euros. Soit le budget d’un projet de recherche de trois ans, entièrement consacré au rire. Plus précisément, Ilhaire - c’est le nom de ce projet européen - se propose d’introduire un peu d’hilarité dans nos relations avec les machines numériques. Car Ilhaire signifie "Incorporating Laughter into Human-Avatar Interactions : Research and Evaluation". Autrement dit, comment faire en sorte qu’un ordinateur ou un robot qui nous présente une interface à visage humain, un avatar, soit capable de comprendre quand nous rions, et même de ponctuer de quelques rires le dialogue que nous avons avec lui.

Un problème crucial si l’on souhaite que le dialogue soit aussi naturel que possible. En effet, dans un dialogue entre deux personnes (dire : une situation de communication dyadique), chacun rit, en moyenne, toutes les deux minutes, selon des résultats publiés dans le "Journal of Non verbal Behaviour".

aspects sociaux et émotionnels des IHM

Bref, dans Ilhaire, projet piloté par l’université de Mons (Belgique), et auquel participe entre autres l’équipe Greta de Telecom ParisTech, axée sur les aspects sociaux et émotionnels des interactions homme machine, informaticiens, psychologues et spécialistes du traitement du signal ont joint leurs efforts dans le but de faire rire un ordinateur. Si possible à bon escient, et de manière à fluidifier nos rapports incessants et parfois tourmentés avec les machines de la vie quotidienne.

Ilhaire rendra ses conclusions l’été prochain, sous la forme d’un prototype qui permettra de jouer à "ni oui, ni non" avec un ordinateur... En riant, ce qui est bien le moins ! "Le projet s’est focalisé sur le rire franc, celui qui est déclenché par une blague, car il est plus facile à modéliser que le rire qui exprime de l’embarras, par exemple", précise Catherine Pelachaud, qui dirige le Greta.

Car le rire est un sujet complexe. Ainsi, quand deux personnes se parlent, il véhicule des émotions, mais sert aussi de "signal de retour", le rieur indiquant ainsi à son interlocuteur qu’il est bien sur le même canal que lui... Enfin, en principe, car il y a parfois, comme on sait, des parasites qui engendrent des malentendus, voire une rupture de la communication.

Une machine à rire

Pour construire une machine à rire - "Laugh Machine" - les chercheurs ont travaillé dans trois directions. Détecter et analyser automatiquement le rire d’un être humain. Synthétiser un rire et injecter ce comportement dans un avatar qui bouge et parle. Et, entre les deux, créer un gestionnaire de dialogue homme machine grâce auquel la machine saura rire au bon moment… Ce n’est pas la partie la plus facile du projet. Ilhaire a déjà produit des résultats intéressants, puisque ses outils de synthèse de rire sont utilisés par Cantoche, société française qui propose aux entreprises des présentateurs ou assistants virtuels pour la formation, le marketing, l’assistance à la clientèle…

Vos épaules se secouent légèrement, vos yeux et vos lèvres s’élargissent, votre respiration change de rythme, pas de doute, même sans le son le diagnostic est clair : vous allez rire. Pour formaliser tout ça, les chercheurs ont bardé de capteurs des volontaires observés par des caméras. Les données obtenues permettent à un ordinateur de détecter un rire. Mais aussi de synthétiser le rire à peu près naturel que l’on attribuera à un avatar.

Reste le point délicat : quand et comment la machine doit-elle rire, en fonction de ce que dit et fait son interlocuteur, et du contexte ? La science du rire (gélotologie) s’est étoffée depuis quelques années, y compris sur certains comportements plus spécifiques comme la gélotophobie, qui est la peur maladive de faire rire de soi. Des questions qui ont relativement peu intéressé les psychologues jusqu’ici. Dans le cadre du projet des avatars rieurs, elles sont prises en charge par le département de psychologie de l’université de Zurich. Qui étudie en particulier comment différentes personnalités répondent aux différents rires des avatars qu’on leur propose. Des avatars au rire communicatif ? S’ils y arrivent, les partenaires auront gagné leur pari.

Thierry Lucas

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