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Les abonnés de Telefonica pourront réclamer une rémunération aux Gafas en échange de leurs données

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Analyse Vu ailleurs L’opérateur espagnol Telefonica prépare une plate-forme pour redonner aux internautes la main sur leurs données. Il veut aller jusqu'à leur proposer de négocier la rémunération de ces informations par les acteurs du numérique. Un sujet économique de taille, mais aussi un vrai sujet politique.

Telefonica : data to the people !
Les abonnés de Telefonica pourront réclamer une rémunération aux Gafas en échange de leurs données © Herb Neufeld - Flickr - CC

Un pavé dans la mare numérique ? Un coup de com' ? L’un des changements les plus importants de l’histoire récente de l’économie numérique ? L’opérateur espagnol Telefonica pourrait proposer à ses clients de se faire rémunérer par Google, Facebook, Twitter et consorts pour les données qu’ils partagent avec eux ! C’est le quotidien espagnol El Pais qui reprend dans ses colonnes les propos tenus à ce sujet par Jose-Maria Alvarez-Pallete, PDG de l’opérateur, le 6 septembre, dlors d'une conférence sur les télécoms dans le nord de l’Espagne. Selon le journal, le britannique Vodafone se serait même joint à l’initiative.


SI C’EST GRATUIT, VOUS ÊTES LE PRODUIT

Telefonica compte mettre dès 2017 à disposition de ses clients une plate-forme qui exposera de façon transparente l’ensemble des données qu’ils partagent avec lui, et donc avec les acteurs du numérique en passant par lui. Libres aux abonnés, ensuite, de décider ce qu’ils souhaitent en faire : ne pas les partager du tout, continuer de les partager sans contrepartie, continuer de partager tout ou partie mais contre une rémunération ou des services supplémentaires. Les abonnés pourraient négocier directement cette rémunération avec les opérateurs de service numérique via cette plate-forme. Une grande première, et surtout, un vrai coup de massue asséné à l’édifice solide de l’économie numérique venue principalement de la Silicon Valley.

 

Celle-ci repose essentiellement sur l’utilisation et le croisement des données fournies gratuitement, et plus ou moins volontairement, par les internautes. En échange, ces derniers ont le droit d'utiliser les services comme Google, Waze, Twitter, Youtube, Facebook, Whatsapp... sans débourser le moindre sesterce. Les usagers comprennent de plus en plus que, si les services qu’ils utilisent sont gratuits, c’est parce que le numérique utilise leurs données pour se rémunérer. En plus court : si c'est gratuit, vous êtes le produit. Mais si leur prend soudain l'idée saugrenue de réclamer leur dû, les conséquences pourraient être très lourdes pour cette économie de la gratuité. 

 

Telefonica, chevalier blanc de la donnée ?

La manœuvre de l’opérateur espagnol est plutôt astucieuse. D’abord parce que Telefonica retourne l’arme des géants du numérique, les données, contre eux. Les opérateurs, souvent considérés comme de simples tuyaux de transport par les Gafa et autres services "over the top", sont très bien placés pour voir passer ces données récupérées par le secteur numérique à son seul profit. Ensuite, parce que cette idée fait de Telefonica un chevalier blanc de la donnée privée.

 

Longtemps méprisé, le sujet de la protection des données et de la vie privée devient de plus en plus central, et pourrait même devenir un argument de vente. Nul doute que les géants du numérique ont des moyens de pression pour empêcher les opérateurs de s'aventurer sur ce terrain. Reste qu'il leur sera bien difficile d’expliquer pourquoi ils ne veulent pas "rendre" leurs données à leurs propriétaires. Et sans données, pas d’économie numérique. Mais sans confiance non plus !

 

Selon El Pais, le PDG de Telefonica est allé jusqu'à proposer une constitution numérique gravant dans le marbre les droits des internautes sur leurs données (sécurité et vie privée). Une idée qui rejoint le sujet de l’article de Pierre Rimbert dans le numéro de septembre du Monde Diplomatique intitulé "Données personnelles, une affaire politique". Il y détaille le travail que les internautes fournissent aux entreprises du numérique en leur livrant leurs données sans contrepartie (entre autres) : le digital labor cher au sociologue du numérique Antonio Casilli. Le journaliste conclut en insistant sur l’impérieuse nécessité d’en faire un sujet politique. Les acteurs économiques s'en emparent déjà. Mais rêvons un peu : Et si le sujet se frayait un chemin jusque dans les discours des candidats à quelques mois de l’élection présidentielle ?

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