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"Les emplois numériques en induisent des milliers d'autres", assure Guy Mamou-Mani

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A l'occasion du lancement par L'Usine Digitale du classement participatif des entreprises qui recrutent dans le numérique en France, le président du Syntec Numérique et co-président d'Open, Guy Mamou-Mani, est revenu pour nous sur l'idée reçue d'un monde digital destructeur d'emplois. Il regrette même une pénurie de candidats.

Les emplois numériques en induisent des milliers d'autres, assure Guy Mamou-Mani
"Les emplois numériques en induisent des milliers d'autres", assure Guy Mamou-Mani © Luc Perenom - L'Usine Nouvelle

L'Usine Digitale - En bouleversant tous les secteurs de l'économie, la révolution numérique crée beaucoup de valeur mais peu d'emplois. C'est gênant…

Guy Mamou-Mani - Attention, c'est une idée reçue que le numérique supprime de l'emploi. Je pense qu'il y a une confusion : oui le numérique change la perception du travail, notre rapport au temps, les notions de distances et donc les manières de travailler mais cela ne veut pas dire qu'il détruit des emplois. Je veux bien en revanche vous accorder qu'il permet de réaliser autant d'activité avec moins de monde, mais est-ce un problème ? Non, cela revient à augmenter la compétitivité des entreprises et des entreprises plus compétitives embauchent.

Quel est, selon-vous, le potentiel de création d'emplois du numérique ?

Il y a, chaque année, 20000 à 30000 offres d'emplois dans le numérique, dont 10000 sont des créations nettes. D'après une étude réalisée en 2013, le numérique serait porteur de 38000 créations nettes d'emplois d'ici 2018.

C'est bien peu pour une révolution quand on met ces chiffres face au 3,2 millions de chômeurs français…

Non, car les 400000 emplois que nous avons déjà additionnés à ces 38000 qui vont être créés induiront des milliers d'autres emplois. Il y a des jobs à prendre dans l'informatique pur, de la gestion des infrastructures au développement en passant par les hotlines, le consulting, les emplois commerciaux. Le Cloud, par exemple, il ne vit pas tout seul, il a besoin de gens pour administrer les données. Mais il y a aussi du travail dans ce que nous appelons les sciences du numérique, avec les nouveaux métiers de Data Scientists, de web designers, d'infographistes…

Pourquoi ne se créent-ils pas alors, ces emplois ?

En 2013, ma société Open a eu besoin de recruter 600 personnes. Nous n'en avons trouvé que 455. On a besoin de monde. Il n'y a pas assez de monde dans les écoles d'ingénieurs, et pas assez de filles. Pour augmenter l'attractivité de cette filière il faut que nous puissions augmenter les salaires. Le niveau de rémunération proposé en France est deux fois moindre que dans la Silicon Valley. Même si là-bas il faut payer la sécu, l'école pour les enfants, etc. les salaires que nous sommes capables de proposer ici ne retiennent pas nos jeunes. Et pour pouvoir élever le niveau de salaires proposé, il faut que les charges baissent. Nous avons le coût de travail le plus élevé d'Europe et proposons des salaires plus bas qu'en Allemagne !

N'y a-t-il pas aussi un problème de visibilité et de lisibilité de ces filières ?

Si, c'est un problème, et c'est notre priorité pour 2014 et tout le sens de ma proposition d'un plan de formation à 360°.

A 360° parce que ce plan concerne tout le monde, il n'y a pas que les écoles d'ingénieurs. Il faut en parler, faire rêver les lycéens. Les conseillers d'orientation ne parlent pas assez du numérique, alors que des cursus se sont montés pour les décrocheurs comme Simplon à Montreuil ou la Webforce3. Nous avons besoins de profils de tous niveaux, y compris dans les entreprises qui ne sont pas à proprement dit numériques.

A vous écouter c'est l'eldorado, pourtant il y a 34000 chômeurs numériques en France…

Il faut savoir que 100% des étudiants qui obtiennent un bac+5 en informatique ont du boulot en sortant de l'école. A ce niveau, le taux de chômage est le taux naturel de turn-over de 4%, le taux de plein emploi. Pour les techniciens et autres il est vrai que nous sommes face à un paradoxe : une pénurie d'un côté et 34000 chômeurs de l'autre, ce qui correspond à 7% de chômage. Mais nous travaillons sur le sujet avec Pôle emploi et l'Apec. A la vitesse où ça bouge dans ce secteur, un employé ne peut pas ne pas se former.

Pourquoi une entreprise recruterait un développeur de 45 ans, sur une technologie donnée, à 4000 euros par mois alors qu'un jeune connaissant la même technologie lui coutera 3000 euros par mois ? L'ancienneté n'a aucune valeur. Seule l'expérience en a. Les employés comme les entreprises doivent anticiper cela.

Propos recueillis par Thibaut de Jaegher et Charles Foucault.

 

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