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"Les objets connectés sont une véritable opportunité de réindustrialisation", selon Eric Carreel

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"Les objets connectés sont une véritable opportunité de réindustrialisation", selon Eric Carreel

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Eric Carreel a été choisi pour piloter le plan "Objets connectés", l’un des 34 plans industriels de la "Nouvelle France industrielle". Il nous explique comment il envisage sa mission.

L'Usine nouvelle - En quoi un plan "objets connectés" est-il pertinent dans les 34 priorités de la "Nouvelle France industrielle" selon la formulation du ministre du Redressement productif ?

Eric Carreel - Ce sujet des objets connectés constitue une rupture profonde pour l’industrie. Et, qui dit rupture, dit  perte de terrain ou au contraire opportunités. L’objet connecté associe l’objet et le service. Apple l’a montré depuis 2007 avec l’iPhone :  le fournisseur de produit qui crée des services est celui qui crée de la valeur.  Car ce qui compte c’est l’usage du produit pour l’utilisateur. Cette transformation va inonder l’ensemble de l’industrie de l’objet.

La deuxième caractéristique  c’est que les cycles d’innovation se raccourcissent et ceux qui vont gagner sont ceux qui pourront mettre en place une stratégie d’amélioration continue en intégrant  tous les acteurs de la chaîne du service au produit et les usines font partie intégrante de cette chaîne. Il faut rapprocher les ingénieurs qui développent, des usines d’électronique et de mécanique. Chez Withings, pour l’instant, nous n’avons pas réussi à faire fabriquer sur le territoire national car nous n’avons pas trouvé d’entreprise de mécanique assez innovante. Or ces objets connectés sont une véritable opportunité de réindustrialisation.

Pourtant Apple a montré qu’il pouvait fabriquer des objets connectés en Chine très loin de ses centres de développement ?

Apple a la capacité de mobiliser ses fournisseurs plus que n’importe quel acteur au monde. Les usines chinoises de sous-traitants créent des équipes conséquentes entièrement dédiées à Apple. Donc ce sont quasiment des extensions de l’entreprise sur place.  Par ailleurs, Apple a aussi fait part de sa volonté de rapatrier une partie de la production sur le territoire américain.

Quelles actions mettre en œuvre dans un plan pour les objets connectés ?

Le groupe de travail n’en est qu’au démarrage et il faudra discuter de ce plan mais je vois déjà quatre leviers à activer. Premièrement, il faut rapprocher les acteurs de la mécanique, de l’électronique et les start-up. Il faut des lieux d’échange pour faire comprendre ce que l’on fait. Deuxièmement, il faut financer des usines qui vont avoir au départ des rendements inférieurs à ceux des start-up car elles ont besoin d’équipements innovants.

Tout cela est difficile car le milieu bancaire français ne finance que ce qu’il connaît. Donc je propose de monter un pool de banques qui s’engage sur le sujet des objets connectés et engage quelques experts qui puissent comprendre les demandes de financements. Il n’y a pas besoin de monter des outils financiers particuliers, les acteurs classiques qui financent déjà l’industrie peuvent s’y mettre. C’est plus un problème culturel qu’un problème de financement.

"Il faut favoriser l’innovation dans la commande publique"

 

Quel problème culturel ?

Nous avons un a priori défavorable en France pour ce qui est nouveau. Tant dans la commande publique que pour des produits destinés aux particuliers. Il y a peu de bienveillance. C’est le troisième levier : il faut favoriser l’innovation dans la commande publique. D’autant que les objets connectés peuvent faire économiser beaucoup d’argent dans de nombreux domaines et en particulier dans la santé. L’Etat pourrait mettre à l’honneur des responsables et des acheteurs qui ont misé sur ces nouveaux outils.

Enfin,  il faut aussi faire adhérer les français à cette révolution des objets connectés. Pour être au plus près du terrain, nous pourrions créer un espace vitrine dans la grande distribution avec des acteurs de ce secteur qui s’engageraient.  Et soutiendrait les vitrines d’exposition dont les objets seraient renouvellés par un dispositif de communication.

L’Etat doit-il mettre en œuvre des financements particulier pour ce plan ?

Nous avons moins besoin d’argent que d’un système productif de qualité et flexible. Ce qu’il faut c’est mobiliser un écosystème autour de cet enjeu. Il faut rassembler des acteurs qui ne se parlent pas. Nous avons des jeunes pousses et une appétence des ingénieurs sur ce sujet il faut mettre un peu d’engrais et porter un regard très positif pour avancer.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche

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