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Les secrets management d’Alexandre Mulliez pour Auchan:Direct

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Alexandre Mulliez, après avoir créé deux start-up, a rejoint Auchan:Direct (auchandirect.fr), la filiale e-commerce du groupe fondé par son grand-père.  Il y mène une sorte de révolution managériale à base d'autonomie pour tous et d'engagement.  Car il en est convaincu : "Si nous réussissons à changer le groupe, on aura changé le monde".  Il a accepté, lors d'une longue rencontre, d'expliquer à L'Usine Digitale comment il compte faire.

Les secrets management d’Alexandre Mulliez pour Auchan:Direct
La war room d'Auchan direct où chacun peut venir lire la stratégie de l'entreprise en 3D. © DR

Passionné, Alexandre Mulliez l’est assurément. Intarissable, ce trentenaire à l’abord sympathique l'est aussi dès qu’il doit parler d’Auchan:Direct, le site de courses en ligne d'Auchan, où il exerce les fonctions de directeur du marketing et de l’innovation. Depuis quelques mois maintenant il met en place une organisation innovante, pariant sur l’autonomie des salariés. Il nous a reçus longuement dans les bureaux parisiens de l’entreprise, situé dans le quartie du Sentier, le cœur du numérique à la française. Il nous a confié ses convictions et ses actions avec une sorte de devise : "je veux montrer que des méthodes alternatives sont possibles dans les grands groupes dans le monde d’aujourd’hui avec la transformation digitale".

 

Bienvenus dans la "war room"

Tout commence par une sorte de salle de commande inspirée par les méthodes du management visuel et du lean management. Alexandre Mulliez l’appelle la "war room" et explique que son organisation a été vue avec un coach spécialiste de ces domaines. Le mur de cette salle de réunion est couvert de Post-it® où s’affichent les priorités du moment, mais aussi les valeurs de l’entreprise. Dans l’ordre, on peut lire les principes du management de la maison, puis un rappel du sens de l’action avec la vision stratégique de l’entreprise, puis les objectifs sont rappelés. Ensuite, viennent les priorités de travail pour les jours qui viennent, les problèmes identifiés, les solutions possibles et les résultats attendus.. Dans le même ordre d’idées, il indique avoir commencé sa mission par écrire un document d’une trentaine de pages sur les orientations de l’entreprise, sa vision et sa raison d’être.  "Les grandes lignes ont été posées clairement. Les détails l’étaient beaucoup moins" explique-t-il. C'est dans cette war room, qu'il reçoit avant de faire faire le tour du propriétaire, n'ayant plus de bureau fermé. 

 

De l'autonomie pour tous

S’il ne cache pas son appartenance à la dynastie familiale, le jeune homme veut se faire un prénom et il entend bien montrer qu’il ne manage plus aujourd’hui comme on le faisait dans les années 70. "J'ai voulu tuer le lien de subordination dans le travail, explique-t-il. Bien sûr il existe toujours des liens hiérarchiques, chaque salarié ayant un patron. Mais son rôle a profondément changé." Fini le chef tout puissant qui dit comment faire, place au leader d’un type nouveau. "Les dirigeants qui décident dans leur tour d’ivoire à la place des autres, c’est fini. Un bon manager aujourd’hui doit trouver les moyens pour que son équipe donne le meilleur d’elle-même et laisser faire ceux qui savent." Si n+1 il y a, il est devenu un leader, un coach.

Ce qui n’est pas sans poser de problèmes, estime Alexandre Mulliez : "Le lean management et ses principes demandent un grand engagement de tout le monde, y compris des leaders. Cela demande que chacun prenne et assume ses responsabilités pleinement". Moins de hiérarchie, c’est aussi moins de prétextes sur lesquels s’appuyer en cas de pépin.

S’appliquant lui-même les principes qu’il promeut, Alexandre Mulliez en convient : "Mon métier est devenu plus complexe car je dois écouter ce que les autres ont à me dire, mais je trouverais encore plus flippant de tout décider tout seul dans mon bureau".

Qu’on vienne le voir parce quand il y a un problème ou une difficulté ne lui pose pas de problème : "Chaque difficulté est une formidable occasion de progresser", assure-t-il. Enfin pas tous. Pour lui, la bonne organisation, le bon management doit permettre de pouvoir "identifier les bons problèmes et ne pas perdre son temps sur les mauvais ".

 

Réintégrer les fonctions stratégiques

Pour réussir son pari, Alexandre Mulliez veut débaucher et surtout embaucher les meilleurs. Ainsi, il a décidé de "ré-internaliser" des fonctions qui avaient été confiées à des agences extérieures : la technologie, les données et le design. Trop bien élevé pour critiquer ce qui se faisait avant, il exprime néanmoins son incompréhension quant à l’externalisation passée : "Qui aurait eu l’idée de confier la gestion d’un magasin à un prestataire externe ?" C’est ainsi qu’a été créé un pôle de makers au siège. Sur les cent personnes qui y travaillent, la moitié s’occupe des opérations. "Tout le monde doit avoir une obsession", assure Alexandre Mulliez : l’expérience client. C’est elle qui doit être au centre des préoccupations de tous.

Alexandre Mulliez, directeur du marketing et de l'innovation d'Auchan Direct (DR) 

 

UN RECRUTEMENT TRÈS EXIGEANT

Pour faire venir les talents dans la grande distribution qui font peut être un peu moins rêver que les start-up de la food tech, il préfère mettre en avant le rôle central de la distribution alimentaire et explique qu'"avec la distribution, on a un formidable levier pour améliorer la planète, contribuer à améliorer la santé des personnes, en travaillant sur les allergies alimentaires. Si on arrive à changer la boîte, on aura réussi à changer le monde".  Un projet motivant et l’assurance d’avoir de l’autonomie, telles sont les promesses pour les futurs recrues. Et, à l’en croire, ça marche puisqu’Auchan:Direct commence à être sollicité.

 

Pas question pour autant d’être cool sur le recrutement. "Nous sommes très durs, nous avons une exigence extrême", assure Alexandre Mulliez, ajoutant qu’il a passé beaucoup de temps pour recruter ses N-1 qui partagent les mêmes objectifs que lui. Autre point vérifié lors des entretiens : l’état d’esprit des candidats, pour s’assurer qu’ils partagent les mêmes valeurs et pourront travailler dans cet environnement. En outre, pour faciliter le travail d’équipe et la transparence, tout le monde travaille sur Slack. "Les outils ne font rien, mais sans eux on ne peut rien faire", s’amuse-t-il.

 

Un nouveau centre logistique ultra moderne

Depuis deux ans, Auchan:Direct est en pause et se prépare. Le jeune dirigeant l’assure : tout doit être prêt pour le 1er janvier 2018, année où la croissance des opérations devrait être forte. "J’ai les meilleurs et tout est focalisé sur l’expérience client, explique-t-il. Nous n’avons aucune raison de nous planter sauf s'il y a un problème de marché." Pour réussir son pari, Auchan:Direct a aussi investi dans un appareil logistique ultramoderne, dont les détails sont encore top secret : Alexandre Mulliez parle d’un lieu ultra-moderne où les produits sont rangés en permanence ce qui améliore l’efficacité et réduira la pénibilité du travail. L’investissement se compterait en dizaine de millions d’euros.

 

En attendant la date fatidique, il continue de lire avec avidité aussi bien des guides de management, que des livres de philosophie ou des peintures. Ainsi, au détour de la conversation, il cite les bienfaits du chaos ou "Impressions au soleil levant" de Monet (de près cela ne ressemble à rien, mais si on se recule on acquiert la vision d’ensemble) ou cite Socrate et sa maïeutique qui promet la remise en cause permanente. "C’est ce que j’essaie de faire", assure-t-il. Pas sûr que le succès fasse reposer sur ses lauriers ce jeune homme exigeant. 

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