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Les trois travaux data du bâtiment intelligent

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Le secteur du bâtiment, qui lance sa transformation digitale, s'interroge sur le statut des données dont l'échange est indispensable pour faire du smart building une réalité. Faut-il créer une "carte vitale" du bâtiment ? Certaines données doivent-elles être déclarées d'intérêt public ? Accessibles gratuitement ? Comment préserver la vie privée des usagers ? Le débat est ouvert.

Les trois travaux data du bâtiment intelligent
L'’îlot Hikari en bordure de la darse de Confluence à Lyon © Olivier Guerrin

Contrairement au secteur du transport public, le monde du bâtiment n'est pas encore contraint par la loi à partager certaines de ses données. Mais cela n'empêche pas la profession de commencer à s'interroger sur les modalités juridiques, économiques et pratiques de cette ouverture. Les professionnels du secteur sont bien conscients que sans interopérabilité des systèmes et échange des informations, le bâtiment intelligent ne pourra pas exister.

 

Et sans smart building, pas de mutation du business model du secteur, ni création de services à valeur ajoutée. L'association Smart buildings alliance (SBA) a été créée en 2012 pour réfléchir à ces sujets et construire des référentiels techniques. Trois vastes chantiers sont ouverts.

 

Une carte vitale du bâtiment à construire

Le gouvernement planche aussi sur le sujet. Dans sa feuille de route, le Plan Transition numérique du bâtiment, lancé en décembre 2014 par Sylvia Pinel (et doté de 20 millions d'euros), identifie la question de la data comme l'un des enjeux majeurs de la transformation du secteur. L'une de ses mesures phares, instituée par la loi sur la transition énergétique, et progressivement mise en œuvre d'ici 2025 (d'abord pour les logements neufs), est la création d'un "carnet de suivi et d'entretien du logement", dit "carte vitale du logement".

 

C'est, en quelque sorte, la logique du BIM (Building innovation modeling) et de la maquette numérique, utilisée pour la construction et la rénovation (en cours de généralisation) appliquée à l'ensemble du cycle de vie du bâtiment. "Un document qui rassemblera les données essentielles du logement et un historique des interventions et travaux", résume Anne-Lise Deloron, Directrice adjointe en charge des relations institutionnelles du Plan Bâtiment Durable.

 

Ce document (hébergés dans le cloud) serait accessible à la fois aux usagers, aux gestionnaires du bâtiment et aux fournisseurs de services. Qui le mettra en place et selon quelles modalités ? La question est ouverte. D'ores et déjà, les professionnels ne veulent surtout pas d'une nouvelle usine à gaz qui leur compliquerait la vie. Les outils numériques doivent permettre de simplifier le processus. Des start-up peuvent aussi s'emparer de ce sujet et proposer des solutions.

 

 un cadre juridique pour la propriété et l'échange

Les acteurs du bâtiment devront aussi échanger des données de façon dynamique, en temps réel, pour faire vivre les nouveaux services du bâtiment connecté (maintenance prédictive des équipements, pilotage énergétique et de confort…). La circulation de ce nouveau fluide du bâtiment, au même titre que l'eau, le gaz et l'électricité, pose des questions juridiques.

 

Pour commencer à y répondre, le Plan Transition numérique du bâtiment a confié début septembre une mission à Xavier Pican, avocat associé au cabinet Lefèvre Pelletier et associés. Il lui est notamment demandé d'explorer les problématiques liées "au droit d'auteur, à la responsabilité des acteurs, aux règles contractuelles liées au traitement et à l'exploitation des données par rapport à la loi informatique et libertés". En clair, définir à qui appartiennent les données du bâtiment, s'il est possible d'en faire commerce ou si elles doivent être mises à disposition gratuitement. Il doit aussi plancher sur les moyens de préserver les données personnelles des habitants et usagers.

 

Des standards à faire émerger

Les intervenants du "smart building" ne peuvent pas tout attendre de la puissance publique. Ils doivent s'autosaisir de ces questions et définir leurs relations contractuelles, après s'être assurés de l'interopérabilité technique de leurs systèmes. S'ils tardent trop à se mettre d'accord, les standards imaginés par les géants du numérique (Google, IBM, Cisco...) s'imposeront à eux.

 

Le transfert de données, mais aussi le transfert d'énergie d'un bâtiment à l'autre, au sein du quartier, de la ville intelligentes (car la transformation numérique est intimement liée à la transition énergétique), sont des cas de figure inédits. Il leur faut donc inventer des modèles économiques ou de partage et créer nouveaux métiers autour des pratiques qui feront vivre la ville intelligente de demain. Pour la SBA, ce mouvement et cette réflexion doivent être l'occasion de mettre tous les acteurs du secteur autour de la table. "Cela doit être l'occasion d'une mutualisation des équipements du bâtiment, mis à disposition des tiers (start-up notamment) pour développer une large gamme de services attractifs", résume Emmanuel François, président de la SBA.

 

Le bâtiment façon hardware sur lequel viendraient se greffer du logiciel, des applications, des services : c'est l'horizon que veut atteindre le secteur.

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