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Mon voisin de bureau est un objet connecté

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Des capteurs et des objets connectés censés faciliter la vie des salariés commencent à apparaître sur les lieux de travail. Avec quels effets ?

Mon voisin de bureau est un objet connecté
L’enregistrement des rayonnements infrarouges par une caméra thermique révèle la durée d’occupation des bureaux par les salariés. © Pascal Guittet - L'Usine Digitale (avec Flir)

Au premier coup d’œil, difficile de les percevoir dans l’immensité d’un open space. Un dé façon « Rubik’s cube » monochrome posé sur un bureau, une balise collée au plafond. Dans la "Factory" de Vinci Energies, dans un immeuble du quartier de la Défense (Hauts-de-Seine), 120 balises et quelques cubes couvrent les 2 000 mètres carrés de bureaux dans lesquels travaillent 85 personnes. Une antenne intérieure rappelle que des réseaux permettent le transfert régulier de données. Des données – anonymisées – sur les déplacements des salariés et l’occupation des espaces, car les fameuses balises posées au plafond sont équipées de détecteurs de mouvement, tandis que les cubes mesurent le bruit, la température, l’humidité, la luminosité.

 

Vinci Facilities – la branche de Vinci Energies qui regroupe les activités de facility management et de maintenance technique – a déployé ces objets avec les start-up Jooxter et GreenMe. Pour l’entreprise, il ne s’agit pas d’espionner ses équipes, mais de comprendre l’utilisation "réelle" du plateau. Une information clé pour le pilotage énergétique et l’ajustement des services liés au bâtiment, comme le nettoyage. Mais pas seulement. "La remontée de données nous permet de mieux comprendre les usages du bâtiment, de voir quels espaces sont moins utilisés, d’analyser pourquoi et de les ajuster", explique David Ernest, le directeur innovation et énergie de Vinci Facilities.

 

La technologie de Jooxter est utilisée par certains clients pour partir à la chasse aux mètres carrés, alors que les dépenses immobilières pèsent lourd dans leur budget. Des managers sont invités à mettre leur bureau à disposition lorsqu’ils sont en déplacement, pour permettre à des travailleurs nomades de trouver leur place. Pour que cela ­fonctionne, les salariés doivent jouer le jeu et accepter la ­présence des capteurs. Des services tels que Jooxter incitent les salariés à embarquer une application communiquant avec les objets dans leur smartphone, en échange des services censés leur faciliter la vie au travail : réservation de bureaux ou de salles de réunion, guidage à l’intérieur des bâtiments… Du gagnant-gagnant, assurent leurs concepteurs. "C’est en leur rendant ce type de services et en leur faisant gagner du temps que nous les convainquons d’utiliser l’application", veut croire François Cosyns, project leader chez Jooxter.

 

Associer les salariés pour désamorcer les réticences

La start-up précise qu’elle a pris le soin de ne pas poser de balise dans les zones de détente de l’étage afin de ne pas se montrer "trop intrusive". "Les salariés ont le choix de désactiver la localisation lorsqu’ils le souhaitent", glisse le dirigeant. Ces précautions suffiront-elles à dissiper les craintes ? Plusieurs cas ont défrayé la chronique au Royaume-Uni. Début 2016, lorsque la start-up OccupEye a installé des boîtiers sous les bureaux de certains salariés du journal "The Telegraph", elle a été accusée de minuter les pauses pipi des salariés… La direction a rapidement retiré les capteurs.

 

Pour Vinci, une réponse à ces peurs – largement irrationnelles – est de ne pas substituer la technologie à l’humain. "Nous proposons Jooxter à nos clients en combinaison avec un 'hospitality manager de bureau'. Il va exploiter les données pour gérer et animer les espaces, les croiser avec le ressenti des utilisateurs et suggérer des changements", explique Bertrand Beauchesne, le directeur SI-Métiers de Vinci Facilities. Associer les salariés à la conception des espaces de travail et à la mise en place d’objets, restituer les données collectées, proposer des services leur faisant gagner du temps sont les clés d’une intégration réussie, juge l’entreprise. "Comme la transformation digitale, c’est un sujet humain et non technologique", considère Kevin Cardona, le responsable innovation du promoteur immobilier BNP Paribas Real Estate. Il invite les services de ressources humaines à s’emparer de ces sujets. D’autant plus que de nombreux objets leur permettent d’avoir des données objectives sur le bien-être des salariés.

 

Un enjeu majeur alors que les déploiements vont s’accélérer avec la multiplication des équipements compatibles et le développement des réseaux télécoms bas débit, essentiels pour faire communiquer des objets à coût réduit. Pour garantir de bonnes relations de voisinage entre humains et machines au bureau, mieux vaut commencer à y réfléchir.

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