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Orange-Bouygues : les enjeux cachés du rachat

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Analyse L’acquisition de Bouygues Telecom - qui vient d'annoncer 59 millions d'euros de pertes- par Orange ne serait pas seulement une bonne opération pour l’opérateur historique. Elle favoriserait  les ambitions numériques de la France voire de l'Europe.

Orange-Bouygues : les enjeux cachés du rachat
Orange-Bouygues : les enjeux cachés du rachat © D.R.

Si Orange achète Bouygues Telecom, l’opération signera un retour de la France à trois opérateurs, qui se répartiront les actifs de la filiale de Bouygues. Les parts de marché devraient s’accroître pour chacun, le déploiement des réseaux devrait moins souffrir de doublons et… les prix pourraient remonter, tout comme le chiffre d’affaires des opérateurs. Presque mécaniquement, ces derniers devraient disposer de plus de moyens pour les lourds investissements nécessaires aux infrastructures. Des déploiements inhérents à leur activité et indispensables à la stratégie numérique de la France et de l’Europe.

 

Prise en tenailles entre l’imposante puissance américaine et l’esprit de conquête de l’Asie, l’Union européenne doit jouer de tous ses atouts. Les télécoms en sont un de poids, car sans réseaux, pas de numérique ! "Cette acquisition peut être une belle opération pour Orange, une belle opération pour les autres opérateurs français et, plus largement, cela peut jouer sur la capacité de la France d’être au rendez-vous du numérique", a résumé Stéphane Richard, le PDG d’Orange, lors de la présentation de ses résultats, le 16 février.

 

Le très haut débit

Orange, libre de se transformer
L’acquisition de Bouygues Telecom pourrait fournir à Orange l’occasion de se concentrer davantage encore sur sa transformation numérique. Comme le déclarait son PDG, Stéphane Richard, à L’Usine Digitale en octobre?2015, "l’ubérisation peut aussi toucher les télécoms ! Et nous serions bien bêtes de considérer être à l’abri de l’émergence d’acteurs qui nous amènent à revoir, en profondeur, notre modèle économique". Le 4?janvier, la veille de l’officialisation des discussions en vue d’un rapprochement avec Bouygues Telecom, l’opérateur a ainsi annoncé son intention d’acheter Groupama Banque ! Et de lancer – rachat ou pas – une banque numérique mobile. Pas un dispositif de paiement dans le prolongement d’Orange Money, mais une banque à part entière. L’opérateur n’hésite pas à sortir de son pré carré, à se diversifier. Et pour cela, il anticipe, en se rapprochant notamment des start-up. Mais aussi, et c’est nouveau, en collaborant avec Google, Facebook et SpaceX, plutôt que de continuer de voir ces géants du numérique comme des ennemis. Alors, autant avoir la réputation d’une boîte d’ingénieurs, affirme Stéphane Richard, mais aussi celle d’une entreprise qui mène la danse des télécoms non seulement en France, mais également en Europe.
Un retour à trois opérateurs mieux armés pour investir pourrait donner, indirectement, un coup de pouce au plan très haut débit français, chiffré à 20 milliards d’euros et destiné à couvrir le territoire d’ici à 2022. En première ligne, la très efficace, mais très chère fibre optique. La France n’est pas en retard, analyse Stéphanie Baghdassarian, directrice de recherche au Gartner. Orange revendique 960 000 clients FTTH (fibre jusqu’au logement). Et selon le FTTH Council Europe, le Vieux Continent compte quelque 17,9 millions d’abonnés à la fibre, dont 2,4 millions en France. Seule l’Espagne fait mieux, avec 2,6 millions de foyers raccordés.

 

Côté très haut débit mobile, tout va bien : 40 % des abonnés mobiles d’Orange disposent de la 4 G, ils sont 46 % chez Bouygues Telecom et environ un quart chez Free, selon Gartner. Des ratios alignés avec ceux de la Grande-Bretagne et de l’Espagne. "Orange n’a pas besoin du rachat de Bouygues Telecom pour mettre de l’argent dans le très haut débit", observe Stéphanie Baghdassarian. Les collectivités locales, elles, s’inquiètent. Elles estiment que seule une concurrence forte maintiendra la volonté des opérateurs d’agir ailleurs que dans les zones les plus rentables.

 

La future 5 G

En 2016, le très haut débit, c’est aussi la future 5 G mobile. Le secteur y travaille d’arrache-pied. Le standard ne sera officiel qu’en 2018, mais l’impatience gagne les opérateurs du monde entier. L’enjeu est de taille. Il s’agit d’influencer un standard international unifié qui réglera les communications et les échanges d’informations de milliards de personnes et d’objets sur toute la planète. Mieux vaut être prêt et tomber du bon côté de la technologie ! Pas question pour l’Europe de se faire doubler par les Asiatiques ou les Américains, comme pour la 4 G. Pour l’instant, le vent le plus fort souffle depuis la Corée du Sud, qui espère hisser le pavillon de la 5 G à l’occasion des jeux Olympiques d’hiver qu’elle organisera en 2018.

 

Orange est sur les rangs. Même sans acquisition, il compte peser sur la prochaine génération mobile. Il en a les moyens financiers et dispose d’une R & D de haut niveau, dont la réorganisation commence à porter ses fruits. Une répartition plus favorable des parts de marché lui donnerait, là encore, davantage le loisir de s’investir et pourrait également pousser ses concurrents tricolores sur le terrain de la 5 G sur lequel ils ne se sont pas encore déclarés.

 

L’Internet des objets

La 5 G sera la première génération à prendre totalement en compte l’internet des objets (IoT). Par définition, elle se concentrera sur des communications cellulaires. La France a pris de l’avance avec d’autres protocoles, bas débit, spécifiquement adaptés : Sigfox d’un côté, le consortium LoRa de l’autre. C’est la seconde solution qu’Orange et Bouygues Telecom ont tous deux décidé d’adopter. Une aubaine ? Peut-être. La France dispose déjà de start-up internationales, avec Withings, Netatmo et Sen.se, ou même Sigfox. Mais qui sait si Orange, ayant absorbé Bouygues Telecom, ne pourrait pas créer un champion de l’infrastructure IoT.

 

Le rachat éviterait aussi les coûteux – et redondants – déploiements d’infrastructures que réalisent actuellement les deux opérateurs pour couvrir le territoire français de leurs antennes LoRa dès cette année. Bouygues Telecom vient tout juste d’officialiser la création d’Objenious, sa filiale dédiée à l’internet des objets, pour commercialiser des offres sur son réseau LoRa. L’équivalent de M2ocity et du service B 2 B Datavenue chez Orange ?

 

L’Europe numérique

Enfin, un marché des télécoms à trois opérateurs permettrait à la France de disposer de deux champions à la hauteur des ambitions à l’échelle européenne. Essentiel, alors que l’Union peaufine sa stratégie de marché numérique unique, facilitant le développement d’une seule économie numérique et non vingt-huit. Essentiel, alors que son paquet télécoms prône une régulation unifiée, un accès transfrontalier aux réseaux… L’opération renforcerait encore un peu plus Orange aux niveaux européen et international. Et elle ferait sans doute aussi de SFR le second opérateur de calibre international. Les discussions entre Orange et Bouygues Telecom interviennent alors que les opérateurs français ont multiplié les acquisitions à l’international. 

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