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Organiser un hackathon pour l'innovation

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Une dizaine d’équipes de programmeurs ont planché sur le thème de la fête du futur lors d’un hackathon organisé par BeMyApp et Pernod Ricard, en janvier.

Un challenge de 48 heures où des développeurs se défient sur un thème donné peut alimenter en idées neuves vos équipes. Mais cela ne s’improvise pas.

Du 22 au 24 novembre 2013, nuit comprise, dix équipes de développeurs se sont affrontées lors du hackathon "Ma maison connectée", avec 15 000 euros à la clé. L’objectif de cette compétition : créer la meilleure application sur le thème de l’internet des objets. Les développeurs disposaient pour cela des produits apportés par Parrot, Withings, Netatmo et Orange, partenaires de l’événement. Organisé par Direct Energie, le troisième fournisseur français d’énergie, à la recherche de produits innovants pour conquérir de nouveaux clients, cet hackathon est un exemple à suivre.

1 Attirer les meilleurs développeurs

Pour qu’un hackathon soit réussi, il faut y attirer les meilleurs développeurs. Ceux-ci conçoivent ce type de manifestation comme un défi intellectuel et un loisir. "Ce n’est pas tant l’aspect compétition qui est important, mais bien le volet rencontre et découverte qui compte le plus pour les développeurs. L’organisation d’un hackathon nous a permis de découvrir des gens d’ailleurs, de Belgique notamment", souligne Blandine Bourgois, développeuse Java et membre de la communauté des développeurs du robot Nao d’Aldebaran Robotics, qui a participé au hackathon organisé lors de Futur en Seine, en juin 2013. Pour attirer ces cerveaux, il faut non seulement un défi intéressant, mais aussi un solide carnet d’adresses afin de contacter une communauté qui aime cultiver son indépendance. C’est le rôle des agences spécialisées. "Nous nous appuyons sur une communauté française de plus de 10 000 développeurs sur toutes les technologies. Du développeur web au spécialiste du cloud computing, on est capable de toucher une bonne partie de ceux qui sont en France", promet Teddy Moreau, chef de projet chez BeMyApp, un spécialiste de ce type d’événement.

2 Impliquer les équipes internes dans le projet

En faisant venir ses responsables et ses partenaires sur le hackathon, Direct Energie a pu faire côtoyer sa R & D avec une population en pointe sur ses technologies. Un bon moyen d’imaginer de nouvelles synergies comme s’en félicite Xavier Caitucoli, le PDG de Direct Energie : "Il y a eu un brassage d’idées considérable pendant ces trois jours entre nos collaborateurs et les partenaires qui étaient sur place. On a alimenté en idées neuves nos équipes." Mais le hackathon peut tout autant s’appliquer en interne. Ainsi, la SSII Ippon Technologies utilise ce dispositif pour motiver ses équipes internes et les faire monter en compétences sur telle ou telle technologie. L’entreprise a choisi un format léger et facile à mettre en place. "Nous réunissons dix de nos consultants pendant une journée et ceux-ci travaillent par équipes de deux sur un défi," explique Victoria de Belilovsky, la directrice marketing d’Ippon Technologies. L’occasion pour les consultants de se perfectionner sur un thème précis et de renforcer leurs liens avec la SSII. D’autres entreprises poussent leurs salariés à défendre leurs couleurs sur des hackathons organisés par des tiers. Laurent Geray, le directeur de l’innovation de Volvo IT, considère ce type d’événement comme un très bon outil de "change management" pour ses équipes. "Les développeurs doivent sortir, se confronter avec des gens issus d’autres milieux, d’autres industries, qui voient les problèmes sous d’autres angles. Pour aborder la thématique du transport intelligent, on doit changer notre manière de voir les choses."

3 Ne pas s’attendre à un produit commercialisable immédiatement

Concevoir une application mobile ou dans le cloud performante et ergonomique ne se fait pas en un jour. "Ce que veulent les entreprises, c’est disposer d’une application qui puisse être montrée en interne ou au grand public à l’issue du hackathon. C’est rarement le cas", reconnaît Teddy Moreau, de BeMyApp. Ainsi, le Crédit agricole, pour dynamiser son CA Store – le magasin d’applications mobiles que la banque propose à ses clients –, a lancé, mi-janvier, un hackathon au long cours. "En un week-end, personne n’est capable de faire une application finalisée, souligne Emmanuel Methivier, le PDG du CA Store. Nos clients ne trouvent que des applications qui sont validées par le groupe. Ça ne peut pas être un démonstrateur : l’application doit être de qualité, c’est pourquoi, on préfère se donner un peu plus de temps et accompagner les idées jusqu’à la réalisation finale de l’application, puis sa mise en store."

4 Prolonger le lien dans la durée

Pour transformer les prototypes qui vont être développés pendant le hackathon en de véritables applications de qualité et, surtout, dotées des caractéristiques en termes de sécurité qui leur permettront de rejoindre le magasin d’applications de la banque, la compétition est accompagnée par un incubateur, souligne Virginie Lustman, chargée de communication du CA Store. « Le concept proposé par BeMyApp nous a paru intéressant, avec un hackathon de 48 heures, suivi d’un incubateur éphémère d’un mois. » Les gagnants pourront ainsi y peaufiner leurs œuvres et le service informatique du Crédit agricole pourra, de son côté, auditer la sécurité des applications avant qu’elles ne rentrent dans le CA Store.

5 Communiquer intelligemment sur l’événement

Événement geek par excellence, le hackathon intéresse les entreprises car c’est un vivier d’idées en rupture avec la R & D traditionnelle. C’est aussi une façon d’insuffler une image d’innovation dans leur communication. L’enjeu est de faire parler de l’événement hors de la sphère des développeurs. Avec une dotation record de 1 million de dollars, Salesforce est parvenu à focaliser l’attention des médias sur son premier hackathon, qui s’est tenu en novembre dernier. Un peu trop d’ailleurs, puisqu’une polémique a éclaté, concernant le travail fourni par le lauréat. Salesforce a ainsi été obligé de désigner un deuxième gagnant. Attention à ne pas aller trop loin dans l’utilisation commerciale de l’événement, prévient Teddy Moreau. "Les développeurs n’aiment pas être utilisés à des fins commerciales ou publicitaires, analyse le chef de projet. Il faut concilier les objectifs de l’organisateur et les intérêts de la communauté des développeurs, pour avoir une manifestation consistante, et qui pourra être répétée." Une savante alchimie à mettre en place afin que le hackathon soit à la fois une usine à idées en interne et un outil de communication vers l’externe.

Alain Clapaud

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