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Pendant combien de temps Uber peut-il continuer à perdre de l'argent ?

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Analyse Le service de VTC Uber a réussi à réduire (un peu) ses pertes au deuxième trimestre, mais il continue à perdre de l'argent. Jusqu'à quand ? Un capital risqueur rencontré en Silicon Valley s'interroge.

Pendant combien de temps Uber peut-il continuer à perdre de l'argent ?
Pendant combien de temps Uber peut-il continuer à perdre de l'argent ? © Uber

A chaque publication de résultats trimestriels d'Uber, le même constat et le même questionnement. Le service de VTC américain croît de façon spectaculaire, mais continue à perdre de l'argent. Beaucoup d'argent. 645 millions de dollars au deuxième trimestre 2017, 708 millions de dollars au premier, selon les informations de Recode, soit une baisse de 9% sur trois mois et de 14% sur un an. Le tout malgré une hausse importante des revenus (1,75 milliard, contre 800 millions sur la même période un an plus tôt). Sur l'année, la perte devrait atteindre 2,8 milliards de dollars, un peu moins que les 3 milliards de 2016. La société a encore 6,6 milliards de dollars en réserve, de quoi tenir deux ans au même rythme sans nouvelle levée de fonds, emprunt ou amélioration notable de ses résultats. Est-ce soutenable ? Le spectre d'une faillite peut-il surgir ?

 

Un modèle économique insoutenable ?

La question n'est plus taboue aux Etats-Unis. Elle provoque même le débat sur les terres natales d'Uber. "Le trou serait plus important encore que les plus importantes faillites de l'histoire des Etats-Unis, pire qu'Enron", avance un capital risqueur rencontré en Silicon Valley, qui juge que l'hypothèse d'une faillite n'est pas incongrue. "Quand le modèle économique de base n'est pas fonctionnel, on peut ajouter de l'argent tant que l'on veut, on continuera à en perdre", commente-t-il.

 

"Le coût d'une personne qui conduit une voiture d'un point A à un point B est incompressible, on ne peut l'abaisser que jusqu'à un certain point", explique-t-il. "Le modèle Uber est même plus cher, d'un certain point de vue : un individu seul qui utilise sa voiture, doit l'entretenir, faire le plein, seul, ne peut pas bénéficier d'un effet de masse comme un groupe de taxi peut le faire". Or, Uber peut difficilement augmenter les prix car il est confronté à une concurrence féroce. Et il ne peut pas non plus jouer sur des économies d'échelle ni réduire le nombre de chauffeurs auquel il fait appel, pour maintenir une qualité de service minimum dans les zones où il opère. Même s'il a arrêté les frais en Chine et en Russie, sa marge de manœuvre est étroite, d'autant plus qu'il opère dans un environnement de plus en plus régulé.

 

Le pari (risqué) du véhicule autonome

Pour qu'Uber réussisse son pari, juge l'investisseur rencontré par L'Usine Digitale, il faut changer une donnée de l'équation. Le pari consiste à tenir jusqu'à ce que les progrès technologiques lui permettent de se passer, en partie ou totalement, de chauffeurs humains. Mais cela pourrait prendre plus de temps qu'imaginé par l'entreprise, malgré ses efforts en matière de recherche et développement. "Et rien n'indique que lorsque la technologie sera disponible, ce soit Uber qui en récolte les fruits", prévient l'investisseur. "Un concurrent peut surgir et en profiter". Uber n'est pas le seul à développer une plate-forme de conduite autonome et n'est pas du tout assuré d'avoir un avantage technologique en la matière.

 

Il n'y a, pour l'instant, pas péril en la demeure, car les investisseurs continuent à soutenir massivement Uber. L'entreprise a levé plus de 8 milliards de dollars depuis 2010, auprès de quelque 80 investisseurs, d'où sa valorisation à 69 milliards de dollars. Le service de VTC et de logistique bénéficie, comme beaucoup d'autres start-up, d'un environnement favorable où l'argent "gratuit" coule à flots. "Il y a tellement d'argent disponible, et pas seulement via les VC – il y a les fonds souverains, les corporates… Pour que le système fonctionne, cet argent doit être dépensé", commente notre VC.

 

Mais avec des scandales à répétition, liés à la culture d'entreprise, des fonds d'investissement commencent à demander des comptes au conseil d'administration d'Uber, en quête d'un nouveau PDG après le départ forcé de Travis Kalanick. Quatre d'entre eux ont même réduit la valeur de leurs parts dans la société. Crise de confiance passagère ou prémices d'une crise existentielle ? Les premiers pas de la nouvelle direction seront scrutés avec attention.

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