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Pourquoi il est plus difficile de prévoir l'avenir du travail des cadres que de reconnaître un chaton...

| mis à jour le 18 mars 2016 à 09H03
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Analyse La CDFT cadres organisait un débat sur le travail des cadres à l'heure du big data. Comment vont évoluer leurs métiers ? Auront-ils encore un rôle à jouer ou la machine toute puissante va-t-elle finir par se substituer à eux ? Si l'avenir ne sera pas déterminée uniquement par la technologie, il devrait osciller entre deux extrêmes. Soit la machine toute puissante imposera à l'Homme de lui fournir toujours plus de données pour calculer. Soit elle se chargera de tâches répétitives et offrira aux cadres de découvrir un travail libéré des contraintes, pour aller vers plus de créativité et d'accompagnement. 

Pourquoi il est plus difficile de prévoir l'avenir du travail des cadres que de reconnaître un chaton...
Pourquoi il est plus difficile de prévoir l'avenir du travail des cadres que de reconnaître un chaton... © [email protected] -flickr

La généralisation du big data devrait finir par avoir un impact sur le travail, à mesure qu'il s'impose dans les entreprises. Mais quel sera son impact ? Telle était la question posée lors de la réunion de l’observatoire des cadres de la CFDT qui s’est tenu à Paris mercredi 16 mars. Au programme, un dialogue entre le sociologue Dominique Cardon et Sylvie Jospeh, responsable de la transformation digitale interne de La Poste.

 

DE L'ÉTHIQUE POUR LES CADRES DIGITAUX

Pour cette dernière, les premiers outils, intégrant big data et analyse sémantique, capables de modifier le travail sont en train d’apparaître. Par exemple, en matière de ressources humaines, des outils offrent d’analyser en finesse les variables à même d’expliquer l’absentéisme. "Avec ce type d’outils, les cadres sont plus à même d’anticiper et de proposer une solution, plutôt que d’agir en réaction", pronostique Sylvie Joseph. Très prometteuses aussi, les applications proposées par quelques jeunes pousses qui offrent de mesurer le climat social en temps réel (ou presque) et en quelques clics. Rien de tel pour connaître les réactions à une décision et rectifier le tir le cas échéant, plutôt que d’attendre trop longtemps.

 

Globalement la responsable de La Poste est plutôt optimiste et voit dans la profusion de ces outils une occasion de réduire le travail répétitif de reporting des cadres, temps libéré qu’ils pourront consacrer à des tâches avec plus de valeur ajoutée. L’enjeu est particulièrement sensible pour les managers de proximité auxquels on demande à la fois d’animer des équipes et qui, de fait, passent leur temps à remplir des feuilles Excel. Le big data bien intégré à l’entreprise à la gouvernance revisitée pourrait être l’occasion de donner à ces managers le rôle d’animation et de coaching qu’on leur promet depuis longtemps. Pour que le changement soit d’ampleur, il convient de revoir aussi la formation des cadres, estime la directrice de la transformation de La Poste, avec, au menu, "plus de sciences humaines et d’éthique".

 

Telle serait la solution optimiste qu’elle décrit, tout en reconnaissant qu’il existe une face sombre du big data, qui déboucherait sur un asservissement des hommes à la machine, l’algorithme utilisant les big data devenant l’outil de commandement, d’autant plus redoutable qu’il se pare des arguments de l’objectivité scientifique.

 

Le big data une mode qui durera ?

Pour Dominique Cardon, sociologue d’Orange et auteur d’A quoi rêvent les algorithmes, le big data est l'une de ces modes que vendent régulièrement les entreprises de la Silicon Valley. Si nouveauté il y a, elle n’est pas tant dans les méthodes de calculs mobilisés que dans la quantité de données que l’on possède, les capacités de calcul que présentent aujourd’hui les ordinateurs et les technologies de machine learning.

 

Les algorithmes pourront-ils bientôt décider à la place des hommes ? Rien n’est moins sûr, à l’écouter, car, contrairement aux discours inquiets et technophiles, le chercheur estime que l’intelligence artificielle n’est pas près de concurrencer les hommes. "Jouer au jeu de go c’est relativement simple, car il n’y a pas de contexte, juste des règles à appliquer", explique-t-il. Soit tout le contraire de ce qui se passe dans les entreprises.

 

Il craint pour ces raisons, que les promesses du big data se dégonflent et se transforment en super ERP, du nom de ces méga logiciels qui étaient censés optimiser les systèmes d’information.

 

CE SATANÉ CONTEXTE 

Et qui dit super ERP dit un besoin exponentiel de données pour faire tourner les super calculateurs. Loin des promesses de temps libéré pour que les cadres fassent moins de reporting, c’est le contraire qui pourrait se passer : Pour que la "matrice" rende des décisions justes, elle pourrait devenir demandeuse de toujours plus de données que l’on demandera aux cadres de recueillir. Ce besoin pourrait être d’autant plus sensible que ce qui se passe dans l’entreprise demande de la stratégie, de la créativité. Pour le sociologue, on est donc très loin des expériences actuelles qui font dire à certains que la machine est capable de reproduire les processus cognitifs.

 

Rien de comparable donc entre la décision en entreprise et le process grâce auquel un robot est capable de définir les règles pour reconnaître un chaton sur une photo. Ce qui fait la différence c’est le contexte qui fait qu’une décision optimale dans un cas ne l’est plus la fois suivante, alors qu’un chaton restera toujours un chaton...

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