Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Quand la CFDT opère sa transformation numérique

Twitter Facebook Linkedin Google + Email
×

Il aura fallu plusieurs années et quelques nuits blanches pour transformer le système d’information de la CFDT. Au cœur du projet, la gestion des adhérents. Récit d’une transformation qui a vu le syndicat passer d’un service informatique qui gère le prélèvement des cotisations à une DSI qui met en place un système unifié.

Quand la CFDT opère sa transformation numérique
Quand la CFDT opère sa transformation numérique © DR

Elle est partout. La transformation numérique gagne du terrain et, après les entreprises, elle s’immisce même dans certains syndicats, comme la CFDT. Avec les mêmes contraintes, les mêmes objectifs et les mêmes méthodes. À tel point qu’en écoutant les responsables du projet de la CFDT, on a par moments l’impression d’entendre le DSI d’une entreprise privée, même si des mots comme adhérents, fédérations ou encore militants — au lieu de clients — rappelle la singularité de l’organisation. D’ailleurs, au commencement du grand changement était la "volonté de mettre l’adhérent au centre de l’organisation conformément à la ligne fixée lors du Congrès de Tours en 2010", expliquent en chœur Patrice Salsa et Jean-Louis Malys, respectivement responsable des systèmes d’information et secrétaire national en charge des SI mais aussi des retraites.

Mettre l’adhérent au centre de l’organisation

Mais la CFDT partait de loin. Pour opérer sa transformation informatique, l’organisation a dû commencer par changer d’organisation en se dotant d’une direction des systèmes d’information, pour remplacer l’unité informatique d’antan rattachée aux services financiers. Car qui dit adhérent mis au centre, dit dépasser l’ancienne logique, qui faisait du recouvrement de la cotisation un élément important sinon le plus important. Pas sans raison. La CFDT étant une confédération, une partie des sommes recueillies en central au siège du boulevard de Belleville est reversée ensuite aux différentes fédérations ou unions locales qui composent le syndicat. Conséquence, le nombre d’adhérents et le poids des ressources ont un rôle central pour définir les rapports de force entre les différentes parties de l’organisation. Autant dire qu’on ne change pas le système sans avoir la main qui tremble… "Le SI est un service support qui a aussi un rôle politique", résume Jean-Louis Malys.

Créer une vraie DSI pour mener le chantier

Alors pourquoi changer ? Parce que "ça ramait, le système montrant ses limites au siège et dans les fédérations", avoue le secrétaire national. De plus, les outils étaient à bout de souffle. Pour gérer un nouvel adhérent, il fallait compter cinq à six semaines et pas moins de cinq logiciels différents, dont le fichier des abonnés aux publications de la CFDT, qui revendique 750 000 noms ! Le cahier des charges du nouveau SI exigeait donc "une harmonisation des applications" et de faire "en sorte que tout le monde ait les mêmes versions en même temps". Une révolution culturelle à l’informatique : avant, comme l’explique en plaisantant (à moitié) Patrice Salsa, le salarié de la DSI était celui qui s’occupait de "réparer l’imprimante". Désormais, le service pilote les projets et travaille avec des prestataires.

Le chantier qui s’ouvre alors en décembre 2010, prévoit deux étapes, la refonte de la gestion de l’adhérent et du portail d’un côté, la transformation de la gestion et du travail collaboratif de l’autre côté. Mais la CFDT vient seulement d’ouvrir les discussions sur la deuxième partie du travail. La première phase ayant été plus longue que prévue, malgré l’assistance du cabinet Neoxia. L’histoire de la mise ne place de la Gestion des Adhérents et des Structures En Ligne (GASEL) n’a pas été aussi rapide que ne le laissait penser l’acronyme retenu.

24 mois pour remplacer l'existant

En effet, à l’ouverture le 13 mai 2013 du nouveau super logiciel, la confédération a eu des problèmes de performance de son réseau et de migration des données. "La nouvelle application faisait appel à des technologies nouvelles", relativise quelque peu Patrice Salsa, évoquant un système de master data management (MDM) qui donna du fil à retordre. Pour ne rien arranger, cela coïncidait avec l’arrivée des normes SEPA pour les prélèvements bancaires.

Résultat : le système prévu pour accélérer les process connaît des ratés et pour enregistrer un nouvel adhérent, il faut se montrer patient. Les lenteurs sont d’autant plus dommageables que celui qui saisit les opérations est un militant, éventuellement bénévole, qui réalise l’opération parfois depuis son domicile et qui n’a pas forcément envie d’y passer la soirée. "Les militants ne sont pas des salariés, ils ne sont pas soumis à une ligne hiérarchique. Cela les rend très exigeants, observe néanmoins Gilles Mergoil, le président de Neoxia. Toutefois, il nous a fallu 24 mois pour remplacer l’existant. Il y a assez peu de projets comparables qui réussissent aussi rapidement".

vers un reseau social pour les adhérents

Tout cela semble bien loin aujourd’hui, puisque la confédération comptabilise une vingtaine d’erreurs pour 400 000 prélèvements mensuels de cotisation. Et le secrétaire national se félicite de pouvoir désormais suivre en temps réel le nombre d’adhérents. Côté militant, l’application est accessible depuis n’importe quel terminal muni d’un navigateur Internet. "Le nombre d’accès au fichier d’adhérents a été multiplié par quatre", calcule Jean-Louis Malys, chacun ayant selon sa fonction accès à des niveaux d’information différents. Avec l’appli, il est possible de gérer la vie de l’adhérent, sa cotisation, gérer ses abonnements et savoir quel mandat occupe chacun dans son entreprise.

Une fonction en apparence anecdotique donne une idée du changement à l’œuvre. Avant, quand un adhérent changeait d’entreprise : il devait démissionner de son syndicat d’origine et adhérer à nouveau. Désormais le transfert se fait sans coupure.

Prochaine étape ? "Donner la possibilité d’accès aux adhérents en temps réel et de créer des espaces collaboratifs réunissant les militants ayant les mêmes profils ou le même centre d’intérêt", détaille Gilles Mergoil. En bref, mettre vraiment l’adhérent au cœur de l’organisation. Le Graal du numérique

Christophe Bys

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

media

Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l'utilisation des cookies.OK

En savoir plus
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale