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Quand la santé se soigne au numérique

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Fabricants de médicaments et d’équipements médicaux s’appuient désormais sur les géants du web pour innover.

Quand la santé se soigne au numérique
La lentille connectée de Novartis et Google mesure la glycémie des diabétiques. © crédit photo

Une crise cardiaque vécue de l’intérieur ! Gros plan sur le ventricule qui se contracte, zoom sur les tissus endommagés par la privation d’oxygène… Un ­joystick permet d’activer un mécanisme pour relancer à temps la pompe du muscle vital et… sauver le patient. À Waltham, dans son siège américain du Massachusetts, Dassault Systèmes propose une visite virtuelle à travers le cœur. Les médecins portent des lunettes 3 D ou sont placés au cœur d’une salle de réalité augmentée équipée de neuf projecteurs. L’éditeur français de logiciels applique au médical les prescriptions de la simulation 3 D qu’il a popularisée pour la conception d’avions et d’automobiles.

 

En 2013, Dassault Systèmes lance un appel aux chercheurs du monde entier pour créer un modèle biologique du cœur. Le Living heart project voit le jour il y a un an à partir des outils récoltés et des données modélisées. Un consortium allie experts en biomécanique d’universités prestigieuses, ­cardiologues et chirurgiens de renom et producteurs d’équipements médicaux, comme les fabricants de pacemakers Medtronic et Sorin ou l’unité de recherche de Philips à Suresnes (Hauts-de-Seine). Charge à eux de tester le modèle pour l’améliorer et le valider. Le Living heart project promet de faciliter le diagnostic des risques de maladies cardiaques, de former les chirurgiens et de réduire les dépenses de santé…

 

Même la très sérieuse autorité sanitaire américaine, la Food and drug administration (FDA), joue le jeu. Elle s’est engagée à expérimenter durant cinq ans ces outils de simulation pour tenter d’accélérer le processus d’homologation des nouveaux appareils cardiovasculaires. Cette révolution de la santé connectée ne s’applique pas seulement à la cardiologie. Aux États-Unis, il est possible d’utiliser une application pour faire venir un médecin chez soi dans les deux heures. Avec Pager, un service fondé par l’un des créateurs d’Uber, il suffit de renseigner son profil, ses symptômes, et de scanner sa carte bancaire pour obtenir une liste détaillée des médecins à proximité. Après un coup de téléphone, le docteur décide ou non de se déplacer en fonction de la gravité du cas.

 

Suivre son état de santé en continu

En France, la santé connectée réalise une timide percée. Quelque 38 000 Français portent des prothèses cardiaques communicantes. Ce système permet au médecin de télésurveiller l’évolution du patient et de suivre les performances techniques de la prothèse. L’appareil transmet automatiquement les données et peut signaler des alertes, limitant ainsi le nombre de visites à l’hôpital. Le système n’est pourtant toujours pas pris en charge par l’Assurance-maladie, déplore Éric Le Roy, le directeur général du Syndicat national de l’industrie des technologies médicales (Snitem). Les pouvoirs publics se montrent encore frileux. Comment faire confiance aux technologies sensées verrouiller ou rendre les données de santé anonymes ?

 

Outre-Atlantique, la FDA planche déjà avec Google pour tenter de déceler, à partir des recherches réalisées sur son moteur de recherche, des effets secondaires non anticipés de médicaments commercialisés. Grâce aux applications numériques et autres objets connectés, tout un chacun peut suivre son état de santé en continu. Google l’a bien compris. Le 31 août, sa filiale Life Sciences a annoncé un grand partenariat avec Sanofi. Pourquoi avoir choisi le laboratoire français ? Parce que Sanofi s’est spécialisé dans les traitements du diabète, cette maladie chronique qui touche 382 millions de personnes dans le monde, et probablement 200 millions de plus d’ici à vingt ans.

 

Sanofi avait déjà mis un premier pied dans l’e-santé. Carnet de santé électronique via une plate-forme dédiée aux malades sur internet, lecteur de glycémie combiné au smartphone pour indiquer au diabétique quand et en quelle quantité prendre son insuline… Son savoir-faire, combiné à l’expertise en analyse de données et en électronique miniaturisée de Google, ouvrira une nouvelle ère de la santé connectée. "Avec l’arrivée de nouvelles technologies permettant de suivre en continu et en temps réel l’état de santé des patients, nous pouvons envisager des méthodes plus proactives et efficaces de contrôle du diabète", promet Andrew Conrad, le directeur général de Google Life Sciences.

 

Quelques mois avant, c’est Novartis, le numéro un mondial de la pharmacie, qui avait décroché le premier partenariat avec le géant de la Silicon Valley. Fasciné par le projet fou développé par Google Life Sciences : une lentille de contact connectée capable d’évaluer en continu le taux de sucre d’un diabétique… via l’analyse de ses larmes. Très conservatrice, l’industrie de la santé a mis du temps à se convertir au numérique. Il y a trois ans, elle avait assisté au flop de la première tentative de Google dans la santé : Google health. Elle pensait que la réglementation très contraignante du secteur lui permettrait d’échapper à la menace des géants de la Silicon Valley.

 

Un robot apprenti docteur

"Le numérique ne s’est invité que très partiellement au sein des activités marketing vente, observe Patrick Biecheler, associé chargé de la santé au sein du cabinet de stratégie Roland Berger. Et pas encore dans les usines, sans doute car les coûts de production ne représentent qu’une faible partie du coût total." Les industriels de la santé assistent avec circonspection aux réalisations d’acteurs audacieux.

 

Comme IBM et son robot Watson, proclamé apprenti docteur grâce à sa capacité d’analyse de données non structurées et d’images médicales. Il suffit au médecin de quelques clics pour que le logiciel synthétise le dossier d’un patient et en extraie les informations pertinentes, propose des tests de diagnostic… voire suggère un traitement fondé sur sa compréhension du cas et des meilleures pratiques en cours ! Aux États-Unis, il a été adopté par une quinzaine de centres de recherche contre le cancer. Leur ambition : accélérer le séquençage de l’ADN des tumeurs et déterminer des traitements personnalisés.

 

L’association des big data et de la génétique pourrait ­permettre de mieux comprendre et donc de mieux combattre les maladies. Numéro un mondial de la lutte contre le cancer, le groupe pharmaceutique Roche multiplie les partenariats avec les start-up du séquençage de l’ADN. Avec 23andMe, un expert de l’analyse du patrimoine génétique des individus (une activité interdite en France) créé par la femme d’un des fondateurs de Google. Ou avec Foundation Medicine, qui étudie le profil génétique des cancers et dont Roche a pris 57 % du capital pour 1 milliard de dollars. "On en est encore au stade de l’expérimentation pour déterminer quel est le meilleur usage de ces données et parvenir ainsi à cibler les patients, avoue Jean-Claude Gottraux, le patron de la biologie médicale chez Roche. Mais la société pharmaceutique et de diagnostic qui arrivera la première aura un avantage compétitif !"

 

Le laboratoire israélien Teva, lui, a fait appel à Watson pour l’étape suivante : mieux suivre l’utilisation de ses médicaments "en vie réelle", c’est-à-dire une fois commercialisés, afin, notamment, de réduire leur mésusage. Plates-formes dédiées, communautés web de patients…

 

Grâce aux outils et à leurs partenaires numériques, les laboratoires peuvent désormais recruter plus facilement les malades. Ils doivent collecter les données dans leurs études avant et après la mise sur le marché. Ces informations sont indispensables pour mesurer l’efficacité et le suivi d’un produit et justifier son prix, voire son remboursement. Aux patients de veiller à qui et à quoi ils donnent accès à travers ces données… 

 

Un médecin nommé Google


Depuis un an, il fait la pluie et le beau temps dans le monde de la santé, domaine dans lequel il avait pourtant raté son entrée. En 2008, Google lance en grande pompe Google health. Un outil à mi-chemin entre le carnet de santé électronique et le coffre-fort virtuel, permettant aux internautes de stocker en ligne leurs dossiers médicaux (ordonnances, images issues d’IRM…). Le service est abandonné en 2012, faute d’une masse suffisante d’utilisateurs. Mais les fondateurs de Google persévèrent avec une vision inspirée par les influents transhumanistes californiens : ils rêvent d’augmenter les capacités physiques et mentales de l’être humain grâce aux technologies. Et ils y mettent les moyens. L’an passé, 36 % des 450 millions de dollars investis par leur fonds d’investissement ont été dédiés à la santé, contre 9 % en 2013. Deux filiales dédiées ont été créées : Calico (California Life Company) et Life Sciences. Leurs dirigeants ont été débauchés au cœur même de l’industrie pharmaceutique ! L’ambition du secret Calico ? Étendre notre espérance de vie « jusqu’à 500 ans ». Il s’est déjà rapproché du site de généalogie Ancestry.com pour étudier l’ADN anonymisé de ses milliers d’abonnés… Google Life Sciences est né au sein de Google X, la structure expérimentale du groupe pour casser les codes de la santé. Son but est de délaisser le modèle de soins réactif pour un modèle proactif, en mêlant biologie, chimie, physique, médecine, ingénierie électrique et informatique. Au programme : de nouveaux outils dotés de capteurs pour suivre des paramètres en continu et détecter les maladies avant même qu’elles ne se déclarent ! Google Life Sciences n’hésite pas à pactiser avec les meilleurs dans leur domaine pour conduire des essais cliniques et arriver jusqu’au marché. Comme Alcon, la filiale ophtalmologique de Novartis avec laquelle il conçoit la fameuse lentille connectée pour diabétiques. Ou Lift Labs, une start-up dont il s’est emparé, qui commercialise une cuillère intelligente compensant le tremblement de patients souffrant de maladies neurodégénératives. D’autres projets sont plus polémiques, telle la Baseline Study, qui ambitionne de séquencer le génome de 10 000 volontaires sains et d’étudier sur le long terme toutes leurs données de santé récoltables grâce à des objets connectés. Sans oublier de futures nanoparticules pour s’attaquer aux cellules cancéreuses… bien avant l’apparition du moindre symptôme. ??

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