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Recruteurs, fâchez-vous avec vos clients ! C'est pour leur bien...

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Tribune Le client a toujours raison, le client est roi, a-t-on coutume de dire. Et le succès de certaines start-ups, certaines étant devenues très grandes, a montré que la qualité de l'expérience-client pouvait être un facteur clé de succès. Mais écouter le client ne veut pas dire se taire, estime Wandrille Clermontel, business developer chez Elinoï. Pour lui, respecter le client, c'est lui dire la vérité, toute la vérité rien que la vérité, notamment en matière de recrutement. Et cela, même si cela ne doit pas faire plaisir.  

Recruteurs, fâchez-vous avec vos clients ! C'est pour leur bien...
Même si vous ne faîtes pas plaisir à votre client, serrez lui la main. © D.R.

Il y a quelques semaines, un article de l’usine digitale a retenu mon attention. Sans remettre en cause la qualité indéniable du contenu et des propos tenus par l’auteur, un passage en particulier m’a néanmoins interpellé. "Récemment encore, un professionnel du recrutement de l'un des plus grands cabinets parisiens confiait en off : 'les grandes entreprises ne savent pas s'y prendre avec les jeunes développeurs et autres experts du numérique. Il faut aller vite quand, chez nos clients, tout est processé à outrance et qu’il faut parfois passer quatre voire cinq entretiens avant d’avoir une décision.' Une étude réalisée par Meteojob(1) confirme cette information qui se répète à voix basse mais que personne ne veut assumer publiquement (on ne se fâche pas avec ses clients actuels ou potentiels !). Selon ces résultats, les profils IT veulent des "processus de recrutement simples et limités à trois semaines".  “

 

Une phrase, précisément, m’a fait réagir. Une phrase anodine au demeurant. Une phrase mise entre parenthèses, comme pour en souligner l’évidence. Une phrase pourtant lourde de sens, révélatrice de la triste réalité de l’univers du recrutement : “On ne se fâche pas avec ses clients actuels ou potentiels !”. 

 

Le service de recrutement : partenaire ou un prestataire ?

Tout le monde s’accorde à le dire : la guerre des talents fait rage ; c’est la raison pour laquelle les entreprises (grands groupes comme start-up) font appel à des services externes de recrutement. Quelles que soient les raisons - et elles sont nombreuses (manque de temps, complexité des profils, faiblesse de la marque-employeur...), elles cherchent ainsi à augmenter leurs chances de remporter la bataille. Dès lors, quelle est la place d’un service de recrutement ? Celle d’un prestataire de service ou celle d’un partenaire ? Celle d’un soutien conciliant, intéressé et opportuniste (déserteur le moment venu ?) ou celle d’un allié véritable, pertinent et déterminé à aider son "client" à gagner la bataille ? "Je ne veux pas être entouré de béni oui-oui. Je veux que les gens me disent la vérité…même si ça leur coûte leur job", disait le célèbre producteur de cinéma, Samuel Goldwyn. Une logique qui, dans le recrutement, prend tout son sens.

 

Pour le client tout d’abord. En s’entourant des bonnes personnes, l’entreprise s’attend, logiquement, à recevoir une expertise de qualité et des recommandations pertinentes sur la manière d’attirer les meilleurs talents. Si elle est évidemment en droit d’avoir des exigences, elle serait folle de condamner le partenaire compétent qui lui exprimerait ses réserves ou lui apporterait son point de vue. Se sépare-t-on de son diététicien quand il émet des recommandations sur notre régime alimentaire ?

 

Les candidats aussi veulent être conseillés

Pour le service de recrutement ensuite. Il existe plusieurs manières d’appréhender le métier et chacun l’exerce comme il l’entend.   Quand on engage sa crédibilité auprès des talents et de ses clients, on s’attache à rechercher la qualité et l’excellence dans la prestation du service fourni. Certes, on exagère ici volontairement le trait. Mais le fait est qu’en se considérant non comme un prestataire, mais comme un réel partenaire dont le recrutement est le métier, le recruteur peut (et doit) délivrer des conseils qui sont eux aussi précieux. 

 

Pour les talents enfin. Au moment d’entamer un processus de recrutement, on envisage une nouvelle étape de sa vie faite de choix, d’objectifs, d’espérance et de doutes, forcément. Bénéficier d’un accompagnement de qualité permet de s’impliquer de manière sereine dans ce parcours et de se rapprocher au mieux de ses attentes. Mais que ces derniers se rassurent, ils ont moins à perdre que les entreprises. Les bons profils trouvent toujours. Une entreprise qui laisse passer un excellent candidat n’est pas assurée de retrouver pareil profil. Et c’est précisément là tout le fond du propos : en se fâchant avec son client, le recruteur lui offre l’opportunité de ne pas passer à côté du “perfect match” qu’il recherche !

 

Si c'est trop long, dites-le !

L’extrait cité précédemment fustige la lenteur/longueur des processus de recrutement. Si les meilleurs talents rejettent une offre pour cette raison, aux recruteurs d’ouvrir le dialogue, quitte à se "fâcher", avec son client ! Laissons ce dernier libre de décider s’il juge bon de faire évoluer sa manière de faire ou s’il préfère se résoudre à recruter ceux qui restent à la fin.

 

On assiste aujourd’hui à un rééquilibrage du pouvoir dans le domaine du recrutement : les meilleurs candidats choisissent désormais leur employeur. Le monde du travail évolue et dans cet environnement, de plus en plus concurrentiel, les services de recrutement sont aux premières loges. Puisque la guerre des talents a renversé la tendance top-down dans laquelle se complaisent encore trop d’entreprises, aux recruteurs de se faire le relai de cette dynamique bottom-up qui anime aujourd’hui l’univers du recrutement. À eux donc de prendre leurs responsabilités et d’oser se "fâcher" avec leurs clients !

 

Ainsi, sans pour autant conseiller à tout le monde de se fâcher avec ses clients (quoique, une telle logique n’est-elle pas reproductible à toutes les industries ?), il apparaît vital dans l’univers du recrutement de s’astreindre à la franchise. Pour les talents, pour vos clients, pour le futur du Travail, recruteurs de tous les pays, fâchez-vous !


Wandrille Clermontel est business developper chez Elinoï

 

Les avis d'expert sont publiés sous la reponsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine digitale.
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