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Salm numérise le sur-mesure

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Salm numérise le sur-mesure
Dans le nouveau site U2 du groupe Salm, à Sélestat, la production est automatisée et planifiée tous les quarts d’heure.

La vraie bonne idée

Le numérique n’est pas une fin en soi. Afin d’éviter de développer des projets en silo, l’entreprise a recruté des profils à la double compétence, métier et technique, pour irriguer tous ses secteurs clés.

Objectif : concentrer les développements informatiques là où se trouve la valeur ajoutée et où l’entreprise peut faire la différence.

Les panneaux de particules étiquetés défilent sur le tapis roulant avant d’être attrapés par un bras robotisé et dirigés vers l’atelier de finissage. Dans l’usine du groupe Salm, à Sélestat (Bas-Rhin), l’automatisation permet de produire des cuisines sur mesure à la chaîne, vendues sous les marques Schmidt et Cuisinella. Toujours plus de personnalisation pour gagner des parts de marché sur les artisans et se différencier de la cuisine standard low cost. "À condition de maîtriser le processus, produire une diversité très importante de références ne coûte pas plus cher", s’amuse Bernard Muller, le directeur industriel de l’entreprise familiale alsacienne.

Sur un marché quasi atone en France, la formule réussit au cuisiniste Salm, qui devrait enregistrer une croissance de 2 à 3 % de son chiffre d’affaires en 2014. Ces dernières années, le groupe a multiplié les investissements industriels. Après avoir construit une seconde usine à Sélestat en 2008, il a étendu la première en 2011 pour y produire des rangements et des bibliothèques. Cette année, il a injecté 20 millions d’euros dans un nouvel atelier d’usinage sur le site historique de Lièpvre (Haut-Rhin), à une quinzaine de kilomètres. Dans chaque usine, l’organisation industrielle est pilotée par informatique et dépend entièrement des flux de données. "Le numérique est notre système nerveux", résume Jean-Thierry Catrice, le directeur général délégué de l’entreprise de 1 500 salariés, dont le nombre a doublé en quinze ans.

Repères

Fabricant de cuisines (Cuisines Schmidt et Cuisinella)
1 500 salariés
399 millions d’euros
de chiffre d’affaires en 2013
12 % du chiffre d’affaires à l’exportation
5 usines, dont 1 en Allemagne

Les commandes enregistrées par les vendeurs dans les 700 magasins en concession du fabricant sont transmises au logiciel de production des cinq usines. "La commande est ensuite décortiquée en matrice de chiffres, qui calcule les parcours des outils, à raison de 30 000 informations par meuble", explique Franck Ostertag, le directeur organisation et système d’information du groupe. Pas question de produire des stocks. La fabrication de chaque élément de cuisine est lancée, après commande, dix jours avant la date de livraison. Le système en flux tendus permet à l’entreprise de réduire au maximum son besoin en fonds de roulement et d’autofinancer une grande partie de ses investissements.

U2, l’usine dernier cri de Sélestat, reçoit chaque jour 300 commandes de cuisines, soit 2 300 meubles en moyenne à fabriquer et à assembler, dans différentes tailles et une soixantaine de coloris possibles. Seules les charnières et les poignées sont standardisées. Environ 180 000 panneaux transitent en permanence dans l’usine, chacun identifié par son étiquette. "Toute la production est planifiée quart d’heure par quart d’heure par le système. Il est impossible de prendre du retard ou même de l’avance dans l’un des ateliers", résume Boris Herrmann, le responsable du site U2, qui emploie 200 personnes.

Pendant qu’un atelier découpe les panneaux de particules, un autre achève les façades, alors que le système de production lance à l’autre bout de l’usine la découpe des cartons d’emballage à la taille du meuble. Tous les éléments arrivent ensuite simultanément sur la machine de montage, le point névralgique de l’usine. La maintenance est le nerf de la guerre. Pour éviter de désorganiser les flux, des petites caméras ont été installées aux endroits stratégiques afin de repérer les pannes et accélérer les réparations.

Salm ne compte pas s’arrêter là pour améliorer l’efficacité opérationnelle de ses usines. "On pourrait encore simplifier les flux", annonce Bernard Muller. L’entreprise alsacienne, qui investit entre 30 et 40 millions d’euros chaque année en moyenne, entend poursuivre ses développements numériques. En 2014, 18 millions d’euros ont été consacrés à la stratégie digitale, afin d’équiper les transporteurs et les plates-formes logistiques de terminaux informatiques. L’objectif ? Maîtriser encore davantage la chaîne de valeur jusqu’au client final. L’entreprise a commencé à déployer des tablettes auprès des poseurs indépendants. "Ils pourront avoir des fiches pratiques mais aussi signaler des nouvelles opportunités d’affaires", anticipe Franck Ostertag, qui pilote 65 personnes au sein de la DSI. Salm teste aussi, depuis quelques semaines, l’open data avec ses concessionnaires afin de mieux anticiper les pics d’activité en suivant les nombres de visites en magasins.

Pas question pour autant de faire du digital pour faire du digital. "Nous avons écarté certaines idées, qui détournaient trop le vendeur de la relation client ou ne créaient pas assez de valeur", reprend Franck Ostertag, qui réfléchit désormais à faire évoluer le système intégré de gestion de commandes. En améliorant l’interface avec les logiciels utilisés par le bureau d’études et la production, le système devrait permettre d’aller encore plus vers le sur-mesure, en évitant d’éventuels défauts de conception. Après les cuisines, l’entreprise compte se renforcer dans la fabrication de dressings, de bibliothèques ou de rangements.

Premier fabricant en France de cuisines, Salm mise à présent sur l’exportation en Europe afin de trouver de nouveaux relais de croissance. L’entreprise fondée dans les années 1930 dans la Sarre, avant d’être rapatriée en Alsace, prévoit d’ouvrir une centaine de concessions en Espagne, autant en Grande-Bretagne et en Allemagne. Si elle vient d’ouvrir un joint-venture en Chine pour s’attaquer au marché local de la cuisine, le marché européen continuera à être alimenté par les quatre usines françaises et l’usine historique allemande. Délocaliser n’est pas à l’ordre du jour. "Ce serait contre-productif. On gagnerait sur certains coûts, mais pour en perdre sur d’autres, comme la livraison", juge Jean-Thierry Catrice. Près des deux usines de Sélestat, un terrain de 20 hectares doit permettre d’améliorer encore ses capacités.

Solène Davesne

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