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Santé, formation, marketing... les multiples débouchés de la réalité virtuelle

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La réalité virtuelle se démocratise, tirée par le progrès technologique (composants moins chers et de meilleure qualité) et la promesse d'usages récréatifs : jeux, experiences interactives, films immersifs... Mais cette incursion dans le domaine du divertissement ne doit pas faire oublier que la réalité virtuelle est utilisée par les professionnels depuis plusieurs dizaines d'années. Pour eux aussi les choses vont changer, avec une utilisation par plus de structures (PME, bureaux d'études...) et pour des applications plus diverses. Passage en revue de ces usages.

Santé, formation, marketing... les multiples débouchés de la réalité virtuelle
Santé, formation, marketing... les multiples débouchés de la réalité virtuelle © MiddleVR

Le bastion historique de la réalité virtuelle est la conception assistée par ordinateur (CAO). Mais jusqu'à présent, seuls les grands groupes investissaient dans des Cave, des salles équipées de projecteurs qui leur permettent de travailler dans un environnement virtuel. Les sommes engagées sont importantes : Peugeot a par exemple investi plus de 7 millions d'euros dans ces technologies depuis 1999, et Renault vient d'acquérir un Cave à 3 millions d'euros. Ces coûts ont limité l'adoption de ces technologies. "Il existe quelques centaines de Cave dans le monde, pas plus", d'après Sébastien Kuntz, fondateur de MiddleVR.

 

conception : de l'avion de chasse à l'électroménager

Pourtant le gain est énorme pour les industriels. Ainsi, le constructeur automobile Jaguar a rentabilisé un Cave à 3 millions de livres sterling en seulement 3 semaines. De la même manière, Dassault Aviation ne crée plus aucune maquette physique pour ses avions. De la chaîne de montage jusqu'à la maintenance, tout est conçu virtuellement. Le premier modèle construit est le démonstrateur.

 

En diminuant fortement les coûts, en passant de l'ordre du million à celui du millier, voire de la centaine d'euros, ces technologies vont pouvoir venir à toutes les entreprises. "Avant l'Oculus Rift, seuls les gros industriels pouvaient se permettre ces technologies. Désormais n'importe quel bureau d'étude le pourra. Auparavant la réalité virtuelle était limitée aux bateaux, voitures ou aux sous-marins, maintenant Miele s’en sert pour ses cuisines", illustre Sébastien Kuntz.

 

L'avantage de la réalité virtuelle par rapport à de la simple représentation en 3D sur un écran est l'échelle 1:1 et la visualisation dans un environnement en trois dimensions qu'elle procure. Là où des plans sur Catia (logiciel de CAO) sont difficilement compréhensibles aux non-ingénieurs, en réalité virtuelle le marketing, la maintenance et même le client final peuvent être impliqués très tôt dans la vie d'un produit. Et la collaboration peut se faire même à distance, depuis plusieurs sites. Les interlocuteurs, utilisant parfois des matériels différents (casques, Cave, écrans type zSpace...) se retrouvent dans un même environnement virtuel.

 

Architecture et ergonomie : Anticiper les usages

La réalité virtuelle permet aussi de tester des usages en condition réelle au-delà des simples plans. Par exemple pour l'architecture. Est-ce qu'on aura le soleil dans les yeux depuis un certain point ? Est-ce qu'un endroit manquera d’espace une fois meublé ? Elle permet de vivre le bâtiment avant qu'il existe. Et cela s'étend à tous les espaces de travail. Sur les chaînes de montage, par exemple, où les ouvriers ont fréquemment des troubles musculosquelettiques liés à des défauts d'ergonomie. Grâce à la réalité virtuelle il est possible de tester une chaîne avant qu’elle n'existe en utilisant un humain virtuel. On voit les problèmes de dos ou d'articulation qui peuvent résulter d'une tâche, et on améliore l'ergonomie du produit en conséquence.

 

Cela va jusqu'à l'urbanisme. Un promoteur immobilier peut présenter un bâtiment avant de le construire. "Au Kremlin-Bicêtre, nous avons réalisé pour la mairie une représentation d'un nouveau projet immobilier," se souvient Sébastien Kuntz. "Les futurs habitants étaient ravis de voir leur immeuble à l'avance et les riverains étaient rassurés de savoir dès le départ comment le quartier serait transformé."

 

santé : Un outil thérapeutique

La réalité virtuelle peut avoir des applications médicales, notamment pour les thérapies psychologiques. Par exemple pour aider à surmonter la peur du vide (ou de l'avion, des insectes, etc.), ou soigner un trouble de stress post-traumatique. Pas besoin d'amener le patient au bord d'une falaise ou dans un environnement lui rappelant son traumatisme : tout est contrôlé, le thérapeute peut faire varier les paramètres, et les soins se passent au cabinet. Le résultat est une thérapie plus rapide, plus efficace et moins chère.

 

A la 17e édition du salon Laval Virtual, la start-up Virtualis, basée à Montpellier, a présenté une solution basée sur des illusions sensorielles de déplacements (stimulation optocinétique) pour guérir le mal des transports. La réalité virtuelle permet de simplifier la mise en oeuvre de cette thérapie qui nécessite habituellement un dispositif coûteux et lourd à mettre en place (pièce entière équipée d'un système lumineux spécifique) en ne nécessitant plus que le seul port d'un casque. L'environnement virtuel permettant plus de liberté, le traitement est également plus efficace.

 

"Le même conflit sensoriel que certains peuvent ressentir avec la réalité virtuelle et qui les rend malades peut être utilisé pour désensibiliser un patient, comme pour une allergie, ou faire de la rééducation pour des cas de vertiges" explique Franck Assaban, directeur général de Virtualis et kinésithérapeute de formation. Une initiative qui remporte déjà les suffrages à peine lancée : 16 thérapeutes ont commandé le logiciel, deux équipes scientifiques font des études cliniques (l'équipe de Lamalou-les-bains et celle du professeur Philippe Perrin à Nancy) et elle est soutenue par l'association française de Kinésithérapie vestibulaire.

 

formation : Simplifier et mutualiser l'apprentissage

L'un des domaines d'excellence de la réalité virtuelle est l'apprentissage. "Lorsque je travaillais à la SNCF, nous utilisions un simulateur en réalité virtuelle pour l'apprentissage des procédures de vérification sur les wagons de marchandises avant qu'ils n'aillent sur les voies. Cela prenait moins de place, était plus rapide et permettait de voir toutes les configurations possibles de types de wagons et de types d'incidents", explique Sébastien Kuntz.

 

Une solution qui s'étend là encore au domaine médical, en permettant à un chirurgien émérite de filmer une opération à la première personne dans des conditions idéales, que chaque étudiant n'importe où dans le monde peut ensuite voir et revoir à volonté depuis le point de vue même du chirurgien. Dans un autre genre, la société Eon Reality a été lauréate d'un prix à Laval Virtual pour son application EyeSim, qui permet aux ophtalmologues de visualiser l'intégralité du système optique en réalité virtuelle, qu'il s'agisse d'apprendre l'anatomie détaillée ou d'effectuer des diagnostics sur des patients virtuels.

 

 

La formation à distance auprès d'un nombre plus ou moins élevé de personnes éparpillées géographiquement ne pose plus de problème, et il est possible d'être mis en condition directement dans l'environnement approprié. Il devient aussi possible de former des employés sur un nouvel équipement (chaîne de montage) avant que celui-ci ne soit installé. Même lorsqu'il est opérationnel, on peut former du personnel dessus sans bloquer la production. Enfin, on peut sensibiliser du personnel en toute sécurité dans des environnements à risques, par exemple pour les pompiers ou en milieu industriel spécifique.

 

Transformer le Marketing

La réalité virtuelle a le potentiel de transformer le marketing. Au lieu de regarder des clips de sports extrêmes sponsorisés par Redbull, on pourra vivre l'expérience directement. Même l'Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie (UIMM) s'y est mise, avec une présentation décoiffante des différentes industries touchées par ses métiers (automobile, nautique, aéronautique, spatial...), réalisée par Backlight Studio, qui était présentée durant Laval Virtual.

 

Au lieu de regarder des images de vêtements, on pourra les essayer virtuellement. Et pas que les vêtements. Les concessions automobiles n'ont pas toujours la place d'avoir tous les modèles de la marque, mais avec la réalité virtuelle elles peuvent en avoir une infinité. Le constructeur Audi travaille déjà sur des concepts de genre pour ses showrooms Audi City.

 

Côté neuromarketing, pour remplacer les études de marché déjà en place utilisant de faux magasins, faux présentoirs et faux produits, les entreprises vont pouvoir créer un supermarché virtuel configurable à volonté. Elles pourront enregistrer toutes les facettes de l'expérience, en suivant le cheminement et le regard du client dans ses moindres détails tout en variant les paramètres de l'expérience au besoin.

 

Julien Bergounhoux

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