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SFR s'attaque à son tour à la couverture 4G de Paris

par Catherine Monin

PARIS (Reuters) - L'opérateur SFR a lancé mardi en grande pompe son service de très haut débit mobile dans le quartier de la Défense, près de Paris, nouvelle percée de la filiale de Vivendi dans la course contre la montre qui se joue entre les principaux opérateurs français pour déployer ce réseau sur le territoire.

Dans un marché français des télécoms devenu ultra-concurrentiel avec l'arrivée du quatrième entrant Free Mobile, filiale d'Iliad, les attentes suscitées par la 4G, qui permet des débits dix fois plus rapides par rapport aux débits actuels, sont fortes. La capacité à se positionner rapidement sur ce segment est donc jugée déterminante par les opérateurs, qui ont acheté en 2012 les licences 4G auprès de l'Etat français pour un total de 3,5 milliards d'euros.

Dans ce contexte, tous les coups sont permis. SFR, qui s'efforçait jusqu'ici de prendre de l'avance sur ce terrain, a ainsi été pris de court lundi lorsque France Télécom-Orange a avancé l'annonce du lancement de sa propre offre 4G à Paris, coupant l'herbe sous le pied de l'opérateur au logo rouge.

De son côté Free Mobile a fait savoir qu'il proposerait des offres 4G courant 2013 tandis que Bouygues Telecom provoque la colère de ses concurrents en voulant utiliser sa bande de fréquences 1.800 MHz, actuellement occupée par la 2G, pour y faire transiter la 4G.

S'il obtenait le feu vert du gouvernement, l'opérateur prendrait ainsi une longueur d'avance sur ses concurrents, qui devraient pour leur part développer leur réseau sur d'autres fréquences.

SORTIR DE LA LOGIQUE DU "LOW-COST"

"La 4G va révolutionner l'usage du téléphone mobile en accélérant le téléchargement et l'envoi de contenu, en permettant l'explosion du 'cloud' pour les entreprises et le développement des jeux en réseau sur mobile", explique Alexandre Wauquiez, Directeur Marketing Réseau de SFR.

L'opérateur table sur d'importantes retombées de cette technologie, qui sera disponible dans 10 villes supplémentaires d'ici la fin du premier semestre 2013.

"Cette nouvelle offre va nous permettre de respecter notre budget 2013", a déclaré à Reuters Stéphane Roussel, PDG de SFR.

L'opérateur, qui pourrait faire l'objet d'un désengagement de sa maison-mère, doit réduire les coûts opérationnels annuels de 500 millions d'euros d'ici fin 2014.

Avec la 4G, les opérateurs espèrent pouvoir proposer des offres haut de gamme pour tenter de sortir de la logique du "low cost" qui a entraîné une importante érosion de leurs marges en 2012.

"L'enjeu pour tous les opérateurs est de recréer de la valeur et de sortir de la spirale infernale de la déflation provoquée par l'arrivée sur le marché du quatrième entrant", explique Jean-Charles Ferreri, de Roland Berger Strategy Consultants.

IMPACT LÉGER EN 2013

Mais les retombées réelles à attendre de cette nouvelle technologie sont encore difficiles à évaluer alors que le déploiement de ce réseau en est encore à ses débuts en France et pourrait prendre encore plusieurs années.

"C'est une technologie prometteuse, mais on est encore vraiment dans les prémices. L'impact sur le secteur en 2013 devrait être léger, il faut attendre 2014 pour observer les premières retombées", souligne Frédéric Boulan, analyste du secteur chez Nomura, qui constate par exemple qu'en Allemagne, où la 4G existe depuis plus de deux ans, "l'impact a été assez anecdotique".

"C'est avant tout de la communication", estime un autre analyste, qui a observé la même euphorie autour de la 3G il y a 10 ans sans avoir constaté pour autant une augmentation des revenus des opérateurs.

Les spécialistes se montrent notamment sceptiques sur la stratégie de hausse des prix qui accompagnera les offres 4G -comme l'ont déjà annoncé France Télécom et SFR- et s'interrogent sur la volonté des usagers à payer davantage pour utiliser ce réseau.

De leur côté, les opérateurs se défendent en rappelant que l'offre française 4G est quatre fois moins chère que l'offre américaine et deux fois moins chère que l'offre britannique.

"A moyen terme, la 4G pourra être un levier de croissance, mais à plusieurs conditions: une couverture significative et un véritable différentiel de qualité qui permettra aux opérateurs de proposer un prix supérieur, une demande spécifique des clients et un alignement des stratégies commerciales des opérateurs", résume Frédéric Boulan.

Or ce dernier point est loin d'être acquis pour Jean-Charles Ferreri (Roland Berger). "Aux Etats-Unis, les chiffres montrent que la 4G a permis de recréer de la valeur mais c'est un marché beaucoup moins concurrentiel qu'en France."

Le bénéfice de la 4G dépendra donc de la capacité des opérateurs à s'aligner sur une logique collective, poursuit-il.

Mais la concurrence exacerbée que se livrent les quatre opérateurs français laisse craindre que l'un d'entre eux ne casse les prix pour gagner des parts de marché.

Catherine Monin, édité par Jean-Michel Bélot

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