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Sharp vendu à Foxconn : la stratégie du Japon pour garder ses fleurons tombe à l'eau

| mis à jour le 25 février 2016 à 08H19
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Analyse Sharp a finalement décidé de se vendre au taïwanais Foxconn.  Une décision qui compromet toute la stratégie du gouvernement japonais pour garder le contrôle de son électronique. Car Sharp n'est pas le seul à devoir faire ce type de choix. Toshiba et Renesas aussi sont convoités par des repreneurs étrangers.

Sharp vendu à Foxconn : la stratégie du Japon pour garder ses fleurons tombe à l'eau
Dans une usine Sharp, à Yaita, au nord de Tokyo. Le groupe, fragilisé et endetté depuis plusieurs années, pourrait être racheté par le taïwanais Foxconn.

C’est l’inquiétude dans l’archipel japonais. Sharp, l’un des fleurons nationaux de l’électronique, risque de passer sous pavillon étranger. En situation de quasi-faillite financière, le groupe est convoité par Foxconn. Le géant taïwanais de la sous-traitance électronique a mis sur la table 700 milliards de yens (environ 5,5 milliards d’euros), en prenant l’engagement d’assumer la dette de 5,9 milliards d’euros. Un déballage de moyens qui affole Tokyo.

 

L'électronique japonaises en 2015, c’est…

13,4 % de la production électronique mondiale, soit environ 330?milliards d’euros (+ 7 %), dont 99 milliards au Japon (+ 7 %).

11,3 % de la production manufacturière du pays. (Source : JEITA)

 

Le fonds souverain Innovation Network Corp of Japan (INCJ), qui agit au nom du fameux Miti, le ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, doit tout faire pour garder le contrôle de Sharp au Japon. Il propose un plan de sauvetage national comprenant un package de 3,9 milliards d’euros, dont 1,6 milliard de prêts des banques créancières. Insuffisant aux yeux de la direction de Sharp. Mais le gouvernement japonais n’a pas les moyens de surenchérir. "Nous n’envisageons pas de relever notre offre", a confirmé Toshiyuki Shiga, le PDG d’INCJ, au journal "Yomiuri Shimbun". Au risque de pousser le groupe d’Osaka, premier fabricant d’écrans LCD, de panneaux solaires et de téléviseurs à écran plat du pays, dans les bras de Foxconn. Ce qui provoquerait un choc terrible au Japon.

 

C’est tout le plan gouvernemental de recomposition de l’électronique japonaise qui risque de tomber à l’eau. Car le fonds INCJ est aussi mobilisé au chevet de Toshiba. En proie à un scandale financier majeur (maquillage des comptes pendant trois exercices pour cacher l’ampleur des pertes dans la télévision, les PC, l’électroménager et les composants électroniques), ce groupe est en pleine restructuration. Son nouveau PDG, Masashi Muromachi, souhaite le recentrer sur les solutions d’énergie et de stockage des données, en mettant en vente quatre activités jugées désormais non stratégiques : le médical, l’électroménager, les PC et tous les semi-conducteurs, à l’exception des mémoires flash.

 

Le médical et les PC sont assurés de rester au Japon. La première activité devrait être reprise par Canon ou Fujifilm, tandis que la seconde va être regroupée avec celles de Fujitsu et Vaio sous le contrôle de Japan Industrial Partners, le fonds d’investissement qui détient 95 % du capital de Vaio, les anciens PC de Sony. L’histoire est différente pour l’électroménager, une activité convoitée par le turc Vestel et le chinois Skyworth, mais qu’INCJ voudrait fusionner avec celle de Sharp. Elle ne pourra pas être sauvée si Foxconn emporte la bataille. Pour Toshiba, qui s’attend à une perte de 5,6 milliards d’euros, la plus grande de toute son histoire, pas question de laisser le sentiment national dicter sa démarche. Le groupe est prêt à vendre, sans état d’âme, ses activités au mieux offrant.

 

Un interventionnisme inefficace

L’intervention d’INCJ est sous le feu des critiques. Le fonds est accusé de vouloir démembrer Sharp. Son plan prévoit de détacher les activités dans les écrans LCD, l’électroménager et les panneaux solaires pour les fusionner avec celles de Japan Display, Toshiba et Solar Frontier. Une perspective qui effraie la direction du groupe d’Osaka et la pousse à privilégier Foxconn. "Notre mission n’est pas de sauver l’entreprise, mais d’en aligner les activités et de la restructurer de façon à en améliorer de façon durable la compétitivité", justifie son PDG. C’est justement ce qui lui est reproché.

 

D’autant qu’un autre de ses protégés, Renesas Electronics est en déclin. Ce joyau japonais des semi-conducteurs a été sauvé de la faillite en 2012. Maintenant qu’il a achevé son travail de restructuration, le fonds souverain veut passer le flambeau à d’autres investisseurs. Les candidats japonais ne se pressent pas. En revanche, deux étrangers sont en embuscade : l’allemand Infineon Technologies et le chinois Tsinghua Unigroup. Un vrai casse-tête pour Tokyo.

 

La solution nationale, qui consiste à regrouper les activités de différents acteurs japonais, est de plus en plus critiquée. Elle a prouvé son inefficacité dans le passé. Le cas de Renesas Electronics illustre l’échec de ce modèle. En 2015, l’intégration a épuisé l’entreprise et l’a plongée dans un déclin ininterrompu. Résultat : elle est sortie du top 10 mondial des fournisseurs de semi-conducteurs, alors qu’elle pointait à la cinquième place en 2011. Mauvais bilan pour INCJ. 

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