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Singapour, contrôle total

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Singapour, contrôle total
Singapour a été la première ville au monde à se doter d’un péage urbain, l’ERP. © D.R.

Impossible d’y échapper. Surplombant chaque artère menant à l’hyper-centre de Singapour, de grands portiques siglés ERP (electronic road pricing) contrôlent chaque véhicule, leur faisant payer, au prix fort, le passage. Instauré en 1998, ce péage urbain fut le premier au monde, marquant les débuts de la gestion intelligente de la ville. Le résultat ? Probant. Singapour, paradis du business, est aussi la seule mégapole d’Asie non congestionnée. Mais le gouvernement veut aller plus loin avec la mise en place d’une facturation au kilomètre via un tracking des véhicules par GPS. C’est l’un des innombrables projets de la cité-État, qui a un objectif, l’urbanisation maîtrisée. Siemens, parmi d’autres, est sur les rangs pour ce péage. "L’idée est que la fluidité des transports conduit à la fluidité économique. Tout est pensé en ce sens, avec à la fois la maîtrise de la circulation, de lourds investissements dans les transports, l’automatisation et, enfin, la mise à disposition du citoyen d’informations en temps réel pour lui permettre d’arbitrer ses déplacements", explique Michel Obadia, directeur mobilité Asie.

Cette volonté ressort d’un triple impératif : ici, l’espace, les kilowattheures et les mètres cubes d’eau sont précieux. Avec 5,4 millions d’habitants sur 716 kilomètres carrés, la densité est la plus élevée au monde après Monaco. L’île n’a aucune ressource en énergie et, malgré les incessantes pluies tropicales, ses réserves d’eau sont maigres, étant bâtie sur du sable. À cela s’ajoute le régime politique. S’il se démocratise, il repose sur un contrat social compensant un semi-autoritarisme par la promesse de qualité de vie universelle, assurée par une forte planification publique. Sur cette base se déploient désormais à loisir les technologies urbaines. Capteurs en tout genre, caméras vidéo, système d’alerte, intégration des systèmes… Singapour veut être connecté. Totalement. Les géants du business ne s’y trompent pas. IBM, Thales, NEC, Schneider, PwC, Microsoft, EDF et bien d’autres cherchent une référence à Singapour. "Attention, les autorités sont ultra-exigeantes. Elles veulent le meilleur et des contrats livrés dans les délais", prévient Jean-Noël Stock, le directeur de Thales Solutions Asia, qui conduit plusieurs projets dans le transport ou la sécurité.

Ils participent : EDF, IBM, Dassault Systèmes, Veolia, Thales, Microsoft, NEC, Schneider Electric, Siemens

 

Grâce au plan "iN2015", lancé en 2006, le haut débit couvre 100 % du territoire. De quoi faire circuler l’information en temps réel. Exemple ? Land Transport Authority (LTA), qui encadre les routes et les transports publics, a créé une plate-forme (mytransport.sg) diffusant ses données : caméras surveillant le trafic, disponibilité des parkings, suivi des bus et des métros. "Les développeurs peuvent ainsi créer des apps livrant l’information en temps réel", explique Richard Chong, le dirigeant de la start-up Imagine sg. LTA recense plus de vingt de ces applications.

Un vaste réseau de capteurs urbains

Sur ce principe open data, d’autres services permettent même au citoyen de surveiller par vidéo les émissaires recueillant l’eau de pluie en prévision d’inondations. Sur ce terreau fertile, EDF a réalisé une performance. Il s’est associé avec HDB, l’autorité chargée du logement, pour développer un puissant logiciel de modélisation urbaine 3D intégrant d’innombrables paramètres : l’énergie, l’eau, les transports et jusqu’à l’impact de la végétalisation des immeubles. Ce "city app", conçu avec Veolia et Dassault Systèmes et hébergé par HDB, est "un outil de décision intégré pour simuler l’impact de choix techniques ou politiques", note Pascal Terrien, le directeur du projet ville durable chez EDF, qui vient de créer ici avec HDB un centre d’excellence smart City.

Dans un pays où les projets d’aménagements se succèdent, les terrains d’expérimentation abondent. Jurong Lake District (JLD), l’un des plus récents, est un vaste projet urbain au nord-ouest de l’île, sélectionné par IBM dans le cadre de son programme Smarter Cities. Sur 360 hectares, "green buildings" et transports publics de masse seront de rigueur, ainsi qu’un réseau de 1 000 capteurs de rue. L’opérateur M1, en collaboration avec l’agence publique Infocomm, va déployer des "box", serveurs compacts de rue pouvant recueillir, traiter, diffuser les données sur l’éclairage, l’encombrement des trottoirs, la vitesse des voitures, les files d’attente aux stations de taxis ou la pollution. À JLD, il est également question d’utiliser les mobiles comme des capteurs ou de déployer des voiturettes autonomes dans les parcs.

Fidèle à sa réputation de "fine city" ("ville des amendes"), la cité-État n’a pas négligé le contrôle social. ST Electronics testera des caméras thermiques détectant les accros à la cigarette défiant l’autorité dans les zones non-fumeurs. L’université Temasek Polytechnic promet, elle, de vérifier la propreté des rues grâce à des poubelles intelligentes. Quant à NCS, une SSII, elle traquera les conducteurs mal garés. Singapour, c’est un peu Orwell au pays du numérique.

À Singapour, Pierre-Olivier Rouaud

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