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Spécial Bourget : Comment le numérique révolutionne les business aéronautiques

| mis à jour le 13 juin 2015 à 07H22
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Enquête Les technologies numériques obligent les acteurs de l’aéronautique à repenser les fondements de leur business.

Spécial Bourget : Comment le numérique révolutionne les business aéronautiques
Simulation, réalité augmentée, cobots... le numérique accélère les mutations dans l'aéronautique. Ici, l'étude des flux aérodynamiques du Falcon 5X.

Il y a cent un ans, Abram C. Pheil effectuait le premier vol commercial de l’histoire de l’aviation. Une liaison entre Saint Petersburg et Tampa (États-Unis) en 23 minutes pour 30 kilomètres, à une altitude moyenne de… 15 mètres. Comment, bringuebalé à bord de ce biplace, ce premier passager aérien aurait-il pu concevoir l’essor économique et technologique extraordinaire qu’allait connaître en un siècle l’aéronautique, qui transporte quelque 3 milliards de personnes par an ? Le passager qui embarque aujourd’hui sur un A320 ou un Boeing 737 peut-il imaginer, à l’instar de M. Pheil, qu’une révolution au moins aussi radicale à base de technologies numériques va, en quelques années, transfigurer ce secteur...

"Dans l’aviation commerciale de masse, la première révolution est arrivée avec l’architecture du Boeing 707 à la fin des années 1960 et la seconde avec les commandes de vols informatisées de l’Airbus A 320 dans les années 1980, rappelle Marc Weber, le responsable de la filière aéronautique de l’école d’ingénieurs Estaca. La troisième révolution est en train d’avoir lieu avec l’intégration des technologies numériques." Réparer les équipements d’avions avant qu’ils ne tombent en panne, effectuer un vol à bord d’un appareil sans pilote, élaborer à la seconde près les trajectoires des avions dans un ciel de plus en plus encombré, robotiser les chaînes d’assemblage pour produire ces appareils à la chaîne, envoyer des mails en plein Paris – New York... De la science-fiction ? Non, des usages qui se développent à grand renfort de technologies numériques.

Constructeurs, motoristes, compagnies aériennes, équipementiers, tous s’emparent du big data, de l’impression 3D ou de la réalité augmentée pour se réinventer. Avec un défi commun en ligne de mire : produire toujours plus d’avions, transporter toujours plus de passagers, garantir toujours plus de sécurité, consommer toujours moins de carburant. La case numérique est incontournable pour s’atteler à ce quadruple défi. "Il faut réinventer la façon dont on va voler !", résume Jean Botti, le directeur de l’innovation chez Airbus.

Une source providentielle d’idées de rupture

Ces derniers mois, la numérisation du secteur s’est accélérée. Safran a créé un fablab dédié aux services ainsi que Safran Analytics, une entité spécialisée dans le big data. Airbus y est aussi allé de son fablab, ProtoSpace, et a ouvert BizLab, son accélérateur de start-up. Airbus Group a créé un centre d’innovations en pleine Silicon Valley doté d’un budget de 150 millions de dollars. Des initiatives enracinées dans les méthodes de travail issues du numérique qui remettent en cause l’ordre établi : les ingénieurs aéronautiques sont bousculés par les profils issus de l’univers des jeux vidéo. Inédit. "Nous avons besoin d’aller chercher des idées ailleurs", justifie-t-on dans ces grands groupes.

Les technologies digitales investissent les usines dans les couches plus profondes de la chaîne d’approvisionnement : Turbomeca (groupe Safran) se lance dans l’impression 3D de série, Latécoère emploie déjà la réalité augmentée sur ses chaînes pour le contrôle des câblages, Daher va investir massivement dans les robots... Quant à l’incubateur Starburst Accelerator, qui héberge à Paris des start-up férues de numérique, il a acquis sa légitimité dans le Landerneau aéronautique et va bientôt s’installer à Los Angeles.

Autant d’acteurs qui s’inscrivent dans un mouvement international radical. Si General Electric passe pour être l’une des entreprises aéronautiques les plus avancées en matière de numérique – le groupe assure avoir empoché 1 milliard de dollars en 2014 grâce au business de l’analyse de données –, Bombardier, Rolls-Royce, Boeing ou Pratt & Whitney se jettent dans la mêlée. Pourquoi un tel engouement ? Les technologies atteignent un degré de maturité significatif, autrement dit rémunérateur. Ce n’est pas tout : en l’absence de nouveau programme aéronautique d’envergure ces dix prochaines années, le numérique semble être l’outil idéal pour élaborer en un temps record de nouveaux services (maintenance prédictive, gestion du trafic aérien...).

Un changement dans la durée

Alors que les budgets de la défense – qui nourrit le civil en innovations – sont en berne dans de nombreux pays, le numérique est perçu comme une source d’idées de rupture providentielle à moindres frais… Pour autant, ces évolutions ne se feront que pas à pas. "L’enjeu de la digitalisation est essentiel pour le futur, mais va demander du temps, prévient Philippe Boissat, consultant au sein du cabinet Deloitte. L’aéronautique est un univers très réglementé. Sa priorité étant la sécurité, ses contraintes ne sont pas négociables." Les freins sociaux et culturels apparaissent aussi, dans un secteur réputé pour son conservatisme. Au-delà des défis technologiques, les industriels devront convaincre leurs équipes du bien-fondé du numérique. Quant à la propriété des données, elle devient un enjeu majeur, comme c’est le cas dans le secteur automobile : compagnies aériennes, avionneurs, motoristes, tous s’arrachent les data ! Et n’ont qu’un objectif, en tirer de la valeur.

Les industriels le savent : s’ils ne vont pas assez vite, d’autres les rattraperont. À l’image d’Uber dont l’application mobile a secoué les taxis et de SpaceX qui est devenu un sérieux concurrent dans le spatial. "Cela nous conduit à être humbles", admet Fabrice Brégier, le PDG d’Airbus. Seule certitude : le numérique accélère la mutation du secteur. Le voyage d’un passager de 2015 étonnera peut-être le passager de 2030, autant que celui d’Abram C. Pheil nous amuse aujourd’hui.

Olivier James

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